C'est écrit

15 novembre 2018

incarnations

J’ai une question à te poser, Stéphane, c’est un peu délicat, je ne sais pas comment la formuler élégamment, heu… Comment dire ? Attends, je vais fermer la porte, je voudrais que ça reste entre nous, je ne veux pas qu’on nous entende. Heu… Allez, on ne va pas tourner autour du pot : tu es bien un être humain ? Dis-moi, réponds-moi franchement.

Ben oui, je crois, patron. Ou alors, on ne m’a rien dit depuis que je suis né. Va savoir, si ça se trouve, je suis peut-être un poisson, gloub-gloub, et ça craint pour moi, de travailler ici. Parce que je vais peut-être finir en filet (attention, je n’ai pas dit enfilé, hein ?) après m’être fait écailler, vider et étêter. Bouh, rien que d’y penser, j’en ai les nageoires qui frémissent.

Ben oui, je crois, patron. Ou alors, on ne m’a rien dit depuis que je suis né. Va savoir, je suis peut-être un baobab, frchouou-frchouou (je fais bien le baobab quand il y a du vent, hein ?) et alors, je ne vois pas du tout ce que je fais ici. Moi, je devrais être plutôt être dans la savane, à me la couler douce aux soleils intenses des éternels étés africains. Rien que d’y penser, j’en ai le large tronc qui soupire.

Ben oui, je crois, patron. Ou alors, on ne m’a rien dit depuis que je suis né. Va savoir, je suis peut-être une agrafeuse pour agrafes standards 10/4 (9.3mm * 4.5mm * 0.48mm), tchiclic, tchiclic et finalement, je pense que j’ai quand même ma place ici, dans ce bureau. Ce n’est peut-être plus la peine de me prévoir une rupture conventionnelle, alors ?

Ben oui, je crois, patron. Ou alors, on ne m’a rien dit depuis que je suis né. Va savoir, je suis peut-être un sachet d’infusion « confort de la gorge : mauve, thym » et ça peut probablement rendre service à Virginie, si un jour, elle a mal à la gorge, je sais qu’elle peut boire des infusions. Je ne sais pas faire le cri du sachet d’herbes. Tant pis. De toute façon, ma vie ne sera pas longue, je le sais.

Ben oui, je crois, patron. Ou alors, on ne m’a rien dit depuis que je suis né. Va savoir, si ça se trouve, je suis une œuvre d’art volée dans un petit musée de province pendant la Grande Guerre. Et j’ai peut-être de la valeur sans le savoir. Je ne sais pas faire non plus le cri de l’œuvre d’art volée pendant une guerre. Alors, je vais m’abstenir et attendre que le temps passe.

Ben oui, je crois, patron. Ou alors, on ne m’a rien dit depuis que je suis né. Va savoir, si ça se trouve, je suis un moustique, bzzz-pic, bzzz-pic, et j’ai peur pour moi car je sais que dès que j’irai piquer quelqu’un, parmi mes collègues, dont je pourrais avoir envie, je sais que ma fin ne sera plus loin. Surtout que je risque de prendre un coup de tapette de derrière les fagots.

Ben oui, je crois, patron. Ou alors, on ne m’a rien dit depuis que je suis né. Va savoir, je suis peut-être une étagère bois/métal et je supporte plein d’archives, han-han, han-han, et je peux tenir encore pas mal de temps, ça me fait les muscles mais il faudra quand même en prévoir une deuxième, je ne pourrai pas en prendre plus que ce qui reste comme hauteur jusqu’au plafond.

Je te remercie, Stéphane, mais ça m’a plus embrouillé qu’autre chose car finalement, je ne sais pas comment je dois t’appeler : Joël, Bombacacae, Rapid, Nutrisanté Bio, Anonyme, Mosquito ou Merlin ? On ne m’appelle pas, patron. On me fout la paix et je ne répondrai à aucune question intime. Ma vie privée ne regarde que moi. Rien que moi. Et moi seul.


