C'est écrit

04 avril 2020

deux heures du mat’, j’ai des frissons (billet non garanti sans coronavirus)

Deux heures du mat, j’ai des frissons alors que je suis bien couvert sous la couette et je suis sûr qu’il fait nettement plus chaud dans le lit qu’en dehors. Quand je vais me coucher, le soir, jamais très tard, il fait souvent entre 18 et 19°, ce qui est largement suffisant, surtout quand ce n’est pas l’été mais ça serait génial en cas de canicule, ce qui n’est jamais le cas, malheureusement. Enfin bon, là, à deux heures du mat’, presque, en réalité, je viens d’appuyer sur le bouton de mon radioréveil, il est 2h07.

Pour voir l’heure, la nuit, je dois appuyer sur un bouton comme ça, je ne suis pas gêné par la lumière rouge ou bleue des écrans d’affichage qu’on trouve sur quasiment tous les modèles. Mais ça m’oblige à sortir un bras et à ne pas me tromper tout en essayant de ne pas faire de bruit pour ne pas déranger le président. De toute façon, il ronfle, alors, je suis tranquille, je peux appuyer plein de fois pour afficher l’heure, ça ne risque pas de le réveiller. Et donc, là, maintenant, il est déjà 2h09.

Je ne vais quand même pas me lever aussi tôt que ça. Je l’ai assez fait à l’époque où je travaillais dans le mareyage, chaque nuit, mon téléphone me tirait de mon meilleur sommeil à 1h55. Alors, là, un an et quelques jours après, excusez-moi du peu mais j’essaie de ne jamais me lever avant 6h. Au moins jusqu’au prochain été. Me lever avant le jour, j’aime cette idée. Et ce n’est pas qu’une vue de l’esprit, chez moi. Et aujourd’hui, j’ai choisi de tenter l’impossible : me rendormir tout en ayant chaud. 2h13.

Dès que je sors un bras ou les deux, j’ai des frissons. Et ces derniers me font penser à tout ce que j’ai à faire aujourd’hui. Et plus je pense à ce que j’ai à faire, moins je pense avoir de chances de me rendormir. Alors, j’essaie de ne penser à rien. Mais là, c’est comme de demande à un chien sympa de ne pas remuer la queue quand il est content. Et au lieu de penser à rien, je pense au confinement. Je me dis que même à 2h15, on reste confiné. Ça ne change rien quand on est au lit. Même pas à 2h16.

Et si je me contentais d’aller faire pipi ? Je vais remplir mon attestation de circulation dérogatoire et comme ça, si je suis contrôlé dans le couloir, je montrerai le papier adéquat. Mais je n’ai pas ma carte d’identité sur moi, la nuit. Oh, vous pensez qu’on peut être contrôlé en pleine nuit, chez soi ? Allez, on va dire que non. Je vais y aller subrepticement. Et à 2h20, au plus tard, je serai revenu sous la couette. Et une fois ma vessie tout ou partie vidée, je crois que je me rendormirai peut-être. Confiné.


03 avril 2020

parfait, en plein confinement (billet presque garanti sans coronavirus)

Il faut bien le reconnaître même si c’est un peu difficile, quand on est humble et modeste comme moi mais je trouve que je respecte parfaitement les règles du confinement et même mieux, je suis parfait, comme toujours voire comme jamais, dans cette réclusion involontaire. Je suis parfait, il faut bien que je le dise bien que ça me coûte car on risque de se méprendre sur mes intentions et sur qui je suis, non pas un mec qui se la pète, non, bien au contraire mais un mec simple. Un mec simplement parfait et parfaitement simple. J’en veux pour entre autres preuves tout ce que je fais, chaque jour, pour m’occuper intelligemment (je ne sais pas faire autrement, en même temps, alors…) et mettre à profit ce temps qui nous est imparti pour se recentrer sur soi-même et pour que les autres se recentrent sur moi-même également. Je ne suis pas imbu de ma petite personne, non, loin de moi une telle attitude qu’on pourrait qualifier d’arrogante alors que je suis le comble de l’incarnation de quelqu’un d’effacé et de modéré voire d’insignifiant, mais on peut être parfait dans son côté insignifiant, non ?

