C'est écrit

24 février 2018

tout doit disparaître

Grosse promotion chez Stéphane, ce week-end, tout doit disparaître !

Pour cause d’inventaire, de dégivrage et de nettoyage du réfrigérateur, tout doit disparaître. De nombreux articles frais sont à prendre tout de suite. Sans perdre de temps pour ne pas briser la chaîne du froid. Il y en a pour tous les goûts (ou presque) et à chaque niveau, à chaque étage, ses spécialités. Des fruits et légumes aux boissons, même alcoolisées, des produits laitiers à la charcuterie, venez, dépêchez-vous de venir car il n’y en aura pas pour tout le monde !

C’est dans un décor digne des plus grandes productions islandaises et scandinaves réunies que vous allez pouvoir venir faire vos soldes dans mon réfrigérateur. Liquidation totale avant travaux et réouverture dès dimanche soir. Profitez-en car certains produits ont des dates courtes et la remise appliquée n’en sera que plus importante. Pour ne pas dire phénoménale. Elle est vraiment, elle est vraiment, elle est vraiment phénoménale, la la la lalala la la, elle est vraiment, elle est vraiment…

Au rayon boissons : eau pétillante faite maison, eau pétillante du commerce, soda sans sucre ajouté au gingembre et au citron, lait de chèvre, bière en canette sans oublier de la sauce pour nems et de la crème fraîche. Elle porte bien son nom, cette crème, la crème de nos produits en bouteilles car elle est fraîche de chez fraîche mais elle risque de ne pas le rester longtemps. Dix centimètres de racine de gingembre offerts pour deux boissons achetées. Vingt centimètres pour 3 bouteilles achetées.

Au rayon fruits et légumes : malgré le froid qui s’est fait piquant, ces temps derniers, quelques bons fruits et légumes, tous labellisés Bio à 90% d’entre eux sont à prendre pour être cuisinés le plus rapidement possible afin de préserver leurs vitamines et leurs nutriments : orange, fenouil, mandarines, tomates cerises, céleri en branche (3 lots), salade frisée, salade mesclun, 2 avocats, 2 pomelos, des pommes, des poires et des scoubidous, ah, soubidous, bidous…

Au rayon des produits gras, essentiels en hiver : du fromage à pâte cuite, du fromage bleu, du fromage de chèvre, du Caprice des Dieux - caprice à deux, 6 œufs de plein air (mais aussi de poule), de la coppa, du jambon cru et des rillettes de poulet. Des yaourts mais attention, des yaourts au lait de chèvre et/ou de brebis mais pas galeuses, ces dernières. Et encore moins égarées. Et un reste de gratin de gnocchis, pour une personne, offert pour tout acheteur de trois produits ou plus.

On vous le dit, on vous le crie : tout doit disparaître avant dimanche soir ! 


23 février 2018

du haut de mes douze ans chétifs

C’était en 1972. L’année scolaire qui allait de septembre 1971 à juin 1972. J’avais douze ans et j’entrais au lycée Denfert-Rochereau, section collège, à St Maixent, dans les Deux-Sèvres. Une nouvelle année dans un nouvel établissement avec des nouveaux professeurs et peut-être des nouveaux camarades mais ça, ce n’était pas gagné d’avance. Ça ne me dérangeait pas outre mesure car j’avais déjà commencé à écrire des histoires dans lesquelles j’avais vraiment des amis même parmi certains profs ou pions. J’étais comme ça, moi, je m’inventais des vies pour oublier que la mienne n’était pas toujours palpitante. Le pouvoir des mots quand on prend goût à les coucher sur du papier

Je me souviens de deux profs, en particulier : celui qui nous enseignait l’anglais et celle qui nous apprenait le latin. Ils étaient jeunes, tous les deux, probablement était-ce même leur première année ou peu s’en fallait. Lui, c’était Jacques Faurie et elle, j’ai oublié, son nom et depuis quelques temps, ça m’embête vraiment car j’aimerais le retrouver. Parce que, tous les deux, ils m’ont retrouvé quand j’avais disparu, au bout de quelques jours, dans un état de faiblesse à peine plus avancé que la normale, et il m’avait porté dans ses bras, moi, moitié évanoui pendant qu’elle, elle me tenait la main et me parlait de sa voix douce. Je n’ai pas gardé trace de cette histoire que j’avais écrite mais je ne l’ai jamais totalement oubliée non plus.