14 novembre 2018

elle est partie quand on m’a coupé l’eau pendant que je prenais l’air (versions progressives)

elle est partie quand on m’a coupé l’eau pendant que je prenais l’air (version épuration totale)

C’est en vuant écie mn nm que je me suis endu cmpte qu’n m’avait cupé ’eau. Sans péavis. Sans justificatin. Et mi, ça m’a un peu cué e bec. Qui s’est justement etuvé dans ’eau. Et je me suis demandé cmment j’aais puvi faie pu cntinue de gée es stcks de pissns si n n’a pus d’eau. Déjà qu’i ne me estait pus gand-chse, à peine un peu pus que a peau su es s, j’étais sec cmme un cup de tique as, si n me cupe ’eau, ça ne va pas s’aange. J’ai besin d’ête asé, mi, cmme es pantes et cmme es abes. Cmme es sies et cmme es bueaux. Cmme es seaux et cmme es bababs.

Et ça a cntinué quand j’ai vuu écie mn pénm. à, j’ai égaement décuvet que j’avais pis ’ai sans m’en ende cmpte. Je devais ête en tain de espie et tut d’un cup, j’ai pis ’ai. J’ai dû aspie u expie de taves, je ne vis pas ce que ça puait ête d’aute. As, depuis, je dis me suveie pu ne pas deveni tut uge ca mi, quand je n’ai pus d’ai, j’ai tendance à deveni tut uge. Et c’est in d’ae avec tut, e uge, ce n’est pas facie à pte. Bef, j’ai pis ’ai et je ne ’ai pas endu. Je ne ’ai pas etuvé, devais-je die pace que pu e ende, i faudait d’abd que je e etuve. Mais je cntinue à cheche, syez assués.

Et e pie, c’est que quand j’ai vuu ui demande de ’aide, je me suis endu cmpte qu’ee était patie. Cmme ça, butaement. Cmme si une bestie ’avait piquée et depuis qu’ee est patie, je n’ai pus eu de nuvees. Je suppse qu’n appee ça ête paqué. Pace que, qu’n ne vienne pas me faie cie que c’est à a suite d’une uptue cnventinnee, qu’ee est patie, je ne suis pas idit, j’ai bien vu qu’ee a pié bagages et tut me fait pense qu’n n’est pas pès de a evi, ee. Ce snt es aéas de a vie. De tute façn, maintenant qu’ee n’est pus à, je vais faie sans ee. Je vais m’y faie. Même si n m’a cupé ’eau quand j’ai pis ’ai.

elle est partie quand on m’a coupé l’eau pendant que je prenais l’air (version réelle)

C’est en vulant écrire mn nm que je me suis rendu cmpte qu’n m’avait cupé l’eau. Sans préavis. Sans justificatin. Et mi, ça m’a un peu clué le bec. Qui s’est justement retruvé dans l’eau. Et je me suis demandé cmment j’allais puvir faire pur cntinuer de gérer les stcks de pissns si n n’a plus d’eau. Déjà qu’il ne me restait plus grand-chse, à peine un peu plus que la peau sur les s, j’étais sec cmme un cup de trique alrs, si n me cupe l’eau, ça ne va pas s’arranger. J’ai besin d’être arrsé, mi, cmme les plantes et cmme les arbres. Cmme les rsiers et cmme les buleaux. Cmme les rseaux et cmme les bababs.

Et ça a continué quand j’ai voulu écie mon pénom. Là, j’ai également découvet que j’avais pis l’ai sans m’en ende compte. Je devais ête en tain de espie et tout d’un coup, j’ai pis l’ai. J’ai dû aspie ou expie de taves, je ne vois pas ce que ça pouait ête d’aute. Alos, depuis, je dois me suveille pou ne pas deveni tout ouge ca moi, quand je n’ai plus d’ai, j’ai tendance à deveni tout ouge. Et c’est loin d’alle avec tout, le ouge, ce n’est pas facile à pote. Bef, j’ai pis l’ai et je ne l’ai pas endu. Je ne l’ai pas etouvé, devais-je die pace que pou le ende, il faudait d’abod que je le etouve. Mais je continue à cheche, soyez assués.

