Alors, que vais-je mettre dans mon profil de compétences ? Que vais-je bien pouvoir y mettre ? Parce qu’il faut que ça soit à la fois pertinent, justifiable et surtout, il faudrait que je puisse sortir un peu du lot, du gros lot. Sinon, vu mon âge, les recruteurs ne vont même pas jeter un œil sur mon CV. Tu parles, Charles, à près de 60 ans, je suis plutôt du genre invisible, je fais partie des meubles. Plus personne ne me regarde, plus personne ne me fait le moindre compliment, plus personne ne se retourne sur moi… À l’extrême rigueur, dans le meilleur des cas, on commence à me proposer de me laisser une place assise dans le tram, de plus en plus souvent. Le pire, c’est que quand ça vient de gens qui me semblent plus vieux que moi, là, ça me fout vraiment un coup…

Non, dans mon profil de compétences, je peux toujours dire que je sais bien faire la cuisine : préparer des repas pour 2 jusqu’à 10 personnes sans trop de difficultés. Que je n’ai pas de souci pour assurer l’intendance : trouver les menus, établir la liste de courses, faire les achats nécessaires (rapidement, même), préparer les recettes, mettre la table, servir, manger, débarrasser la table, ranger, nettoyer, essuyer, balayer (casa toujours pimpant !) et même proposer le café-digestif s’il y a des gens intéressés. Je peux préparer des choses à l’avance et en congeler pour une autre fois. Je peux livrer à domicile (chez le patron et Claude, par exemple) et je peux être très critique envers ce que j’ai préparé. J’ai un grand souci d’exigence envers les autres et envers moi-même.

Sinon, je peux dire que je tiens un blog. Je suis capable d’écrire chaque jour. Un billet tous les jours et en cas de besoin, en écrire plusieurs d’un coup quand je sais que je serai absent (assurer l’intérim, occuper l’espace, ne pas laisser de jour sans rien publier…) mais je crois que tout ça, ce n’est pas ce que je sais faire de mieux. Non, ce que je sais faire de mieux, c’est encore critiquer et dire du mal. Parfois avec le sourire mais très souvent, non. Je sais sortir mes griffes intégrées au clavier de mon ordinateur et connectées à mes neurones. Quand je n’aime pas, je le fais savoir. Avec moi, on est loin du principe judéo-chrétien : aime ton prochain comme toi-même. Non, moi, je n’aime pas tous mes prochains et j’aime bien en détester et le faire savoir. Voilà, c’est ça, je vais noter tout ça.