Hier, j’ai écrit à monsieur Faurie, retrouvé un peu par hasard sur Internet, de fil en aiguille, with one thing and another, j’ai découvert qu’il existait un monsieur du même nom, professeur d’anglais honoraire qui habite Mont-de-Marsan, dans les Landes. Alors ni une, ni deux, neither one, nor two, je lui ai envoyé une lettre, rapide mais concise, pour lui demander si c’était bien lui, hier. Et ce midi, alors que j’attendais le patron et le président au restaurant pour déjeuner (eh oui, encore une fois, hey yes, once again, mon téléphone sonne, un numéro inconnu, qui cela peut-il bien être ?  et j’entends : « Stéphane ? » J’acquiesce. « Jacques Faurie, à l’appareil. C’est bien moi. J’ai reçu votre lettre. »

L’effet de surprise a été total. J’ai même regardé autour de moi s’il n’y avait pas une caméra cachée. Mais non. C’était mon prof d’anglais de cinquième. Bavard. Voix imposante avec un accent du sud-ouest. Je n’avais pas ce souvenir-là de lui. Et il me parle, et il me parle, et il me parle. And he speaks to me, and he speaks to me, and he speaks to me… Le rugby. Le Maroc. Sa femme. Le rugby. Ses deux fils. Saint-Maixent, juste une année, celle de son CAPES. Les matches de rugby prof-élèves. J’ai du mal à en placer une. Et le rugby. Et Brive-la-Gaillarde. Il est si loin de l’image que j’avais gardée de lui. Pour moi, c’était un jeune gringalet qui débutait et qui manquait de confiance en lui. « J’avais 26 ans, maintenant, j’en ai 73 et vous ? »

J’étais à la fois heureux d’avoir de ses nouvelles, de savoir que c’était lui mais un peu déçu qu’il soit si éloigné de ce prof d’anglais idéalisé. On ne devrait peut-être jamais retourner la terre du passé, on ne sait pas ce qu’on peut trouver en-dessous. Peut-être des graines prêtes à germer mais peut-être aussi des racines de mauvaises herbes. Allez savoir. En tout cas, je suis content de moi. J’ai retrouvé un de mes deux sauveteurs de quand j’avais été enlevé pour d’obscures raisons que ma mémoire semble avoir définitivement oubliées. J’aurais dû garder cette espèce de nouvelle que j’avais écrite. Et on aurait retrouvé le nom de sa collègue, prof de latin. Et on aurait pu voir qui avait raison. Les souvenirs ou la réalité, 46 ans après. 

22 février 2018

deux enfants des autres

Les enfants des autres ne sont pas tous des chiards capricieux et insupportables. Non, hier, j’en ai eu la preuve par l’exemple. Non pas que je sois tombé sur des enfants modèles, ça, je n’en sais rien mais en tout cas, les deux que j’ai repérés me semblaient bien élevés et surtout, bien élevés. Oui, je sais, je me répète mais ça me semblait important d’insister sur ce point essentiel pour ne pas dire capital. Ou fondamental. Enfin, vous me comprenez, quoi ! Je vais donc de ce pas vous présenter ces deux enfants qui m’ont interpelé, hier. Interpelé mais pas que. Ils m’ont aussi rassuré. Ils m’ont également amusé. Et ils ont illuminé le reste de ma journée. Ce qui faisait double emploi avec le superbe ciel bleu inondé de soleil que nous avons eu au-dessus de nous toute la journée. 