au soleil

Sur la photo jointe, on peut me voir en tenue de travailleur qui en profite pour faire un grand ménage de printemps chez lui, que ce soit dedans (à l’intérieur) ou dehors (à l’extérieur – je précise pour ceux qui ne comprendraient pas tout ce que je veux dire à travers mon vocabulaire limité) et comme ça ne suffit pas, j’ai également transpiré (mais sans odeur, c’est l’évidence même) à repeindre tous les murs et je suis même monté sur les toits pour y enlever toutes les crottes de pigeons qui n’ont aucun respect pour moi et ma modeste demeure comme je suis en droit de l’attendre. J’ai également trié tous mes vêtements et j’ai préparé des sacs avec les plus beaux d’entre eux pour les donner aux pauvres et nécessiteux réunis. En parallèle, j’ai cuisiné pour les gens seuls dans mon quartier, rien d’extraordinaire, juste quelques plats gastronomiques comme je sais si bien les réussir. Voilà, là, aujourd’hui, vous me voyez tel que je suis dans la vraie vie, loin d’être la star que vous supposez que je puisse être. Je suis et je reste quelqu’un d’abordable, qui a une vie normale. Extraordinairement banale.

 

02 avril 2020

la censure (billet pas vraiment garanti sans coronavirus)

« Prendre un enfant par la main et l’emmener vers demain, pour lui donner la confiance en son pas, prendre un enfant pour un roi… »

Désolé, mais il est désormais interdit de diffuser cette chanson. Ça peut donner trop d’idées dangereuses aux gens qui se doivent de rester confinés et de respecter les gestes barrières : pas de contact avec un enfant, même main dans la main. Ou alors, si vraiment c’est indispensable, n’oubliez pas de vous laver les mains avant et après et surtout, de bien désinfecter l’enfant avant et après. Inutile de prendre le moindre risque sanitaire intergénérationnel.

« Donne-moi ta main et prends la mienne, la cloche a sonné, ça signifie : la rue est à nous, que la joie vienne, mais oui mais oui, l’école est finie… »

Désolé mais là encore, cette chanson est désormais interdite car il ne faut pas donner de faux espoirs à la population, principalement aux enfants et aux parents. On leur a dit, redit et re-redit que l’école était suspendue mais pas qu’elle était finie. J’espère qu’ils ont bien compris le message et si tel n’était pas le cas, des mesures seront prises pour leur faire entrer ça dans le crâne. Jusqu’à la suppression de tout ou partie de leurs allocations familiales, par exemple. 

… Et d'abord, sur la main, style ancien, noble et tout. Attention sur la main, embrassez-vous... Stop ! Juste après, de plus près, sur la joue… Big bisou !... 

Toujours désolé mais ça non plus, ce n’est plus possible de le passer sur les ondes des radios et des télévisions et surtout pas le clip. Parce que là encore, les bisous, dorénavant ça sera comme dorénaprès, ça sera interdit et tout contrevenant se verra infliger une amende de 135 euros et au bout de trois contraventions, un tour en prison et là, les bisous, vous pourrez toujours pleurer pour en avoir. On préfère vous prévenir avant que de vous punir.

« Pour un flirt, avec toi, je ferais n’importe quoi, pour un flirt, avec toi… Je pourrais me damner, pour un seul baiser volé, pour un flirt, avec toi… »

Désolé, encore et toujours mais ça non plus, vous n’avez plus le droit de le faire. Même pas en rêve. Il est interdit d’avoir un contact physique avec qui que ce soit. Il est totalement prohibé de tomber amoureux et de faire la cour à une personne qu’on aimerait séduire. Chaque contrevenant se verra emprisonné en isolement total sans aucun droit aux visites, au pain sec et à l’eau. Vous avez remarquez qu’on n’a pas dit : au pain sec, d’amour et d’eau fraîche.

