C'est écrit

19 août 2019

deux films sinon quoi ?

Hier, je suis allé au cinéma. Avec toutes ces allées et venues à Biscarrosse, ça ne m’était pas arrivé depuis au moins dix jours pour ne pas dire deux semaines. Et aussi parce que cet été, les nouveaux films ne me tentaient globalement pas plus que ça. Jusqu’à ceux qui sont sortis mercredi dernier alors que j’étais encore dans les Landes mais comme j’en suis revenu samedi soir, tard, après un détour par les environs de Bazas), hier, j’avais donc décidé d’aller me faire une toile dans une salle obscure. Parce que cette fois, j’avais deux films en ligne de mire. En ligne de mirettes. Et ils étaient tous les deux programmés pour le même horaire, stricto sensu : 13h20. Alors, j’ai mangé à midi pile (alors que Catherine déjeunait plutôt à midi six) et j’ai fait plouf, plouf, pic et pic et colégram pour savoir lequel des deux j’allais me faire.

J’avais une préférence pour celui qui était interprété par deux acteurs et trices que j’aime particulièrement et moi, les comédiens d’un film, ça compte pour beaucoup. C’est-à-dire que je suis capable de ne pas aller en voir un car sa tête d’affiche en a une qui ne me revient pas  et tant pis si le film est bon, il y a des gens que je déteste voir sur un écran. Soit parce que c’est épidermique (de ma part), soit parce que je trouve qu’ils jouent plutôt mal. Ce qui reste subjectif (cette constatation est totalement et intégralement objective) soit parce que parce que. Mais, dans le cas contraire, je suis (presque) capable d’aller voir un navet parce que dedans, j’y verrai des interprètes que j’aime vraiment beaucoup. Alors, mon choix s’est fait plus naturellement que le tirage au sort : je suis allé voir celui avec les deux que j’aime justement beaucoup.

J’y suis allé en toute confiance. Et je me suis gardé l’autre pour cet après-midi ou pour demain après-midi. Et là, très rapidement, j’ai réalisé que je ne pouvais pas me faire confiance et ça, ça m’a foutu un coup. Parce que j’ai détesté le début du film, j’ai failli partir au bout de 5 minutes. Nonobstant, je me suis accroché et j’ai subi une histoire dans laquelle je ne suis pas entré du tout. Je me suis emmerdé comme un rat mort (quelle drôle d’expression, non ?) et j’ai failli partir à plusieurs autres reprises sauf que j’avais la flemme de sortir de la salle, car outre cet ennui dû à ce que je voyais sur l’écran, j’étais bien assis et je me suis presque reposé. Demain, on verra si ce qui a été mon deuxième choix ne va pas devenir mon premier. Si ça se trouve, je vais adorer celui sur lequel je n’avais pas parié. Ou pas. Peut-être que je me serai planté deux fois de suite.


18 août 2019

un ministre a bâillé : démission !

Un ministre a bâillé pendant un conseil, qu’il démissionne ! Qu’on le mette en prison ! Qu’on le pende haut et court. Oui, haut et court. C’est toujours plus efficace que si on le pendait bas et long.

Je n’arrive pas à m’y faire, à ces polémiques créées pour occuper les temps d’antenne des chaînes d’infos continue. Je me demande toujours si ça intéresse vraiment le français moyen, de savoir que deux ministres ont assisté à une corrida alors que ça déplaît à ceux qui sont contre, aux défenseurs des animaux et aux antispécistes. Bon, que chacun ait son opinion sur le sujet, c’est tout à fait normal mais ce qui me dérange, c’est quand certains, radicaux, se fondamentalisent et perdent un peu la raison au profit d’une idéologie qu’ils veulent imposer à tous.

Un ministre ne s’est pas lavé les mains après être allé faire pipi ! C’est un scandale sanitaire ! C’est inadmissible ! Qu’il démissionne et qu’il fasse amende honorable en ne se faisant plus jamais élire.

Je n’ai pas d’opinion tranchée sur la corrida, qui fait (malheureusement) partie de notre patrimoine culturel mais j’avoue que l’idée de la mise à mort du taureau et même seulement le fait de le blesser, donc, de lui faire mal, ça me dérange. Mais qui suis-je, moi, pour aller dénoncer ça ? Si on pouvait faire des matches taureaux/torero sans aucune arme blessante ni mortelle, ça m’irait tout à fait. Je comprends l’ambiance des arènes. Certains les ont très bien décrites dans des livres. Je pense à Hemingway, entre autres, dans L’été dangereux, Mort dans l’après-midi et Le soleil se lève aussi.