Et e pire, c’est que quand j’ai vouu ui demander de ’aide, je me suis rendu compte qu’ee était partie. Comme ça, brutaement. Comme si une bestioe ’avait piquée et depuis qu’ee est partie, je n’ai pus eu de nouvees. Je suppose qu’on appee ça être paqué. Parce que, qu’on ne vienne pas me faire croire que c’est à a suite d’une rupture conventionnee, qu’ee est partie, je ne suis pas idiot, j’ai bien vu qu’ee a pié bagages et tout me fait penser qu’on n’est pas près de a revoir, ee. Ce sont es aéas de a vie. De toute façon, maintenant qu’ee n’est pus à, je vais faire sans ee. Je vais m’y faire. Même si on m’a coupé ’eau quand j’ai pris ’air.

elle est partie quand on m’a coupé l’eau pendant que je prenais l’air (version idéale)

C’est en voulant écrire mon nom que je me suis rendu compte qu’on m’avait coupé l’eau. Sans préavis. Sans justification. Et moi, ça m’a un peu cloué le bec. Qui s’est justement retrouvé dans l’eau. Et je me suis demandé comment j’allais pouvoir faire pour continuer de gérer les stocks de poissons si on n’a plus d’eau. Déjà qu’il ne me restait plus grand-chose, à peine un peu plus que la peau sur les os, j’étais sec comme un coup de trique alors, si on me coupe l’eau, ça ne va pas s’arranger. J’ai besoin d’être arrosé, moi, comme les plantes et comme les arbres. Comme les rosiers et comme les bouleaux. Comme les roseaux et comme les baobabs.

Et ça a continué quand j’ai voulu écrire mon prénom. Là, j’ai également découvert que j’avais pris l’air sans m’en rendre compte. Je devais être en train de respirer et tout d’un coup, j’ai pris l’air. J’ai dû aspirer ou expirer de travers, je ne vois pas ce que ça pourrait être d’autre. Alors, depuis, je dois me surveiller pour ne pas devenir tout rouge car moi, quand je n’ai plus d’air, j’ai tendance à devenir tout rouge. Et c’est loin d’aller avec tout, le rouge, ce n’est pas facile à porter. Bref, j’ai pris l’air et je ne l’ai pas rendu. Je ne l’ai pas retrouvé, devrais-je dire parce que pour le rendre, il faudrait d’abord que je le retrouve. Mais je continue à chercher, soyez rassurés.

Et le pire, c’est que quand j’ai voulu lui demander de l’aide, je me suis rendu compte qu’elle était partie. Comme ça, brutalement. Comme si une bestiole l’avait piquée et depuis qu’elle est partie, je n’ai plus eu de nouvelles. Je suppose qu’on appelle ça être plaqué. Parce que, qu’on ne vienne pas me faire croire que c’est à la suite d’une rupture conventionnelle, qu’elle est partie, je ne suis pas idiot, j’ai bien vu qu’elle a plié bagages et tout me fait penser qu’on n’est pas près de la revoir, elle. Ce sont les aléas de la vie. De toute façon, maintenant qu’elle n’est plus là, je vais faire sans elle. Je vais m’y faire. Même si on m’a coupé l’eau quand j’ai pris l’air.

13 novembre 2018

un recommandé pour la Poste ?

Oui, je vais envoyer un courrier en recommandé pour le centre de tri de la Poste de Roubaix. Est-ce que ça leur arrive souvent, aux postiers et postières, de recevoir des courriers en recommandé ? Avec accusé de réception ? Parce que moi, tout à l’heure, c’est ce que je vais faire. Pourquoi parce que je les accuse de non réception d’un colis pour un ami de là-haut-de-France. Et pas que. Même si pour Roubaix, je n’ai qu’un seul litige en cours, en revanche pour autour de chez moi, j’en ai 3 autres en ce moment.

J’ai donc un ami, à côté de Roubaix, pas très loin de Lille et proche de la frontière belge qui fêtait son anniversaire le 7 novembre dernier. Le 5, je lui ai préparé un Colissimo avec son adresse en toutes lettres et son numéro de téléphone en tous chiffres sur l’étiquette de l’emballage. Le 9 novembre, je me suis connecté sur le site permettant de suivre le colis et quelle ne fut pas ma surprise de voir qu’il avait bien été livré le jour J mais pas à mon ami, non, il a été remis à un de ses voisins. On me dit qu’un avis a été déposé dans la boîte de mon pote.

Mais non, que nenni, que nenni ! Pas d’avis de passage. Pas d’appel téléphonique pour voir s’il était chez lui. Pas de traces du nom du voisin qui a récupéré le colis. Et à ce jour, 13 novembre, toujours pas de nouvelles. Alors, j’ai écrit une lettre. Un courrier pas très aimable voire pas gentil du tout. Parce que je trouve ça inadmissible qu’un facteur préposé aux colis ne fasse pas le nécessaire pour s’assurer que le destinataire est chez lui ou pas.