Arrête, arrête, ne me touche pas, je t’en prie, aie pitié de moi… Ah voilà une chanson qu’on devrait passer du matin au soir et du soir au matin. Ce soir, moi je te dis « non » ! 

01 avril 2020

les pois cassés (billet a priori garanti sans coronavirus)

Depuis dimanche, nous sommes passés à l’heure d’été (j’aurais plutôt appelé ça « heure de confinement » mais j’ai promis de ne pas parler du coronamachin dans le billet d’aujourd’hui, alors, je m’abstiens, sinon, je vais passer pour le rigolo de service – pas toujours drôle mais bon…) et donc, quand je me lève et que je te bouscule, tu ne te réveilles pas, comme d’habitude sauf que là, il me fait attendre un peu plus longtemps pour voir que le jour ne fait pas la grasse matinée, lui.

Entre 6 heures 7 minutes et 6 heures 34 minutes, ce qui correspond environ à mon heure de lever, à quelques secondes près, depuis dimanche, il fait encore nuit, que le temps soit prévu d’être clair (comme hier matin et ce matin) ou sombre, triste et bas (comme lundi) et donc, j’ai l’impression d’être encore plus seul au monde qu’auparavant, qu’à l’époque bien lointaine, jadis et naguère, quand nous n’étions pas confinés (mais chut, j’ai dit que je n’en parlerai pas, ici, aujourd’hui !...)

Ça ne m’a pas empêché, hier matin, de me mettre en branle-bas de combat dès qu’il y a eu un peu de lumière naturelle. À 7 heures pile, je suis allé dans la cuisine et j’ai préparé un plat d’hiver avec des légumes frais et des pois secs. Et des saucisses de Montbéliard. À moi l’éminçage de céleri, de poireaux et de carottes que j’ai faits revenir dans un peu d’huile d’olive. Et quand j’ai ouvert la boîte de pois secs, je me suis rendu compte qu’ils étaient tous (ou presque) cassé. Ça m’a contrarié.

Compte-tenu des mesures de sécurité sanitaire contre ce que vous savez, faire les courses, de nos jours, c’est devenu une espèce de parcours du combattant et là, je n’allais pas retourner au magasin pour leur reprocher que tous mes pois étaient cassés. J’ai fait avec. Je les ai ajoutés aux légumes en train de revenir (d’où ?) et j’ai noyé le poisson en recouvrant le tout d’eau (ou en recouvrant d’eau le tout ?) et j’ai fait cuire jusqu’au moment où c’était temps pour les saucisses de prendre leur bain.

Alors moi, je dis qu’en ce moment, un peu dur, on est en droit d’avoir des produits entiers quand on va faire ses courses. Tout comme on est en droit de recevoir son courrier, les hebdomadaires auxquels on est abonnés et qu’on arrête de nous dire que la Poste s’est recentrée sur ses missions essentielles : ne plus rien distribuer pour ne pas mettre la santé des facteurs en danger. Mouais, c’est comme pour les pois : leur mission essentielle, ce n’était pas d’être cassés, à ce que je sache, si ?

31 mars 2020

des revendications solipsistes (billet non garanti sans coronavirus)

Hier, j’ai fait preuve d’un état d’énervement qui a dû légèrement transpirer dans le billet que j’avais écrit. Aujourd’hui, je suis plus calme, nettement plus calme. Je suis d’un calme olympien. Je suis zen, je suis un jardin japonais. Et pourtant, ce ne sont pas les sujets fâcheux qui manquent, ils sont comme les feuilles mortes, à l’automne, ils se ramassent à la pelle. Quand je repense au préavis de grève de la CGT, je suis toujours autant sidéré et je me sens comme la Vénus de Milo : les bras m’en tombent. Tout ça parce que dans leurs revendications (que je juge particulièrement solipsistes), il y a celle de faire annuler la réforme des retraites. Comme si, en ces temps de grave crise sanitaire, c’était le moment de parler de ça. D’autant moins que toutes les réformes sont suspendues pour l’instant, le président Macron a été très clair là-dessus. Du moins, il me semble.