Un ministre a pété chez lui, sur la terrasse au bord de sa piscine et les écologistes vont porter plainte pour destruction de la couche d’ozone. Démission ! Démission ! Émission de gaz = démission !

Dans quelle époque vit-on ? Tout fout le camp et il n’y a plus de saison, ma bonne dame. Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient. Aujourd’hui, on s’attache à des détails qu’on veut faire passer pour des affaires d’état car le plus important, c’est d’avoir des tas d’affaires. Et occuper le terrain. Ça me rend triste et ça me met en colère. Il y aurait tant de causes bien plus importantes à défendre et tant de causes plus justifiées (je n’ai pas écrit « plus justes », attention, hein !) Pour ma part, je plains ces deux ministres qui sont sous les feux des projecteurs accusateurs des journaleux et probablement d’une partie de l’opposition qui n’a que ça à faire, elle aussi.

Un ministre a touché l’épaule d’une petite fille qui lui apportait un bouquet de fleurs pour lui offrir. C’est un pédophile ! Il faut le mettre en prison à perpétuité. Et qu’il démissionne ! Qu’il démissionne !

17 août 2019

parlez-moi d’moi, y a qu’ça qui m’intéresse

Docteur, je viens vous voir parce que je ne sais pas trop ce qui m’arrive. Je ne sais pas si c’est une conséquence des canicules successives que nous avons subies, surtout moi mais en ce moment, je trouve que je ne parle que de moi. Je n’arrive pas à m’intéresser à autre chose qu’à ma petite personne. Comme si le reste du monde, comme si tout ce et tous ceux qui sont autour de moi n’existaient pas. Peu ou prou, comme disait Marcel. Et j’ai l’impression que je me complais dans cette situation. Tiens, pour vous prouver que je ne dis jamais de conneries : je n’écoute qu’une seule chanson en boucle, du matin au soir et du matin au soir, oui, aussi. C’est celle de Guy Béart en duo avec Jeanne Moreau : Parlez-moi d’moi. Parlez-moi d’moi, y a qu’ça qui m’intéresse, parlez-moi d’moi, y a qu’ça qui m’donne d’l’émoi…

De mes amours, mes humeurs, mes tendresses /  de mes retours, mes fureurs, mes faiblesses, parlez-moi, parlez-moi d’moi… Au début, je n’ai pas compris pourquoi Guy Béart avait écrit cette chanson en pensant à moi sans jamais me citer. Ce n’était pas très fair-play mais après, j’ai compris, j’ai compris que c’était uniquement par pudeur. Et par respect pour ma petite personne car à l’époque, au tout début des années 80, quand j’avais vingt ans, un âge que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, je n’avais pas vraiment conscience de qui j’étais. De qui je pouvais être. Tiens, écoutez la suite : Parlez-moi d’moi, y a qu’ça qui m’intéresse, parlez-moi, parlez-moi d’moi… Ti lalala lala, ti lalala lala, ti lalala lalala lalala la… C’est bête, je ne me souviens plus trop des paroles (depuis le temps) mais ce qu’il faut retenir, c’est que ça parle de moi.

La faim dans le monde ? Ça m’intéresse moins que ma propre petite personne. Vous me dites ci, vous me dites ça… La fin du monde ? De la roupie de chansonnette (!!!) à côté de moi. La fin dans le monde ? Pfou, je m’en fous, y que moi qui m’intéresse. La guerre et les terroristes ? Vous savez, à part moi, rien ne me touche. La violence contre les animaux ? Et la violence de ceux qui ne savent pas que j’existe ? La violence contre les enfants et les femmes ? Et ma petite personne, alors, elle compte pour du beurre ? Vos petits soucis et vos gros tracas, comment vous avez vaincu tout ça… Je crois que vous n’avez toujours pas compris que je n’aime qu’une chose et une seule : qu’on parle de moi. Y a qu’ça qui m’intéresse, mais parlez-moi, parlez-moi d’moi… Le pire, c’est que je ne l’ai jamais retrouvée en CD, cette chanson. Elle n’existe peut-être plus que dans mon esprit. C’est déjà ça.

