C'est écrit

23 janvier 2019

liste cadeaux pour Noël

Maman, pour Noël, l’année prossaine, avec Paul, on sait dézà ce qu’on voudrait avoir. Ah oui, c’est quoi ce que vous voudriez avoir ? J’espère que vous n’avez pas encore choisi la même chose, vous avez beau être des jumeaux, il y a un moment où il faut aussi vous différencier. Même dans vos goûts. Avec Marc, on aimerait avoir des déguisements mais pas les mêmes. Comme ça, avec papa, vous pourrez touzours nous reconnaître. Et c’est quoi vos déguisements ? Dites-moi tout que je sache à quoi m’en tenir.

Eh bien, avec Paul, on aimerait avoir un déguisement de zilet zaune et un déguisement de casseur. Oh non, on avait dit un déguisement de zilet zaune et un déguisement de policier avec le flassball. Un déguisement de casseur, c’est pas drôle. Surtout qu’un zilet zaune, il peut être casseur et ce qui est amusant, c’est quand la police tape sur les zilets zaunes et que les zilets zaunes, ils lancent des pavés sur la police. On pourra aller chercher des pavés après les manifestations, maman, pour en avoir d’avance ?

Maman, moi, pour Noël, j’aimerais bien avoir un déguisement de quelque chose mais j’en ai un peu marre des déguisements de princesses libérées, délivrées et tout et tout. Et puis les fées, c’est pareil, c’est plus trop à la mode. Et les licornes, j’aime pas vraiment. Qu’est-ce qui te ferait plaisir, ma chérie ? Tu as déjà une idée ? Oui, maman, j’aimerais bien un déguisement de Jacline Mouraud avec la permanente qui va bien, les bijoux et le maquillage. Et s’il y a plusieurs modèles, je préfère le modèle original, en taille 50. 

Maman ? Oui, Kévin ? Pour Noël, l’année prochaine, avec et Kimberley, on aimerait bien avoir un train électrique, pour moi, et un déguisement en Laeticia Hallyday pour elle. Pourquoi un déguisement en Laeticia Hallyday pour ta sœur ? Parce qu’elle dit que c’est vendu avec un coffre-fort avec une combinaison secrète, plein de billets et de bijoux et même des lingots d’or. Je sais pas si elle est assez grande pour jouer au jeu qui est vendu avec mais moi je pourrai lui apprendre. C’est quoi le jeu ? L’amour en héritage.

Et toi, tu n’es pas trop grand pour avoir un train électrique ? Ah non maman, je suis pas trop grand parce que j’en veux un avec une grande gare et plein de rails, des villages, des montagnes et des lumières. Et j’aimerais un bureau syndical aussi, dans la gare. Pourquoi faire, Kévin chéri ? Pour pouvoir déposer des préavis de grève et stopper la circulation des trains quand je ne serai pas content ou pas d’accord avec Emmanuel Macron. Eh bien dis-moi, mon fils, tu iras loin, toi, je le sens bien. Merci maman, tu ne seras pas déçue. Jamais.


22 janvier 2019

le comte est bon

Hier, j’ai entendu dire que c’était la journée la plus déprimante de l’année. En effet, c’était la journée mondiale de la déprime et je me suis demandé pourquoi. Non pas pourquoi le 21 janvier en soi mais pourquoi choisir une journée mondiale de la déprime alors qu’on est en plein dedans depuis deux mois. Et moi, au lieu d’appeler hier « blue Monday » (lundi bleu) comme l’ont fait les anglais qui, finalement, ont un certain sens de l’esthétisme, j’aurais dit qu’on était dans les « black and yellow months » (les mois jaunes et noirs – en français, j’ai trouvé ça plus adéquat de mettre jaune en premier alors qu’en anglais, non) tout en espérant qu’on ne sera pas dans les « black and yellow years » (années jaunes et noires) sinon, ça sera pire que la déprime, on court vers un suicide collectif.