Je suppose que dans les revendications un peu fantaisistes (parce que je suis poli, aujourd’hui), il y a l’annulation de toutes les lois et de tous les décrets signés par ordonnances au début du confinement. Et forcément, comme ça n’a pas été négocié avec ces syndicons que nous n’avons pas élus (surtout moi) pour parler en notre (en mon) nom, ça va coincer car, qu’il y a-t-il de plus important que la crise sanitaire, actuellement ? Eh oui, c’est bien ça : le confort de ces gens qui ne pensent qu’à leur nombril tout en nous faisant croire qu’ils pensent à tout le monde et même aux autres. Et dans le comble des revendications stupéfiantes : le préavis de grève a été déposé pour critiquer la gestion de la crise et les pénuries de masques, de gels hydro-alcooliques et de toutes les autres protections. Comme si les syndicons en avaient besoin pour faire grève !

Et ce qui choque ces pisse-froids, c’est qu’il n’y a jamais eu pénurie d’armes anti-manifestants. Non mais vraiment, on marche sur la tête. Et ce n’est rien de le dire. Autant de mauvaise foi affichée me laisse sans voix. Mais pas sans colère. Et j’en viens à penser que si ça trouve… Non, quand même pas !... Et pourtant… Et si c’était la CGT qui avait inventé le coronavirus et qui l’avait propagé partout pour pouvoir obtenir ce qu’elle veut : l’annulation de la réforme des retraites et de toutes les lois qu’elle n’aime pas ? Non, ça ne peut pas exister, une telle démarche syndicale, hein, dites-moi que ça ne peut pas exister… Et si c’était surtout des syndicons qui s’étaient jetés sur les stocks de papier-toilette pour nous faire chier ? Ah là, oui, là, je veux bien y croire. Mais qu’on ne s’inquiète pas : je resterai calme, aujourd’hui. Je ne dirai pas de mal de ces gros enculés.


30 mars 2020

gâcher mon confinement (billet non garanti sans coronavirus)

En réalité, je viens de comprendre que pire que le confinement, comme situation, il y a celles et ceux qui viennent vous le gâcher. Bon, déjà, même si je dois reconnaître que ce mode de vie en position recluse à 80% de mon temps me conviendrait presque parce que, après tout, ce n’est pas si désagréable que ça de rester un peu chez soi surtout si on n’a pas de problème de santé majeur (ou de problème majeur de santé ?), je dois également dire que j’ai un peu hâte de retrouver certaines bonnes vieilles habitudes : aller au cinéma, aller au spectacle, aller fureter chez Mollat pour voir quels sont les derniers livres sortis et me faire des listes pour les acheter ou encore, aller chez des amis en toute innocence ou en recevoir à la bonne franquette ou en mettant les petits plats dans les grands mais contre mauvaise fortune, je fais bon cœur et je m’adapte. Oh que cette phrase a été longue, il fallait presque se mettre en apnée pour la lire. Que ceux qui manquent de souffle veuillent bien m’excuser.

Et puis voilà que dans cette nouvelle routine, il y en a qui viennent me gâcher mon confinement et je peux vous dire que je l’ai mauvaise. Parce que je ne m’attendais à tout sauf à ça. Même les terroristes, je pense qu’ils ont compris que l’heure était grave et que ce n’était pas le moment de perpétrer des attentats. Je pensais naïvement que tout le monde était (un peu) sur la même longueur d’ondes (non compris les politiques de l’opposition qui aiment bien attiser le feu des critiques au lieu d’être constructifs, pour une fois et les journaleux, qui n’en peuvent plus de se repaître de cet événement inédit) mais je me trompais. Je me suis mis le doigt dans l’œil si profond que je me demande si je ne me suis pas provoqué un toucher rectal involontairement mais ça, c’est une autre histoire. Eh oui, on les avait oubliés, ceux-là, depuis trois semaines qu’on n’entendait enfin plus parler d’eux. Depuis trois semaines qu’on se permettait d’espérer pouvoir revenir à une vie normale, comme avant.