16 août 2019

ma modestie dût-elle en souffrir

Un de mes problèmes, depuis toujours (même si ça a tendance à s’arranger un peu), c’est que je manque de confiance en moi. Et donc, comme en parallèle, je me sens un peu au-dessus de la moyenne, je dois gérer ce paradoxe et ce n’est pas si facile que ça. Je pense que je suis un peu au-dessus de la moyenne car, dans mes vies professionnelles, je suis toujours passé pour l’intellectuel de service. En effet, j’étais souvent le seul à lire, à aller au cinéma, au théâtre, à l’opéra, dans les musées… Bref, comme j’étais célibataire (officiellement), tout le monde disait que c’était plus facile pour moi que pour ceux qui avaient une famille avec des enfants surtout en bas âge. Sauf que ce n’est pas vrai. Je pense que oui, ma vie de célibataire m’a aidé à poursuivre dans cette voie mais que c’est plus ou moins un choix au départ. Car rien ne me prédisposait à tout ça, quand je suis né.

Ça a été un choix indépendant de ma volonté, évidemment. Je devais avoir des gènes (j’ai dû comprendre que le plaisir que ça me procurait était essentiel) qui ont fait que… Mais pas que… Et je m’en suis servi. À bon escient, j’espère. Quoiqu’il en soit, je reconnais que je souffre parfois d’un sentiment de légère supériorité intermittente et à chaque fois, ma modestie légendaire en souffre. Mais ça ne dure jamais longtemps. Je bois ma honte cul sec jusqu’à la lie et je balaie mes complexes d’un revers de la main jusqu’à la fois suivante. Car il ne faut pas que je me leurre (jamais), ça revient toujours, cette impression de ne pas être à la hauteur. Tout en ayant parfaitement compris ceux qui sont en-dessous de moi. Il faut vraiment avoir beaucoup de talent pour jongler avec des sentiments aussi contradictoires et s’en sortir avec tous les honneurs possibles et imaginables.

J’ai toujours sur que je passerai ma vie en navigant de paradoxes en paradoxes comme Tarzan de liane en liane, dans la forêt vierge. Sauf que je n’ai pas son physique et que j’ai très peur de plein d’animaux sauvages tels que les insectes. Mais je peux faire preuve d’un réel courage devant des moucherons surtout les moucherons-tigres, les plus féroces. Ceux-là, je les écrabouille d’un coup de tapette à mouches car ça fonctionne aussi très bien avec les moucherons et même les moucherons-tigres. Je suis le roi de la tapette, ça fait longtemps que je le sais et que ça devrait se savoir, maintenant. Bref, comme dirait Monsieur Propre, je suis double. Comme pour mon signe astrologique : sagittaire-sagittaire. Tout est en double chez moi : ma modestie aussi. Et mon ego également. Et mon sentiment de culpabilité permanente aussi. Bref, je ne suis pas tout seul en moi.

15 août 2019

un lot de (parenthèses) en solde

Vous avez dû remarquer que depuis quelques temps, j’utilise beaucoup de (parenthèses) dans mes billets. C’est normal, je n’en étais pas si coutumier que ça, juste le minimum syndical mais là, j’ai bien conscience que j’ai dû étonner une énorme partie de mon lectorat (!!!) Il y a une bonne raison à cela : j’ai dégotté un lot de (parenthèse) d’occasion mais comme neuves que j’ai acheté sans même en négocier le prix car c’était déjà très intéressant. Surtout qu’il y avait un reçu qu’avait conservé leur (propriétaire) d’origine. Et quand j’ai mené ma petite (enquête) et que j’ai découvert que c’était un des plus grands de nos (auteurs*). Et j’ai même du mal à croire que (personne) ne s’en soit rendu compte avant moi. Comme quoi, parfois, on peut encore trouver des (trésors) dans le grenier ou le bureau de certaines maisons en attente d’être (réhabilitées).

Et moi, je le reconnais humblement, je fais partie de ces gens qui, quand ils font une (bonne affaire), n’hésitent pas à en profiter voire à en abuser. Il fut un temps où j’utilisais beaucoup les (tirets) pour éviter d’avoir à acheter des (parenthèses) que je trouvais bien plus chères mais là, du coup, je peux enfin m’en servir, de ces(parenthèse)s comme si j’étais un mec qui en avait les (moyens). Jusqu’à ces jours-ci, les (parenthèses), pour moi, c’était un peu comme les (points d’exclamation), je ne pouvais pas me le permettre et ça tombait bien parce que pour eux, les « ! », comme je ne voulais pas tomber dans la (facilité), je m’étais habitué à m’en passer et je pense que je m’en suis plutôt bien sorti. Bien sûr, on n’est jamais (le meilleur juge) pour soi-même mais là, ce que je dis, je le dis en toute (modestie) et en toute (impartialité). D’ailleurs, je trouve que le « ! » est souvent bien trop appuyé.