Bref. Le 30 octobre, je passe une commande sur un site Internet avec livraison dans un point relais près de chez moi. Le délai était annoncé de 3 jours. Compte tenu du pont du 1er novembre, j’ai attendu 5 jours et j’ai relancé car je n’avais aucune nouvelles de mon colis. Sur le site Internet, il était écrit que le colis était en transit et il le serait toujours. Donc, quinze jours après ma commande, je ne suis toujours pas livré. J’ai fait une avance de trésorerie à quelqu’un mais à qui ?

Encore : j’attendais une lettre suivie de mon Comité d’Entreprise avec 5 bons d’achat de 10 euros que je voulais avoir d’avance au cas où. Le facteur serait venu chez moi le 6 novembre. Il n’a pas sonné. Il n’a pas laissé d’avis de passage. Je n’ai donc pas été informé que la lettre était arrivée jusqu’à presque chez moi. Et vendredi dernier, sur Internet, j’ai pu voir qu’elle était disponible à mon bureau de Poste depuis trois jours sans qu’on m’en ait informé.

Alors, j’y suis allé samedi matin et là, j’ai attendu près de 20 minutes tant il y avait du monde. Quand ce fut mon tour, on m’a dit, au vu de ce que j’avais imprimé (car je n’avais pas d’avis de mise à disposition) que ce n’était pas là mais dans le bâtiment d’à-côté, chez les pros. Là, j’ai encore attendu un peu pour m’entendre dire que la lettre avait dû repartir chez son expéditeur. Je me suis un peu, juste un peu énervé et on est allé vérifier de nouveau.

J’ai bien fait, car on me l’a retrouvée, la lettre, mais pas là, dans le bureau de Poste normal, là où on m’avait dit que ce n’était pas là, mais t’es où, pas là, mais t’es où, pas là ? Je l’ai récupérée mais je n’étais pas au bout de mes surprises parce que pendant que j’étais là-bas, j’étais où, là-bas, j’étais où, là-bas, un préposé sans doute mal disposé a déposé un avis de passage pour un courrier recommandé avec une heure annoncée plus tardive que celle où je l’ai trouvé.

Donc, on me dit que quelqu’un est venu chez moi (n’a pas sonné, je le sais, le président n’est pas sorti de la matinée) et m’a annoncé être passé à 11h, le 10 novembre 2018, alors que j’ai découvert l’avis en question à 10h25. Là, franchement, j’ai comme un doute qui m’habite de plus en plus fort et de plus en plus serré. Alors moi, je dis aux gens de la Poste que globalement, ils sont gentils, ce n’est pas là le problème. Non, le problème, il est qu’il y en a qui sont cons.

Ou qui sont fumistes. Ou les deux. Je n’arrive pas à comprendre qu’on soit aussi négligent avec les clients (oui, parce que nous sommes tous des clients de la poste) et là, si j’avais le choix, je passerais par une société privée. Je rencontrerais peut-être les mêmes problèmes mais au moins, je saurais que… que quoi ? Eh bien, rien du tout en fait. Est-ce que je peux recommander la Poste ? Non. Même pas à un ami ? Surtout pas à un ami. Mais aux syndicalistes de tous poils et aux gilets jaunes de toutes matières synthétiques, oui.

12 novembre 2018

se faire inciné...

Aujourd’hui, je me tâte. J’ai envie de me faire un ciné mais je ne sais pas si j’en ai vraiment le courage. Parce que quand il pleut, comme depuis midi, en sortant de la salle de gym, je me dis que je serais aussi bien de rester chez moi, tranquillement et profiter de ces dernières heures d’un week-end bien mérité, comme toujours, à mon goût mais bien trop court, comme d’habitude, encore une fois de mon point vue. Alors, comme ça m’est déjà arrivé, je suis là à me tâter et il va falloir que je tranche (ça dépend ce que je tâte, parce qu’on ne va pas prendre de risque non plus, hein ?) : y aller ou pas ? En être ou pas ? Tirer au flanc ou se faire un ciné ?