Eh bien non : les cégécons (honte et châtiment sur eux !) ont déposé un préavis de grève pour tout le mois d’avril dans tous les secteurs qui n’ont pas eu la « chance » de bénéficier d’un chômage partiel et/ou technique (c’est vrai que pour les cheminots, non réservistes, le télétravail, c’est compliqué, heureusement pour eux – pour ne parler que d’eux, bien sûr…) et moi, je ne trouve pas les mots pour qualifier ce préavis de grève à un moment où la France a besoin de tout le monde uni. Vis-à-vis des personnels des corps médicaux, c’est un affront incommensurable. Eux, quand ils font grève, ils travaillent quand même, nos soignants pas comme les autres, ces gros nantis plein de leur morgue, persuadés qu’ils sont de penser, parler et agir au nom de tous les travailleurs et même des autres. Mesdames et messieurs les futurs grévistes du mois d’avril, vous devriez avoir honte. Et je vous fais un doigt de déshonneur absolu. Vous pouvez vous le mettre où je pense sauf si ça vous procure du plaisir, ce n’est pas mon but.

29 mars 2020

mots contaminés (billet non garanti sans coronavirus)

Nous couvrirons la couvaison et nous croirons que la corrasion après qui nous courrions en avions sans raison depuis des ravins et des ravins allait pouvoir s’ouvrir d’une simple oraison. Nous cuirons un ourson et un oursin tous deux racornis dans une espèce de cuvaison et nous incurvons des couvains dans le but de les ranger dans des ouvroirs. À nos avirons, nous arrivons et nous nous ouvrirons, pas comme des vaincus nourris au feu des convois. Croirons-nous et sourirons-nous encore ?

Ça sera beaucoup plus difficile d’écrire un texte ne comprenant aucune lettre du mot coronavirus comme les mots en italiques dans le paragraphe précédent. Là, il ne me reste plus que deux voyelles non contaminées : le E et le Y. Que voulez-vous que je fasse avec si peu ? Oui, je sais, je pourrais parler de nymphe, de glyphe, de mythe, de type sent le thym dans un bled mais ça ne satisfera pas mes envies de texte pur, sain et sans risque. Non, je crois qu’il va falloir que je m’y fasse : vivre avec la menace sur moi.

Pendant que j’écoute une excellente version jazzy de Take a walk on a wild side (créée à l’origine par Lou Reed) de Lifescape, je me dis que le confinement peut avoir du bon car il me permet d’écouter mieux Fip et d’y entendre et d’y découvrir encore plus de morceaux qui plaisent et que je note dans un coin pour pouvoir les réécouter un jour. Cette fois, il n’y aura pas de billet classique avec un sujet évoqué. Non, ça sera juste écrit en vrac et comme ça s’est présenté au portillon de mes neurones. Y a des jours…

« Aujourd’hui, tout va bien, je me sens bien dans le creux de tes mains, j’me sens bien… » Même si Camille Bazbaz chante ça, on sait bien qu’actuellement, c’est impossible de vivre un tel moment. Se sentir bien dans les mains de quelqu’un. On ne peut plus montrer qu’on les aime à ceux qu’on aime. On doit se méfier de tout et de toutes et tous. L’autre est devenu un ennemi. Ça durera le temps que ça durera et ça reviendra peut-être régulièrement, qui le sait ? Peut-être que dorénavant, nous ne pourrons plus.

Un nouveau jour s’est levé. Un jour avec du soleil prévu sur Bordeaux, comme depuis le début du confinement. Une météo qui nous fait tourner la tête car on ne la comprend pas : elle nous donne du beau temps comme si nous pouvions nous retrouver dans une clairière pour un pique-nique entre amis ou en famille. Non, elle nous oblige à nous reclure. Nous sommes prisonniers de nous-mêmes. Mon Dieu, si tu existes, ne me soumets pas à la tentation mais surtout, surtout, ne me délivre jamais du mal.