À Intermarché, deux gamins, un garçon et une fille, entre 6 ou 7 et 9 ou 10 ans. Ils prennent quelques produits, arrivent à la caisse et quand on leur dit le montant : « Par carte » dit le garçon. Très sérieusement, il compose le numéro et une fois que c’est validé, on sent qu’il est heureux et fier de l’avoir bien fait, même si ce n’est peut-être pas la première fois qu’on lui confie une telle mission. Nous nous sommes regardés, avec la caissière, à la fois amusés, étonnés mais aussi un peu touchés de voir comment ce gamin avait bien fait les choses qu’on lui avait demandées. Et moi, en mon for intérieur, je me suis dit que c’était bien de les responsabiliser de la sorte. Et quand je suis sorti du magasin, à mon tour, je les ai vus, les deux petits, en train d’attendre au passage piétons qu’il n’y ait plus de voiture pour traverser la rue. Décidément, ils méritaient d’être remarqués, ces deux-là.

Le second, il m’a fait rire et je me suis retenu d’éclater pour ne pas paraître indélicat mais je crois que ça se serait bien passé, malgré tout. J’étais dans le tram, je me rendais en ville pour rejoindre le patron et le président car nous avions un déjeuner. J’étais un peu morne, fatigué, pas très enthousiaste mais un événement s’est produit qui m’a dopé, redonné le tonus nécessaire. J’ai entendu un enfant demander « C’est encore loin, Mamy ? » Et la femme de lui répondre : « Non, on est presque arrivés. Il est midi moins dix, qu’est-ce qu’on va faire quand on sera rentrés ? » Et la réponse du gamin, toute naïve : « Je vais pouvoir faire caca ! » Aucune vulgarité, aucune indécence mais une telle candeur et un tel bon sens que j’ai souri pendant un bon moment. Et ça a suffi pour que le reste de ma journée soit positif. 

21 février 2018

chez le… chez le quoi, déjà ? Ah oui, chez le spécialiste

Bon, madame Tournier, je suis content qu’on puisse se voir en tête-à-tête car ce que j’ai à vous dire, ce n’est pas forcément facile à entendre pour votre mari… Non, ce n’est pas très facile à entendre… Mais où ai-je mis mon papier avec ce que je devais vous dire ? Bon, pendant que je cherche, je vous rappelle que ce que je vais vous dire, pour l’instant, vous le gardez pour vous. Encore faudrait-il que je puisse vous dire quelque chose que vous pourriez garder pour vous. Ah voilà ! Il était là, sous mon agenda. J’avais dû le cacher là pour pouvoir le retrouver plus aisément. Ah non, ça, c’était pour le patient précédent. Je n’ai pas pu lui faire son compte rendu d’examen car je n’ai pas retrouvé la feuille. C’est ballot, maintenant que je l’ai, je pense qu’il a déjà dû quitter l’enceinte de l’hôpital.

Oui, qu’est-ce que je vous disais, déjà, madame… Madame, euh, madame… Madame Tournier, merci, oui c’est ça. Pendant un instant, avec tous ces malades, j’ai eu du mal à me souvenir de quel dossier nous parlions. D’ailleurs, nous parlons bien de vous, madame ? Ah bon, c’est de votre mari dont il est question ? Bon, eh bien, je pense qu’il faudrait procéder à quelques examens complémentaires pour voir ce qu’il en est. Pardon ? Vous venez pour les résultats ? Quels résultats ? Ceux de votre mari ? Je le connais, votre mari ? Ah bon ? C’est dommage que vous soyez mariée car sinon, je vous aurais fait la cour car je vous trouve charmante malgré votre air inquiet. Et stressé. Bon, alors, votre mari, comment va-t-il ? C’est ce que vous aimeriez savoir ? Ma foi, que vous dire, hein, que vous dire ?