Et comme je n’aime pas les (effets) trop (ostentatoires), ça tombait plutôt bien. Sauf que là, en ce moment, c’est comme si j’avais gagné à la (loterie nationale). J’ai touché le (gros lot) et je dépense sans compter. Sauf que mon côté (cigale) n’aura qu’un temps, avec l’âge, j’ai appris qu’il fallait assurer ses arrières et donc, dès demain, je place tout mon (stock) de (parenthèses) dans un coffre dans la banque de la (langue française et de la grammaire réunies). Avec tout mon stock de (points d’exclamation) car j’ai déjà épargné tous ceux que j’aurais pu appliquer alors que je ne l’ai pas fait. Et si ça me prend, un jour, je me restreindrai aussi sur les (trémas) parce que là encore, quand on n’est pas habité à (écrire), on ne le sait pas mais les (trémas), ça vaut (la peau du cul) et de la (thyroïde). En tout cas, ce lot de (parenthèses), il aura enchanté ma vie.

* Marcel P.


14 août 2019

quelle coïncidence quand les esprits se rencontrent !

Quelle coïncidence amusante quand les (grands) esprits se rencontrent ! Dimanche, je suis allé voir la rétrospective Sempé au Musée de la Mer et de la Marine, à Bordeaux, à quelques coups de pédales de vélo de chez moi. Parce que même si je lui préfère Geerts et son humour plus cruel, j’aime bien le dessinateur Sempé, bordelais ou presque, puisqu’il est né à Pessac, dans la communauté urbaine de Bordeaux.

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant la citation à l’entrée de la première salle : « Le matin, je me dis qu'est-ce que je vais faire, voyons. Qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que j’ai envie de faire… ? Je suis toujours en quête. Le matin, je suis un mendiant. Le soir, je suis rarement riche, hélas ! Mais je trouve toujours un truc à terminer, à avancer… Oh, je me joue beaucoup la comédie ! » Incroyable, non ?

Comment ça, qu’est-ce qui est incroyable ? Ça ne vous a pas sauté aux yeux ? Je ne sais pas ce qu’il vous faut. Allez, faites un effort, juste un petit effort et si vraiment vous ne trouvez pas, je vous donne un indice. Relisez le billet d’hier. Celui dans lequel je me confie, dans lequel je me mets à nu au propre et au figuré en vous parlant d’une chose très intime : le fait que je ne m’ennuie jamais. Et maintenant ? Tilt ?

C’est exactement, à peu près, à quelques différences près, ce que j’ai écrit de moi, sur moi. Comme quoi, il y a plagiat dans le comportement. Et Sempé me connaît finalement mieux que ce que je croyais. En tout cas, je pensais le connaître mais lui, tout compte fait, il me connaît bien. La seule chose, c’est que s’il pense comme moi, il ne dit pas les choses de la même façon que moi. Et ça peut porter à confusion.

La confusion, c’est qu’on pourrait croire qu’on n’a ni la forme, ni le fond en commun. Bien sûr, moi, je n’ai pas son talent, je ne sais pas dessiner. Mais je le mets au défi de faire une illustration avec une légende dans laquelle il n’y aurait aucune lettre qui dépasse. Alors que moi, même si je n’ai pas totalement et correctement relevé le défi, je l’ai relevé. Alors que Sempé, non. Jamais il n’a réussi cet exploit-là.

Cependant, je reconnais que ce fut un bonheur de voir ou revoir certains de ses dessins, parfois en format géant. Car ce qui vaut, chez Sempé, c’est la profondeur de son propos, image et texte réunis. Il a tout synthétisé : le poids des mots et le choc des photos. Combien de fois, dimanche, n’ai-je pas pensé, en regardant ses œuvres exposées : c’est génial ! Ce mec est génial. Peu importe qui il est vraiment, il est génial.

Et ma foi, il faut le reconnaître, ce fut aussi un coup dur pour mon ego. Je me suis dit que la concurrence était vachement rude. Je le savais déjà mais là, sous mes yeux, c’était implacable. Alors, j’ai oublié qui j’étais et je me suis laissé aller à prendre du plaisir sans réfléchir. Enfin si, parce que les dessins de Sempé, ils poussent à se poser plein de questions. À aller voir au-delà des apparences. Et rien que pour ça : bravo et merci.