28 mars 2020

achats de première nécessité (billet non garanti sans coronavirus)

Pardon madame, vous avez votre attestation de déplacement dérogatoire ? Merci. Attendez, ne partez pas, je vais contrôler votre caddy aussi, s’il vous plaît. Merci. Bon, tout d’abord, vous êtes combien dans votre foyer ? Vous vivez seule ? Parfait. Mais alors, dites-moi pourquoi vous avez acheté 6 paquets de 30 rouleaux de papier toilette ? Parce que vous êtes fragile des intestins et que vous avez tendance à faire diarrhée quand vous êtes angoissée ? C’est un peu exagéré, non ? Bon, et pourquoi dix, vingt, trente, quarante, quarante-cinq, quarante-six… cinquante kilos de riz en sachets à cuisson rapide ? Parce que quand vous vous embêtez, vous vous constipez ? Dites-moi, peut-être que vous pourriez laisser une partie de tout ça à d’autres qui en manquent et qui en ont besoin ?

Bonjour madame… Pardon, bonjour monsieur. Votre attestation de déplacement dérogatoire, s’il vous plaît ? Merci. Vous êtes venus pourquoi dans cet hypermarché ? Pour faire vos courses ? Mais vous n’avez pas de caddy ? Pardon ? Vous l’avez oublié ? Vous l’avez oublié où ? À la caisse ? Ne vous moquez pas de moi, monsieur, pourquoi l’avez-vous oublié ? Vous ne savez plus ? Venez, suivez-moi, je vais vous laisser avec ma collègue, elle va s’occuper de vous. Au revoir et bonne journée, monsieur. Pardon ? Ça vous est revenu ? Vous vous souvenez de tout ? Je vous écoute. Oui. Vous êtes venus faire vos achats de première nécessité mais comme vous n’aviez besoin de rien, vous n’avez rien acheté. C’est bien, ça vous honore, monsieur, mais vous auriez dû rester chez vous, alors.

Bonjour les enfants. Vous avez quel âge ? Oui, douze ans. Oui, quatorze ans. D’accord, quinze. Ok, onze et sept ans. Et vos parents ? Ils sont restés chez vous ? Vous êtes venus comment, alors ? À pieds parce que vous habitez à côté ? OK. Et vos attestations de déplacements dérogatoires ? D’accord, il n’y a aucune raison pour que vous soyez venus en groupe. Ah d’accord, chacun porte deux sacs. Je peux regarder ? OK. Dites-moi, tous ces paquets de Granola, c’est de première nécessité ? Et toutes ces barres chocolatées ? Aussi ? Et tous ces paquets de fraises Tagada ? Bien sûr ! Et tous ces tubes de vaseline ? Comment ça, ce n’est pas à vous ? Ah c’est pour vos parents ? Autant de tubes de vaseline ? Faites-voir la liste. OK, si c’est pour vous permettre d’enculer les mouches.

27 mars 2020

chiffre d’affaires en baisse (billet non garanti en coronavirus)

Wesh, wesh, yoo ! Comment je fais, moi, maintenant ? Y a plus personne dans les rues et moi, je me retrouve avec beaucoup de stock que j’arrive pas à vendre. Je peux même pas faire un hashtag « Qui n’en veut de ma beuh ! » parce que même si les gens se connecteraient dessus, ils pourraient même pas venir en chercher. Pourtant, je suis toujours au même coin de rue, au même bas d’immeuble mais personne vient plus me voir. Et moi, si je la vends pas, mon herbe, je perds des sous, car je l’ai payée cash à mes fournisseurs que je peux pas dire qui y sont parce que sinon, on dirait que je serais une balance et moi, je suis pas une balance, je suis juste un honnête vendeur de drogue douce. Et tu crois que l’état, il va me rembourser la perte de mon chiffre d’affaires comme pour les autres ?

Hé, toi, là-bas, le beau gosse, tu viens ? Tu me donnes combien ? Allez, je te fais un prix d’amour, un prix d’ami, je te fais deux choses pour le prix d’une. Ah pardon, monsieur Paulo, je t’avais pas reconnu. Je te préviens, mon Paulo, si tu viens relever les compteurs, ça va pas le faire, tu vas pas être jouasse car moi, depuis le début du confinement, j’ai fait personne. Pas une baiser, pas une caresse, pas une pipe, rien par devant et rien par derrière, je te le dis, moi, c’est la misère, Paulo, ils restent tous chez eux sauf les condés qui font rien qu’à surveiller si tout le monde respecte les consignes mais moi, les consignes, ça me fait pas bouffer. Pas même mon cul. Alors, Paulo, tu devrais peut-être demander au gouvernement si on pourrait pas avoir un dédommagement, car là, ça craint.