Ah voilà, madame Faurie ! Pardon ? Tournier ? Ah bon, donc, ce n’est encore pas le bon dossier. Franchement ? J’ai une dame, là-bas, qui travaille pour moi, elle me semble de plus en plus désorganisée, depuis quelques temps, je ne m’y retrouve pas, avec sa façon de classer. Oui, ma secrétaire, vous avez raison. Heureusement que vous suivez. Ça prouve que vous, vous avez le cerveau qui fonctionne bien, c’est déjà ça. Alors, madame, euh, madame… Tournier, oui, oui, je sais. Voilà. Monsieur Tournier… Laissez-moi relire tout ça… Ah oui… C’est un peu embêtant. Votre mari, c’est bien votre mari, c’est ça ? Votre mari, donc, il y a un risque qu’il ait un début de… un début de… Ah zut, je l’ai sur le bout de la langue, comme souvent. Non, je ne m’en souviens pas… Vous ne pouvez pas revenir une autre fois, j’ai besoin de prendre l’air, là !... 

20 février 2018

versus Emma Gonzalez

Quand c’est écrit, c’est écrit.

Je n’étais déjà pas très content de mon billet d’hier, très moralisateur dans le mauvais sens du terme mais en plus, si je compare mes trois malheureux paragraphes au discours d’environ 10 minutes d’ Emma Gonzalez, aux États-Unis, forcément, je ne fais pas le poids contre une petite jeunette aux cheveux ras qui a une fougue comme ça et un talent indéniable pour s’adresser directement au président Trump sans faire de langue de bois, a contrario de ce dernier. Moi, quand j’ai entendu des extraits de ce qu’elle lui a dit, j’ai applaudi des deux mains. Et même si je n’en avais eu qu’une, j’aurais applaudi malgré tout. Cette nana est une héroïne comme on n’en fait plus guère.

C’est suite à la tuerie dans un lycée de Parkland, en Floride, qu’Emma Gonzalez a pris la parole pour s’adresser à Donald par caméras interposées, devant une foule peut-être acquise à sa cause mais rien n’est jamais gagné quand on choisit de parler en public. «Si le Président me dit en face que c’était une terrible tragédie et qu’on ne peut rien y faire, je lui demanderai combien il a touché de la National Rifle Association [NRA, le puissant lobby américain des armes à feu]. Je le sais : 30 millions de dollars [24 millions d’euros] ! Et divisé par le nombre de victimes par balles aux États-Unis en 2018, cela fait 5 800 dollars. C’est ce que valent ces gens pour vous, Trump ?» 

«À tous les hommes politiques ayant reçu des dons de la NRA, honte à vous, a-t-elle lancé en levant les yeux des feuilles de son discours écrit à la main, la foule reprenant en chœur ses derniers mots. Ils disent que des lois de contrôle plus dures ne feront pas baisser la violence armée. Nous répondons : connerie Ils disent qu’un gentil avec une arme arrête un méchant avec une arme. Nous répondons : connerie ! Ils disent que les armes sont juste des outils comme les couteaux et sont aussi dangereux que les voitures. Nous répondons : connerie ! Ils disent qu’aucune loi n’aurait pu empêcher ces centaines de tragédies insensées. Nous répondons : connerie ! Ils disent que nous, les élèves, nous ne savons pas de quoi nous parlons, que nous sommes trop jeunes pour comprendre comme le gouvernement fonctionne. Nous répondons : connerie !»

Pas mieux. 


19 février 2018

au-delà, au-delà des brumes

Au-delà, au-delà de la brume qui nous emprisonne depuis des jours et des jours pour ne pas dire des semaines et des semaines, hormis quelques embellies ponctuelles, certainement dues au fait que Dieu, s’il existe, a dû être inattentif et ne pas voir que quelques rayons de soleil venaient nous montrer que l’astre luisant existait toujours, au-delà, au-delà de toute cette brume, il y a sans doute un monde meilleur mais aura-t-on seulement jamais le droit d’y avoir accès ? Si ça se trouve, quand Dieu a laissé un peu de soleil venir nous faire croire que les lendemains allaient être meilleurs et moins tristes, c’était juste pour nous punir encore plus fort en nous refermant les portes et les fenêtres pour nous envelopper de nouveau de ces brumes et de cette grisaille.