Moi, j’ai trouvé qu’aujourd’hui, pour ce que j’ai pu en voir pour l’instant, à midi vingt, est pire qu’hier en termes de non joie de vivre. Je suis parti travailler alors qu’il faisait évidemment nuit mais surtout, il faisait froid. Il a plu une grande partie de la matinée et pas du crachin, non, tant qu’à faire, des trombes d’eau, des pluies comme diluviennes… Si encore ça avait été des billets de cinquante, la crise sociale aurait trouvé moyen de s’arrêter mais même pas. Et sous ces abats d’eau, il a continué de faire froid. Pour couronner le tout, il n’y avait plus de pain au levain à la boulangerie quand j’y suis passé vers 11h30. Peut-être n’y en a-t-il pas eu du tout, aujourd’hui. Et un jour sans pain au levain, c’est long comme un jour sans pain même s’il n’est pas au levain, c’est dire. Alors, vous comprenez…

J’ai oublié de dire que je n’étais pas spécialement inspiré pour écrire, ce midi. Je n’ai pas envie de rigoler et je n’ai pas envie de ressasser toujours les mêmes choses. Moi, ça me lasse. La routine m’ennuie. Je ne suis pas comme les gilets jaunes et casseurs réunis, dire et faire toujours la même chose me rend neurasthénique et m’abat un peu. Heureusement, une bonne nouvelle, dans tout ce marasme : un soutien de moins pour eux, les G.J. et C. réunis : le comte de Paris est mort. Non pas que sa disparition me crève le cœur, non, ça ne me touche pas vraiment mais le fait de savoir qu’il soutenait qui vous savez, je me dis qu’un de moins, c’est toujours ça de pris pour aller de l’avant. Je vais faire un petit bâton sur le mur. Quand j’en aurai cinq, je les raierai en diagonale. Le comte est bon.

21 janvier 2019

encore huit semaines

Ce matin, alors que le jour est en train de se lever, un peu feignant (normal, vu le temps qu’il fait) pour se sortir de son lit, je suis en train de me dire qu’il ne me reste plus que 8 semaines avant de quitter mon boulot. Cette semaine de congés, que j’ai posée pour raccourcir mon « préavis » sera plus que bienvenue car ça me semble de plus en plus long, cette dernière ligne droite. Comme interminable. Un des paradoxes du temps qui passe. Quand on se sent bien, il passe trop vite et quand on est à la peine, il s’éternise comme s’il voulait jouer avec nos nerfs. Sournoisement. Implacablement. Quoiqu’il en soit, plus que 8 semaines. Je devrais pouvoir tenir.

Je n’ai toujours pas de nouvelles pour la personne qui va me remplacer. Mon patron aimerait que ça soit une femme d’au moins quarante ans mais pas trop vieille non plus (le syndrome Yann Moix ? Non, juste pour pérenniser le poste) et les seuls CV féminins qu’il a en sa possession viennent de trop jeunes femmes dont une bombasse et là, il n’a pas envie de voir tous les mecs de l’entreprise tout le temps fourrés avec elle. Sexisme quand tu nous tiens, hein ?! Parce que la question ne se poserait pas avec un mec canon. Bon, en même temps, pour l’instant, il n’y a qu’une fille au bureau, alors… Mais il y a des mecs qui pourraient être sensibles à ses charmes, j’en connais au moins deux…

Bref, il me reste 8 semaines. Je ne sais pas si on va me croire mais il me tarde d’arriver à cette échéance même si quelque chose me fait un peu peur pour l’après. Pas forcément l’après immédiat, non celui qui va arriver dans les deux ou trois mois qui vont suivre. Ce moment où je vais me dire que je suis passé de l’autre côté et où je risque de penser que je ne servirai plus à rien. Et qu’on ne vienne pas tenter de m’assurer que ça n’est rien et que ça va bien se passer, je sais que ça va me poser des problèmes. Il faudra que j’en passe par là, quoiqu’il arrive. Puisque je le sais, je ne serai pas pris au dépourvu mais il n’empêche que… vivement dans huit semaines mais pas trop vite quand même, hein ?

20 janvier 2019

tourner en rond

« Tout le pouvoir aux ronds-points » ai-je pu lire, ce matin, en promenant les chiens avec le patron, sur un mur près du Fort du Hâ et du palais de justice, à Bordeaux. Le centre-ville est envahi de graffiti de cette sorte, certains, très abscons, d’autres plutôt cons et quelques rares, carrément des appels à la violence, aux incendies et autres actes plus que répréhensibles. Ça me fait tout bizarre de voir cette forme d’expression s’imposer partout avec ces sous-entendus agressifs et ça démontre aussi qu’on ne pourra pas discuter avec tous ceux qui viennent casser et qui aiment le jaune. On ne peut pas dialoguer avec des êtres aussi obtus. On est vraiment dans une impasse.