13 août 2019

air à cassandre

(version sans lettre qui dépasse)

armonieuse, va voir si rose arrivée en aurore

a conservé ses mises carmines même ce soir

ses mises carmines sous une nova nacrée, irisée

aux manies sinueuses à son écorce souveraine

n’aura crevé au maximum en sa soirée

ses nuances à vous-même non inverses

 

crevé ! vois comme en une once à venir

armonieuse, rose a, en ces environs,

ses communions remisées aux ramassis

ô, au vrai, mauvaise mère essence même

car, comme une si neuve rose ne se conserve

avec une aurore mais rien encore au soir

 

ou si vous m’en reconnaissiez, armonieuse

comme vous avez une saison ornée

en son encore nouveau cœur à cran

saisissez, saisissez vos novices saisons

comme à une écume ruineuse au soir

aura saisi comme une ivraie vos saveurs

moi

 

(na !)

 

(version originale)

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avait déclose

Sa robe de pourpre au soleil,

A point perdu cette vesprée,

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vôtre pareil.

 

Las ! Voyez comme en peu d’espace,

Mignonne, elle a dessus la place

Las, las ses beautés laissé choir

Ô vraiment marâtre Nature,

Puis qu’une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !

 

Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que votre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez votre jeunesse :

Comme à cette fleur la vieillesse

Fera ternir votre beauté.

Ronsard

 

Et toc !

12 août 2019

ne pas s'ennuyer

Je ne sais pas trop de ce que ça veut dire, s’ennuyer. Même si parfois, ça peut m’arriver de ne pas savoir quoi faire, ce n’est pas de l’ennui. Chez moi, c’est juste soit de la flemme, soit l’embarras du choix. En effet, je sais toujours quoi faire même si parfois, je peux faire illusion ou donner l’impression du contraire. Parce que je suis comme les chats, je peux aussi rester immobile, à regarder dans le vide (aux yeux des autres) pendant que je m’interroge sur ce que j’ai le plus envie de faire : une sieste bien au chaud ou aller draguer les rongeurs. Ou me mettre devant la télé ou devant l’ordinateur. Me faire prendre par un livre ou un magazine. Rester chez moi ou redevenir ce que j’ai toujours été par intermittence : un sirop de la rue. J’aime aller dehors, même pour rien et rentrer chez moi, ensuite.

Alors, vous comprenez bien que l’ennui, chez moi, c’est une notion abstraite. Parce que même si je ne fais rien, même si n’ai rien de spécial à faire et que je ne sais pas par quel bout commencer, j’ai le cerveau et les neurones toujours en légère ébullition. Il y a des gens qui subissent les jambes sans repos, moi, ce sont les méninges sans repos. Je n’y peux rien, c’est ainsi que je suis fait. Et même si je peux être (apparemment) inactif, c’est juste que mon enveloppe physique est calme, comme suspendue, mais dans mon crâne, je pense aux mille choses qui m’attendent ou que je vais provoquer. C’est un peu comme si j’étais toujours en mode challenge avec moi-même. Comme si je ne m’autorisais pas à prendre des RTT personnelles. Comme si j’étais mon propre esclavagiste et mon propre soumis.

Alors, ne vous fiez jamais à ce que vous voyez de moi, la partie émergée de l’iceberg qui brûle en moi : il faut se méfier de l’eau qui dort, disait-on dans les chaumières, jadis et naguère. Moi, j’ai envie de préciser qu’il faut se méfier du chat qui dort. J’ai tous les sens en perpétuel éveil. Et je suis capable de bondir sur n’importe quoi quand ça me prend. Même moi, ça peut me surprendre et même au bout de presque 60 ans. Bon, mettons un peu plus de cinquante ans parce que pendant les premières années de ma vie toujours en mouvement, je n’ai jamais pu décider de grand-chose. Mais si j’en avais eu les pouvoirs, bien sûr que je l’aurais fait. Et je pense que même bébé, je ne me suis jamais ennuyé. Je devais déjà pensé à tout ce que j’allais pouvoir faire. À tout ce que j’allais pouvoir écrire. À tout et à rien.

11 août 2019

j’ai dû perdre une partie de mes pouvoirs

Finalement, le samedi s’est mieux passé que prévu et je me dis que de deux choses l’une : soit j’avais mal interprété les signes avant-coureurs d’hier matin, soit j’ai dû perdre une partie de mes pouvoirs magiques : ceux qui me permettent de deviner que quelque chose de pas drôle va se passer. Comme si je pouvais anticiper les drames, qu’ils soient mélo ou non. Qu’ils soient psycho ou non. Qu’ils soient pic-et-pic et cholé ou non.