Au-delà, au-delà des brumes qui semblent quasiment éternelles, depuis des mois et des mois, si ça se trouve, il y a un monde dans lequel les hommes ne tuent pas leur femme par erreur et encore moins les petites filles par inattention et dans lequel, les enfants ne sont jamais déshérités. Un monde dans lequel, on pourra vivre sans craindre la moindre inondation, la moindre avalanche et le moindre incendie, qu’il soit feu de forêt ou dû à une explosion d’une canalisation de gaz. Un monde dans lequel mes collègues ne se saouleraient pas après avoir fumé des pétards, un samedi matin, avant de prendre la route pour rentrer chez eux oui mais c’était parce que ce sont les 50 ans de David ! Mais je m’en fous, moi, de David, de Mathieu ou de Yonel ! Ce sont des dangers publics !

Au-delà, au-delà de toute cette brume qui nous imprègne tant le corps que l’esprit, si ça se trouve, il y a un ciel bleu magnifique, constellé d’étoiles solaires qui scintillent et feraient briller les yeux de tout le monde et pas que les enfants. Mais non, toutes ces brumes qui nous ont envahis, c’est sans doute pour nous punir de toutes nos exactions, fautes et arrière-pensées négatives. Ça me coûte de parler comme un curaillon mais c’est ce que je ressens aujourd’hui. Je ressens comme une punition divine de Dame Nature qui en a plus qu’assez de nos caprices d’humains. De nos caprices et de nos conneries. Alors, s’il vous plaît, que chacun y mette un peu du sien. Moi, compris. Mais je vous en prie, commencez, je prendrai la relève. J’ai une chose à régler, je viendrai après. 

18 février 2018

Gérard et Barbara

J’en avais entendu parler et j’ai fini par succomber. Je n’ai pas pu attendre que ça soit disponible à la bibliothèque de Bordeaux pour l’emprunter et là, hier, en passant à la Fnac, je suis tombé sur le disque, le CD et comme il n’était qu’à 7 euros, je me suis laissé tenter. J’en avais envie. Je n’en connaissais pas grand-chose, une seule chanson, entendue une fois à la radio, sur Fip, et j’avais beaucoup aimé. Parce que c’était empreint d’une grande délicatesse, légèrement inattendue mais non, c’est peut-être juste parce qu’on se fait des idées sur les gens à cause de leur physique et de leurs faits et gestes dans les medias.

Et c’est là que j’ai eu la première révélation. Cette douceur, cette humilité, cette sincérité dans l’hommage qu’il rend à une des femmes de sa vie. Gérard Depardieu, le gros nounours un peu bougon, qui déraille parfois, chante Barbara et là, soudain, on entend un homme qui parle à une femme qu’il a aimée, qu’il aime encore. Et qu’il aimera toujours. Un homme qui chuchote, qui susurre et qui fredonne des chansons qui parlent toutes d’amour. Un homme qui n’hésite pas à nous faire comprendre qu’il a des failles, des faiblesses et un manque, le plus cruel d’entre tous, celui qu’on connaît quand on a perdu un être très cher.

Depardieu est sans doute le plus respectueux de l’œuvre de Barbara car il n’y a aucun artifice dans les chansons qu’il a choisi d’interpréter. Comme s’il ne d’adressait qu’à elle. Et moi, ce matin, en entendant L’île aux Mimosas, j’en ai eu la gorge serrée tant j’ai ressenti de l’émotion, la sienne et la mienne. Pour un peu, je versais une larme. Toute la part féminine de Depardieu dans cette chanson. Mais pas que dans celle-ci. Assurément, c’est un excellent disque. On dit que le spectacle qu’il tourne sur cet hommage est tout autant digne d’intérêt. Mais ce n’est pas d’un abord facile pour autant. En tout cas, pour ceux qui ne connaissaient ou ne connaissent pas bien Barbara.