Le mobilier urbain, surtout celui du tram en a pris un sacré coup. Rien n’est respecté. Des feux de n’importe quoi ont été allumés sur les voies, on a quand même de la chance que ces dernières n’aient pas été rendus impraticables, sinon, les usagers auraient dû se passer de ce transport en commun. Un kiosque à journaux a été totalement saccagé. Un kiosque à journaux ! Un symbole de liberté, a priori, puisque la presse est censée être libre, chez nous. D’autres vitrines en ont pris un sacré coup dans l’aile. On s’en remettra, peut-être, peut-être pas mais certaines cicatrices commencent à se voir, elles ne partiront probablement pas. C’est trop tard, maintenant.

« La planète brûle, à quand la mairie ? », un autre exemple de ce que j’aurais préféré ne pas lire, dans la rue. Maintenant, à la limite, je me dis que pourquoi ne pas les prendre aux mots, tous ceux qui expriment leurs revendications de cette façon ? Oui, mettons le feu à la mairie de Bordeaux et voyons si ça arrange le quotidien de ceux qui se plaignent tous les samedis. Et donnons tout le pouvoir aux ronds-points, ça nous fera une belle jambe car ce qui va arriver, ça n’est pas compliqué à deviner : on va tourner en rond, ni plus, ni moins. En tout cas, s’il y a une chose que je peux admettre, c’est leur courage : s’exprimer à visage camouflé, ça montre qui on peut être.

19 janvier 2019

Gilles et John (2)

Gilles ? C’est John !

Salut John, tu vas bien, Gilles ?

Oui, ça va. Fait un peu chier, il pleut mais ça ne va pas m’empêcher d’aller à la manif, ce soir et toi ?

Moi ? Bien sûr que j’y vais, je ne vais pas rater une occasion de faire la fête, tu penses bien ?

Tu as prévu tout ce qu’il faut pour te protéger et pas te protéger que de la pluie ?

T’inquiète, à force, on sait ce qu’on doit prendre, on est des mecs prévoyants, on va devenir des pros de la castagne. J’aime bien ça, moi, tous les samedis, ça me donne l’impression d’être vivant.

T’es con.

Je sais.

 

Gilles, tu veux pas qu’on bouffe ensemble, ce midi, ça nous permettra de discuter un peu, de parler des samedis précédents et de mettre au point des choses qu’on pourrait faire ce soir ?

Si tu veux, on peut bouffer ensemble mais il me faut des protéines, moi, pour tenir longtemps, ce soir.

On n’a qu’à aller se bouffer un bon morceau de viande, chez Buffalo Grill ou chez Courtepaille, non ?

Ouais, si tu veux, un bon pavé, ça me fait envie.

Ouais, t’as raison ou alors, du poulet ! Je me ferais bien un poulet entier, tellement j’ai faim, moi, aujourd’hui. Tellement ça me donne faim, de manifester

T’exagères, on manifeste pas vraiment, on casse surtout.

Ouais mais on est déguisés en manifestants alors on manifeste.

T’es con.

Tu l’as déjà dit et je le savais déjà.

 

Gilles, tu penses à prendre ton coup de poing américain, surtout, hein ?

Ouais, t’as raison, je vais l’emporter ce soir, une marche de plus dans l’escalade, ils vont dire mais je m’en fous ce de qu’ils vont dire.

Ouais, t’as raison. Et moi, j’ai prévu de porter un badge avec RIB, écrit dessus, comme ça, je passerai inaperçu au début de la manif.

Avec quoi, écrit dessus ?

R.I.B.

R.I.B. ?

Ouais, tu sais, ce qu’ils veulent, les gilets jaunes, le référendum machin chose, là.

C’est pas R.I.B., c’est R.I.C.

Ouais c’est pareil, R.I.B. ou R.I.C., moi, de toute façon, R.A.B.

J’t’aime bien mais t’es vraiment con, toi.

Je sais, t’en fais pas.


18 janvier 2019

ooups, je me relâche, ça n’est pas normal ni très bon signe

Ooups, je me relâche, ça n’est pas normal et ça n’est pas très bon signe. Cela veut sans doute dire que je dois vieillir sans trop m’en rendre compte ou alors, une espèce de lassitude car je n’ai pas l’âme particulièrement faite pour lutter contre les moulins à vent, ni après. Je pense que je ne suis pas de taille contre la connerie alors que pourtant, au fond de moi, il y a des dents qui sont prêtes à mordre, des yeux révolver prêts à tirer mentalement dans le tas et des malédictions à envoyer à qui de droit à revendre et même mieux, à céder.