Ça doit être la vue d’un ciel encore plus brouillé que moi, quand je me lève et que tout semble bien foncé. D’accord, il ne peut pas faire jour à 5h40 un 10 août alors que le soleil ne devait pas se lever avant 6h58 (environ) mais moi, comme je suis matutinal, je sais d’expérience qu’on peut très rapidement deviner si le ciel sera bleu ou pas, même s’il ne fait pas encore jour. Il y a quelque chose de plus léger dans un cas. Mais pas dans l’autre.

C’était mon seul pouvoir magique : être capable de faire la grenouille quand je me lève et prédire la météo du jour. Et pas seulement la météo mais aussi les événements qui peuvent aller avec. Et en même temps que j’écris tout ça, je regarde mes cuisses, vu que je ne porte qu’un caleçon flottant (en bas) et je me dis que ma foi, peut-être qu’il a raison, Carlos, mon coach de sport, j’ai des muscles profonds qui se voient. Je n’en reviens pas.

Lundi matin, je ferai plus attention à savoir si je peux continuer de prédire ce qui va se passer dans la journée rien qu’en regardant dehors, quand je sors du lit. Quand je ne vois rien sauf si j’allume l’éclairage de la terrasse. Mais j’ai oublié de préciser qu’il y a quand même un point sur lequel je ne me suis pas trompé, ces jours derniers : ceux-ci ont commencé à raccourcir et ça, ça reste malgré tout un super pouvoir.

Ça reste un super pouvoir car tout le monde ne peut pas s’en rendre compte. Pour ça, il ne faut pas dormir jusqu’à des heures plutôt indues. Il faut savoir sortir du sommeil avant tout le monde et profiter du temps qui s’offre, alors, calme et tranquille, la plupart du temps. Moi, à chaque aube, je suis un peu le maître du monde. Je peux décider de tout. Mais comme ma mansuétude me perdra, je ne cherche jamais à faire de mal.

10 août 2019

un samedi matin ordinaire

Ça aurait pu être un samedi matin ordinaire mais je ne suis pas sûr que ça le soit ou que ça le reste. D’abord, je me suis levé un peu trop tôt pour quelqu’un qui ne travaille pas, qui ne travaille plus et pourtant, Dieu (s’il existe) sait que je fais partie de ceux à qui appartiennent le monde, en règle générale et matinale. Mais là, quelque chose m’a poussé hors de mon lit, comme une envie pressante de savoir quelque chose que j’ignorais encore. Comme un pressentiment. Mais aussi, comme si j’entendais la pluie tomber parce qu’elle n’aurait pas fait attention à la marche. À la bonne marche des temps : celui qui passe et celui qu’on subit. Ce matin, je crains que ça ne soit celui qu’on subit. Celui que je vais subir. Même si l’eau annoncée de là-haut n’a pas encore commencé.

Ça devrait être un samedi matin ordinaire. Avec peu de choses à faire comme si nous étions dimanche. Mais non. Ça ne le sera pas parce que je vais sans doute me poser plein de questions. Je vais réfléchir sur mon existence et sur celle de ceux que j’aime. Ceux qui me sont le plus chers et Dieu (s’il existe encore) sait que je ne me fais du souci que pour très peu de monde. Du souci quotidien ou presque. Parce que je suis comme ça, moi, derrière le masque de clown, il y a un autre masque, celui d’un autre clown, qui n’est pas toujours de service mais qui est toujours prêt. Comme un bon scout. Comme un bon petit soldat. Toujours prêt à obéir. Tu vas me faire le plaisir de t’inquiéter, Stéphane. Oui, chef ! Bien, chef ! Je ne vais quand même pas me rebeller contre l’autorité, quand même ?

Ça devait être un samedi ordinaire, un samedi de peut-être quelques gilets jaunes (il y a longtemps, tiens !...) et un samedi de vacances pour nombre d’entre ceux qui  sont sur les plages, entre autres. Un samedi de vacances mais un samedi gâché par une météo capricieuse. Ce n’était vraiment pas la peine de nous faire croire à quelque canicule que ce soit si, deux ou trois semaines après, on est limite en train de se demander s’il faut sortir les parkas et les parapluies. Dieu (s’il existe toujours) a dû se tromper dans certains de ses calculs mentaux. Moi, je suis sûr que quelque chose ne tourne pas rond. Que quelque chose ne va pas tourner rond, aujourd’hui. Et qui sait si ce soir, je ne me dirai pas : tu vois, j’avais raison, il y a quelque chose qui n’a pas tourné rond, aujourd’hui.