17 février 2018

pas de petit nom ?

On les connaît tous, les Thénardier. Ces méchants parents des Misérables de Victor Hugo. Cette famille d’accueil qui n’aime que ses propres enfants et qui ne respectera jamais Cosette, que Fantine, sa mère, lui a confiée. Devant l’amour dont les parents témoignent à leurs deux filles, c’était très facile de croire que leur laisser un enfant en garde était la garantie que tout se passerait bien. Parce que dès qu’elle a eu le dos tourné, les Thénardier n’ont eu de cesse de jalouser, asservir et maltraiter la petite qui vivra dans la peur et la tristesse perpétuelles. De nos jours, on demanderait de l’aide aux services sociaux et on enfermerait ces « parents » indignes. Et tous les médias ne parleraient que de ça pendant des jours et des jours. Plus belle la vie, quoi !

Mais les Thénardier, c’est un peu plus que raccourci. En effet, moi, si j’avais été à la place de Fantine, en entendant le prénom de leurs deux filles, j’aurais émis des doutes sur leur santé mentale : Éponine et Azelma. Vous rendez-vous compte combien ça doit être difficile à porter, ces noms-là ? Ce n’est absolument pas sexy pour deux sous et bon, même si aujourd’hui, les femmes s’émancipent et balancent les porcs, on aime à croire qu’elles aiment malgré tout toujours un peu les jeux de la séduction et des hasards. Mais là, imaginez un peu, sur Meetic : « Jeune femme cherche compagnon de route. » Un mec la contacte et lui demande comment elle s’appelle. « Éponine. » Moi, en voyant en entendant ça, je pars en courant.

Pour en revenir aux Thénardier, j’avais complètement oublié que Gavroche était leur fils. Un de leurs fils, devrais-je dire puisque, après avoir vérifié, ils en ont eu trois mais on ne connaît pas le nom des deux autres. Tout comme on n’a jamais ni lu, ni entendu le leur, aux parents. Comme s’ils n’en avaient pas. C’est drôle, cette famille qui donne des prénoms étranges à ses deux pouffiasses de filles et à un seul de leur trois fils. Comment s’appellent-ils dans l’intimité ? Ce n’est pas le style à se donner du « mon chéri » ni du « ma chérie » à tout bout de champ. Ou alors, ils n’ont pas de prénom car ils ne méritent pas d’en avoir un. Parce que ce sont plus que des misérables. Ce sont des méprisables. Ce n’est pas tout à fait la même chose.  

16 février 2018

bon, alors, c’est oui ou c’est non ?

Bon, alors, c’est oui ou c’est non ? Il va pleuvoir ou ça va rester plutôt sec ? C’est fromage ou dessert ? Tu veux ou tu veux pas ? Si tu veux, tant mieux, si tu veux pas, tant pis.

C’est vrai, ça. Ce matin, c’était humide de chez humide. Même sans pleuvoir, on sentait l’aqueux partout et j’étais à deux doigts de remonter chercher une buée de sauvetage pour être sûr de ne pas me noyer dans toute cette moiteur mi froide, mi chaud. Et justement, j’ai décidé que ça ne me ferait ni chaud, ni froid et je suis resté tel que j’étais. Obligé de partir bosser. Il était trois heures vingt-cinq. Les braves gens dormaient sans se rendre compte de ce qu’était ma vie. Mes obligations. Ma corvée quotidienne du mardi au samedi.

Bon, alors, c’est oui ou c’est non ? Tu vas te reposer ou tu vas encore courir en ville ? C’est vin rouge ou c’est vin blanc ? Tu veux ou tu veux pas ? Si tu veux, tant mieux, si tu veux pas, tant pis.

