Ah, ça, on ne me l’avait encore jamais faite ! J’ai déjà eu droit à des supers compliments, il y a douze ou treize ans, dans le hammam de la salle de sports que je fréquentais alors. Une dame, Patricia, mince, blonde, les cheveux longs relevés en chignon, très bavarde avec tout le monde s’est retrouvée seule avec moi, elle était assise sur le banc inférieur et moi sur le banc supérieur. Il faisait chaud, nous étions en maillot de bain et elle a dû chercher un motif pour engager la discussion et m’a sorti : « Vous avez des pieds superbes ! On dirait même que vous avez le pied parfait, c’est rare ! »

Moi, d’abord surpris puis flatté, j’ai pris le compliment mais ça ne s’est pas arrêté là, elle a insisté et là, je n’en pouvais plus d’orgueil. « J’ai le pied parfait, j’ai le pied parfait, j’ai le pied parfait ! » En même temps, ça me faisait une belle jambe vu que peu de gens les voient, mes pieds. Avec mon sexe et mon cul, ce sont les trois choses les plus souvent cachées. Je ne vais pas dire que ça m’a fait bander car ça ne s’y prêtait pas non plus mais je pense que je n’en étais pas loin. Du moins, intellectuellement parlant parce que là, oui, peut-être, en tout cas, là, le doute est permis.

Et ce matin, quelques quinze ans après cette anecdote, j’étais avec le patron en train de travailler sous le regard de notre nouveau coach, Carlos et celui de Célia, de l’accueil de la salle de gym (elle devait s’ennuyer et est venue nous voir) et j’étais à plat-ventre en train de faire Superman (je levais les genoux, les mollets, les pieds, les bras et la tête tout en ayant le ventre bien collé au sol)  et j’entendais Célia me dire : « Vous avez des jambes de sportif.  Et tout. Les mollets et même les cuisses. Vous avez de belles jambes ! » J’ai éclaté de rire alors que la position ne le permettait pas vraiment.

Vous avez déjà éclaté de dire en étant à plat-ventre ? Vraiment, ça n’est pas facile. Heureusement que ce n’était pas un fou rire sinon, j’aurais pu rester le ventre collé au tapis pendant des heures sans pouvoir me relever. Après avoir un peu ri, donc, je l’ai remerciée et je lui ai dit que je la trouvais très sympathique. Plus sympa que quand je la voyais à l’accueil. Mais au fond de moi, je bichais un peu, je ne vous le cache pas. « J’ai des belles jambes, j’ai des belles jambes, j’ai des belles jambes ! » Avoir des jambes de sportif, ce n’est pas permis à tout le monde, surtout quand on ne l’est pas plus que ça.

Et, une fois relevé, j’ai ajouté que vraiment, j’avais de la chance car plus je vieillissais, plus on me faisait de compliments sur mon physique. Sur mes pieds à 45 ans. Sur mes jambes à 60 ans. Vivement qu’on en fasse sur des choses plus hautes dans mon corps. Mais là, je me demande : qui me les fera ces éloges ? Qui pourra flatter la partie de mon corps que peu de gens voient en général ? Une infirmière ? Une aide-médicale ? Un croque-mort ? Dans ce dernier cas, pour le coup, ça ne me fera plus de belles jambes du tout car une fois mort, hein, peu m’en chaudra. Oui, je sais, ça ne se dit pas.