Oui, je dis ça parce que j’ai constaté qu’hier, j’ai oublié de parler des gilets jaunes et des casseurs réunis alors que je m’étais promis de ne rien lâcher, comme ils le disent, eux et autant ils seront restés longtemps à manifester et à tout saccager sur leur passage, autant je les aurais critiqués et même encore après comme je peux critiquer les fondamentalistes islamistes même longtemps après qu’ils aient commis les attentats que l’on sait. Je parle de ceux qui ont le plus secoué la France, quand il y en a eu plusieurs la même année.

En même temps, on peut très bien reconnaître un oubli et le réparer, ce que je vais faire aujourd’hui, puisque le sujet principal de mon billet sera le même : les gilets jaunes et casseurs réunis. Surtout à la veille d’un nouvel épisode de violence attendue. Que vont-ils encore casser, demain, à Bordeaux ? Mon agence bancaire ou celle de Claude ? Trop tard. L’espèce de local qui servait à la gendarmerie pour recruter, avec vitrine, accueil et bureaux ? Trop tard, c’est déjà fait. Et comme ce n’est pas encore réparé, inutile d’en ajouter une couche.

C’est pénible cette chronique des manifestations et de saccages réunis annoncés, cette révolution à date fixe, répétée inlassablement. J’ai faille écrire cette révolution à la petite semaine mais non, parce qu’il n’y a rien de petit dans tout ça, si ce n’est la faculté de penser de ceux qui s’obstinent. Quoiqu’il en soit, mon oublié d’hier serait-il un peu comme une annonce pour un éventuel retour au calme ? Non, je ne crois pas un seul instant à ce que je viens d’écrire. Je ne suis pas dupe. La violence est installée dans le pays et il va nous falloir faire avec, désormais.

Rien ne la justifie, pourtant cette sauvagerie. Et rien ne m’énerve plus, en ce moment, dans les médias ou autour de moi, quand j’entends dire : « Je suis contre la violence mais là, bon, en même temps, leurs revendications sont justes, on ne peut pas ne pas être d’accord avec eux. » Eh bien non, rien, rien de rien, rien ne justifie aucune violence, quelle qu’elle soit. Même les éventuelles causes les plus nobles qui soient. Alors maintenant, ça serait vraiment bien que tout le monde prenne conscience de ça et arrête de jouer avec le feu.

17 janvier 2019

Christian, il croyait que tu étais scandinave, Chouchou !

Tu te rends compte, Chouchou, Christian, tu sais, mon pote de Lille, il pensait que tu étais scandinave alors que j’avais bien dit que tu venais plutôt de l’est. Je n’ai d’ailleurs pas compris de quel pays, anciennement soviétique, tu étais originaire et en même temps, ça ne me regarde pas vu que tu n’es qu’une vue de mon esprit toujours en ébullition. Tu es mon aide-mémoire, mon pense-bête, mon porte-faix, mon escort-boy, mon secrétaire particulier, mon nouveau confident, mon image mais en mieux, j’en passe et probablement pas de moindres, tu es tout ça mais tu n’es pas scandinave. Tu penses bien, sinon, je t’aurais demandé de me faire découvrir ton pays et ses aurores boréales, je ne serais pas en train d’attendre que la possibilité de partir là-bas se présente à moi, un jour.

J’ai vaguement imaginé que mes (quelques) collègues pourraient me faire un cadeau pour mon départ, le 23 mars prochain (oui, j’avancé la date d’une semaine en posant sournoisement une semaine de congés avant de partir définitivement – il m’en restait sept à prendre, alors une de moins, ça ne se verra pas tant que ça et ils ont de la chance que nous soyons en hiver, sinon, j’en aurais posé plusieurs pour pouvoir partir encore plus tôt !...) ((Ouh qu’elle était longue cette parenthèse ! Si les parenthèses se mettent à devenir aussi importantes que les paragraphes, on se demande où ça va s’arrêter, cette folie des grandeurs !...)) et au lieu qu’ils m’offrent un truc inutile (quel gaspillage, quand on y pense), pourquoi ne pas créer une cagnotte en vue de ce futur voyage ?