C’est vrai ça. Si j’avais à choisir entre aller à la bibliothèque de Mériadeck pour rendre des CD et en emprunter éventuellement d’autres et, sans sortir de chez moi, me rendre directement sur le canapé pour m’allonger, fermer les yeux et tenter la sieste du jour, je crois que j’hésiterais. J’aurais du mal à prendre une décision. Je me sens l’envie de dormir un bout mais il faut quand même que j’aille rendre cette dizaine de disques. Après, ça sera trop tard. Tout comme pour la méridienne. Après l’heure, ce n’est plus l’heure.

Bon, alors, c’est oui ou c’est non ? Tu vas te doucher maintenant ou tout à l’heure, avant de dîner ? On prend le train ou on calcule ? Tu veux ou tu veux pas ? Si tu veux, tant mieux, sinon, tant pis.

C’est vrai, ça. Si je vais me doucher maintenant, ça, au moins, ça sera fait. Et je pourrai changer de vêtements sans l’arrière-pensée que je ne me suis pas lavé. Alors que si j’attends d’aller en ville (ou de faire la sieste), je peux toujours me nettoyer au moment où tout ce que j’avais à faire sera fait. Et passer la soirée du mieux possible. Propre comme un sou neuf. Mais voilà, pour l’instant, dans ma tête, je me sens plutôt comme un vieux billet. Je vais voir ce que je décide.

Bon, alors, c’est oui ou c’est non ? Tu acceptes de reconnaître que tu n’as pas une vie facile ou, au contraire, que tout roule comme sur des roulettes. Si tu veux, sinon, ce n’est pas grave. 

15 février 2018

Jonathann, Nordahl et Laeticia

Jonathann Daval ? Oui, je vois, c’est ce monsieur qui a tué sa femme par erreur et qui s’est débarrassé du corps sans le faire exprès. Oui, oui. On en a beaucoup entendu parler, il n’y a pas si longtemps que ça, encore mais là, ça fait au moins deux semaines qu’on ne sait plus rien de lui. C’est dommage, il était bien sympathique, ce petit gars. Et quelle peine n’a-t-il pas eue, quand  on a rendu hommage à sa pauvre femme ou quand il a pris la parole lors d’une conférence de presse ! Non, moi, je dis que ce garçon, qui m’a l’air bien gentil, si ça se trouve, il n’était pas dans son état normal parce que ça n’est pas son genre, ça se voit sur son visage, qu’il est incapable de la moindre méchanceté.

Nordahl Lelandais ? Ce ne serait pas ce monsieur, cet ancien vigile qui aime tant les chiens, qui a fini par reconnaître qu’il a tué une petite fille de neuf ans, pendant un mariage ? Si, si, je crois bien que c’est lui. Il a mis du temps à le reconnaître mais il a fini par avouer. De toute façon, lui non plus, il ne l’a pas fait exprès. Ce n’était sans doute pas la petite qu’il voulait tuer mais il s’en est rendu compte trop tard. Ça fait un inattentif de plus. Qui ne devrait pas prendre trop cher, lors de son jugement, vu qu’il n’a pas voulu ce qui est arrivé. En tout cas, moi, je propose qu’on les mette ensemble, dans la même cellule, Jonathann et Nordahl. Deux étourdis ensemble, ça doit pouvoir se faire, non ?

Laeticia Hallyday née Boudou. Déjà, ce n’est que ce matin que j’ai remarqué que son nom ne s’écrivait pas avec deux T mais avec un T et un C. À mes yeux, ça fait déjà une première imposture. Une femme qui n’a pas un prénom qui s’écrit correctement, ça cache des choses. Et peut-être des pas très jolies, jolies. Mais la présomption d’innocence vaut aussi pour les Laeticia avec C. Pourquoi je parle d’elle dans un billet qui était plutôt consacré à des assassins ? Un pur hasard. Vraiment. Comme s’il pouvait y avoir ne serait-ce qu’un point commun entre les deux premiers et elle ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. En tout cas, si elle était enfermée avec les deux autres, là, elle ne manquerait à personne, je crois.