Avec cette épidémie de coronavirus, avec ce confinement obligatoire (pas pour tout le monde, j’ai l’impression mais je ne suis pas là pour dénoncer certains de mes congénères, je ne voudrais pas être traité de collabo !) et avec ce repli sur soi, c’est dingue tous les petits métiers pas forcément reconnus comme tels et encore moins d’utilité publique, heureusement, c’est dingue donc, tous ces « petits » métiers qui ne peuvent plus être exercés : les manifestants et les casseurs réunis ; les terroristes ; les violeurs dans des lieux publics ; les tripoteurs dans les métros et les tramways ; les kidnappeurs d’enfant ; les entraîneurs aux idées lubriques et j’en passe et pas des moindres. Alors, ayons une pensée pour eux. Pas forcément une pensée gentille, non, juste une pensée soulagée.  

26 mars 2020

billet totalement contaminé par le coronavirus

Mon blog a eu beau se protéger et pratiquer les gestes barrières, je pense qu’il a été contaminé par le coronavirus car depuis hier soir, il a chaud, de la fièvre, il a tendance à tousser. Kof, kof, kof ! Tiens, qu’est-ce que je disais. Et je me demande s’il ne fait pas des apnées du sommeil, la nuit, mon blog. Ou alors, ce sont des difficultés respiratoires liées au virus et je pense que je vais l’ausculter de fond en comble pour m’assurer. Pour m’assurer de quoi ? M’assurer de… Eh bien, kof, kof, kof, kof, eh bien pour savoir s’il est contagieux de lire mon blog ou non. Et aussi pour savoir s’il est dangereux pour moi d’y écrire tous les jours. Ou pas. Je préférerais nettement que ça soit « ou pas » que l’inverse mais dans le cadre d’une épidémie ou d’une pandémie (pain de mie ?), on ne choisit rien.

Déjà, j’ai décidé de lui prendre sa température afin de savoir s’il en a ou pas, mon blog. Et s’il n’en a pas, ça me laisse un peu de répit. S’il en a, je verrai ce que je dois faire (ce que je doigt faire ?) et justement, je vais la lui prendre de façon digitale. Parce qu’on n’a jamais vu un blog se faire prendre sa température de manière frontale ou rectale et comme il n’a pas d’aisselles… Non, le mieux, c’est la prise digitale : en gros et en un mot comme en cent, je vais lui mettre un doigt et si ce dernier en ressort un peu trop chaud, ça signifiera que mes craintes étaient fondées (mais pas fécondées, attention, hein !) et après, je verrai pour lui faire prendre un Dafalgan ou un Doliprane pour faire baisser l’éventuelle fièvre du jeudi matin. Plus tard, dans la journée, je le referai avec un autre doigt.

Si dans les deux prochains relevés de température digitale, les résultats sont en-dessous du seuil critique, kof, kof, kof… Et s’il arrête de tousser, mon blog, alors, je continuerai à venir le remplir chaque jour en écrivant dedans : en lui mettant plein de mots, de phrases et de paragraphes. Si les résultats sont au-dessus et si les médicaments au paracétamol ne suffisent pas à faire tomber la fièvre… Kof, kof, kof, la fièvre et la toux, alors, je prendrai les mesures qui s’imposent. Et je le ferai hospitaliser dans un endroit réservé aux blogs en détresse. Et s’il faut, les spécialistes le mettront en réanimation et moi, pendant ce temps-là, j’attendrai dans un couloir près d’un distributeur de café et je me rongerai les sangs et les ongles. Jusqu’à ce qu’il aille mieux et qu’il s’en sorte, putain, quoi !