Bon, dans l’entreprise, nous ne sommes pas quinze, actuellement dont trois nouveaux, donc, si j’envisage de partir pour 4 000 euros, s’ils sont dix à donner, ça fait 400 euros par personne, je ne sais pas pourquoi, j’ai comme un doute qui m’habite, là. Donc, si ça se trouve, je vais encore me retrouver avec une valise et un sac de voyage comme quand j’ai quitté Sonepar, en février 2000. Remarque, Chouchou, je les ai toujours, je m’en sers quand même de temps en temps mais bon… Ce qui serait vraiment original, c’est qu’on m’offre le voyage de mes rêves, là-haut, tout en haut, là où les journées sont presque toujours plus courtes que les nuits. C’est pour ça qu’il vaut mieux que tu viennes d’un pays de l’est, Chouchou, ça me coûterait moins cher d’y partir avec toi, je pense.

16 janvier 2019

Gilles et John (1)

Bonjour, Gilles et John, pouvez-vous nous dire si vous avez reçu la lettre d’Emmanuel Macron ? Et surtout, si vous l’avez lue et si vous allez répondre aux questions qu’il pose ?

Oui, on l’a reçue mais on ne l’a pas lue, ça ne nous intéresse pas et on ne répondra pas aux questions car les questions, elles sont orientées et les réponses, on les connaît déjà. Nous, ce qu’on veut, c’est plus de démocratie.

Mais dites-moi, Gille et John, c’est quand même une démarche on-ne-peut-plus démocratique, cette lettre et ce grand débat qui va durer jusqu’au 15 mars, non ?

Non, c’est surtout « on-ne-peut-plus » que « démocratique », avec lui. Nous, ce qu’on veut, c’est plus de démocratie. On veut donner notre avis sur tout. On veut être consultés, on veut pouvoir dire oui ou non et donner nos idées.

Mais c’est exactement ce qu’on vous propose, donner votre avis et donner vos idées. Et même de dire ou non. Excusez-moi, mais je ne vois pas très bien de quelle démocratie vous voulez parler, alors ?

De quelle démocratie ? La nôtre, évidemment. Pas la sienne. On veut que ça soit nos idées et nos volontés qui soient prises en compte. Uniquement les nôtres. Ça, c’est démocratique vu que ça vient de nous, vu que ça vient du peuple !

Oui mais là, ce que vous nous proposez, c’est de nous imposer vos idées et vos points de vue, ce n’est plus vraiment démocratique.

On s’en fout, maintenant, la démocratie, on la veut, on va la prendre et on ne la lâchera plus. Il n’y a pas de raison, c’est à nous de décider maintenant, les autres, on s’en fout !

Quels autres ?

Les autres qui ne sont pas gilets jaunes et casseurs réunis. Les 65 700 000 autres qui ne viennent jamais manifester avec nous, on a décidé qu’ils étaient minoritaires, à partir de maintenant. C’est comme ça et pas autrement.

Mais c’est comme une dictature, ce que vous dites, non, Gilles et John ?

Ah ne nous insultez pas, hein ? Sinon, vous allez prendre notre poing dans les « i » et plus vite que la mesure car elle est pleine, la mesure, maintenant. Allez, circulez, les gens qui posent des questions, maintenant, c’est interdit dans notre démocratie.

Merci beaucoup, Gilles et John pour avoir répondu à mes questions interdites. Au plaisir de ne plus jamais vous revoir.

15 janvier 2019

l'arbre à malices

Alors que je n’ai pas d’enfant (je n’en ai jamais eu et je pense que je n’en aurai jamais), c’est drôle comme je suis facilement sollicité pour donner des idées à certains parents pour des activités, des lectures ou autres. Tiens, pas plus tard que ce matin, Virginie, au bureau, est venue me demander de l’aide car je suis quelqu’un qui est réputé pour son imagination et sa fantaisie et elle, elle est beaucoup plus cartésienne et les pieds bien ancrés dans la terre. Son aîné, qui doit être en CP, si je ne me trompe pas, vient de se voir confier un « travail » un peu artistique en prévision de la fête de son école en avril prochain. Comme on vient d’apprendre la notion de dizaines à sa classe, il doit créer quelque chose avec plusieurs dizaines, quelque chose qui sera exposé le jour de la fête, avec des choses du quotidien, qu’il ne faut pas acheter exprès.

Spontanément, je lui ai suggéré de faire dix « tableaux » de dix arbres avec chacun dix feuilles collées autour d’un tronc dessiné. Au choix, des arbres avec des feuilles mélangées ou avec des feuilles de la même couleur. Mais, en plein milieu de l’hiver, ce n’est peut-être pas si facile que ça de récupérer des feuilles. Bon, j’ai réfléchi un peu en me regardant dans le miroir de mes neurones et je lui ai dit qu’ils pouvaient également faire un arbre à fruits secs (dix fruits secs collés chacun sur une branche différente), un arbre à chats (avec des dessins de chats sur chaque branche), un arbre généalogique avec dix personnes de sa famille, un arbre à jouets avec la photo ou le dessin de ses dix jeux préférés, un arbre à dessins animés avec la photo de ses dix personnages préférés, un arbre à bisous avec une bouche représentée sur chaque branche et des gros smacks, autour.

J’ai également pensé à un arbre à bonbons et il y aurait dix sucreries scotchées sur dix branches. L’avantage, c’est que ce n’est pas très lourd, les bonbons et ça n’est pas périssable. Un arbre de l’amitié avec la photo de ses dix copains et copines préférés (bonjour la sélection et la diplomatie pour dire à ceux qui ne seront pas sélectionnés que bon, il fallait faire un choix et tout et tout…), un arbre à lettres, à grandes lettres ou à des séries de lettres. Bref, Virginie m’a confirmé que je ne manquais pas d’idées ni d’imagination, chose que je savais déjà plus ou moins. J’ai aussi pensé à un arbre avec des choses jaunes et des choses noires, accrochées aux branches : un arbre à gilets jaunes et casseurs réunis parce qu’il faut bien que j’en parle au moins une fois par jour, c’est une façon de faire comme un exorcisme.  

14 janvier 2019

l’avocat du Diable, en toute objectivité

Bien sûr que je suis capable d’être dans une totale objectivité et là, en étant pleinement conscient de ça, je vais me faire l’avocat du Diable car je ne comprends pas que les autres ne comprennent pas. En réalité, je pense qu’ils ne veulent pas comprendre, ce qui serait presque pire que s’ils ne pouvaient simplement pas comprendre. Même si je pense qu’il doit y avoir des deux.

« Les français ont oublié le sens de l’effort » : je ne vois pas en quoi cette phrase crée une nouvelle, une énième polémique, que ce soit chez les journaleux ou dans l’opinion publique, que l’on ferait finalement mieux de moins solliciter, ça nous éviterait d’entendre autant de conneries. Français, ce n’est pas un gros mot, ni oublier, ni effort, ni sens. À moins que ça ne soit « les, ont, le et de ? »

Et si on reprend ces phrases un peu choc que tout le monde lui reproche, « gaulois réfractaires au changement», là encore, je ne vois pas ce qu’il y a d’insultant à se faire qualifier de gaulois, nous en sommes issus ni à réfractaires puisque c’est vrai qu’il est quasiment impossible de réformer le pays qui préfère sans doute l’inertie, l’immobilisme et le surplace, c’est tellement plus confortable.

« On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux et les gens sont quand même pauvres », là encore, ce n’est qu’un constat, pas un jugement. Il y a effectivement beaucoup de systèmes d’aides sociales et les gens ne s’en sortent pas, malgré tout. Peut-être qu’il faut y réfléchir pour trouver comment s’en sortir mais ce n’est pas désobligeant vis-à-vis de ceux dont il est question, là.

« La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler », encore une fois, je ne vois pas où le bât blesse puisque de toute évidence, pour acheter quelque chose, il faut de l’argent et pour avoir de l’argent, à moins de naître avec une cuiller en or dans la bouche, il faut en gagner et pour ça, il faut travailler, à quelques exceptions près. C’est donc encore un mauvais procès qu’on lui a fait.

Maintenant, d’autres phrases sont plus insultantes, en toute objectivité, puisque j’avais promis de rester dans cette limite. Parler de « ces femmes salariées de Gad, pour beaucoup illettrées », à condition que ce soit tout ou partie vrai, là, ça peut réellement blesser et c’est une énorme maladresse dont tout le monde se serait passé. Maintenant, elle est faite, il faut faire avec.

Je me demande donc juste si le niveau de grossièreté de certains mots a changé. Avant, les mots effort et travail représentaient des valeurs nobles, aujourd’hui, ils sont considérés comme des mots injurieux. On leur préfère « va te faire enculer », « pars avec ta vieille momie » et autres insultes qu’on n’aurait jamais pu imaginer contre un Président de la République. Je m’interroge, c’est tout.