Quand je dis à qui m’écoute que je pense que je vais me faire un ciné, dans ma tête, j’entends toujours comme si j’allais terminer ma phrase : ré ! Je pense me faire incinérer alors que ça n’a rien à voir. Me faire un ciné, c’est allez voir Tout feu, tout flamme, s’il ressort ou Paris brûle-t-il, s’il ressort aussi. Alors que me faire incinérer, oui, mais pas tout de suite, si je peux attendre d’être un peu mort, ça serait mieux pour tout le monde : ceux qui seront présents pour l’occasion et ma petite personne. Mais je ne vois pas de différence fondamentale avec un ciné : ça peut-être tout feu, tout flamme aussi. Ou alors, je devrais aller revoir Le grand bain, pour être sûr.

Oui, parce que je pense qu’il vaut mieux être mouillé que rôti. Même si je n’aime pas du tout être humide pendant une séance de ciné : s’il a beaucoup plu pendant le trajet pour y aller et que mon jeans est un peu humide, je déteste ça. Ça fait partie des raisons qui me font hésiter, aujourd’hui. Je n’ai pas envie de me retrouver les cuisses humides pendant une heure et demi. Ou alors, je vais voir un film porno mais je n’ai pas le programme de ce qui est donné en ce moment. Pompiers en chaleur, ça joue encore ? Parce que si c’est tout feu, tout flamme, ça peut toujours servir. Surtout si j’ai choisi d’aller me faire un ciné. Ou me faire incinérer. J’hésite encore.

11 novembre 2018

le pipi des grands hommes

C’est avec une certaine émotion que je me suis laissé aller à regarder la commémoration du centenaire de la Grande Guerre, celle de 14-18, sur France 2, tout à l’heure. Parce que c’est bien de ne pas oublier. Parce que les jeunes générations n’ont plus de lien avec ce drame. Et bientôt, dans quelques vingt ou trente ans, ça risque d’être la même chose, pour celle de 39-45.

J’ai aimé la sobriété de la mise en scène, les choix musicaux : le violoncelle sur du Bach, ce qui m’a rappelé Rostropovitch, en 1989, lors de la chute du mur de Berlin et le superbe Boléro de Ravel. Un Léro de Ravel qui n’a jamais été aussi bo, à mon goût, interprété par toute une jeunesse de musiciens qui se sont levé pour le final, tout comme les officiels dans la tribune du même nom.

J’ai aimé l’espèce de chorégraphie des jeunes invités pour l’occasion, autour de la tombe du Soldat Inconnu et les extraits de lettres très émouvantes qu’ils ont lus, dans plusieurs langues. Et j’ai été impressionné par la présence de quelques 70 chefs d’états, un peu comme pour le 11 janvier 2015, lors de la manifestation géante à Paris. Moi, je n’y peux rien, tout ça, ça me bouleverse.

J’ai malheureusement moins entendu les cloches qui ont dû sonner 11 minutes, à Bordeaux, elles aussi car j’étais encore en voiture, je revenais de la promenade des chiens avec le patron et j’ai entendu celle de la radio, sur Europe 1 mais pas celles autour de moi. C’est dommage. Et je me dis qu’on aurait pu tous porter un bleuet à notre boutonnière, en pins ou en broche… Symboliquement…

Après, moi, j’ai déjeuné chez moi. Je ne faisais pas partie des 130 invités de l’Élysée. C’est dommage car une question m’a taraudé l’esprit pendant tout mon repas : comment cela se passe-t-il quand il y a autant de grands de ce monde en même temps dans le palais présidentiel ? Quand ils sont arrivés, presque tous en même temps, ça a dû être la course pour aller faire pipi.

Bien sûr qu’il doit y avoir des toilettes séparées pour les hommes et les femmes comme dans tout lieu public qui se respecte mais y a-t-il des urinoirs dans celles réservées aux messieurs : présidents, rois, princes et consorts ? Et si oui, existe-t-il un chef du protocole pour les urinoirs ?  Poutine aurait-il le droit de faire pipi à côté de Trump ? Miction possible ou miction impossible ?

Voilà, après le recueillement et le kiki serré, c’est ce genre de question que je me suis posée. Et à laquelle je n’ai pas encore trouvé la réponse. Alors, si parmi ma poignée de lecteurs et trices, il y a quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui aurait déjà été invité ou qui travaille à l’Élysée, merci de me faire savoir comment ça se passe pour le pipi des grands hommes.


10 novembre 2018

fonds de tiroirs

En tout cas, je te remercie, Chouchou, tu as été très efficace et ton aide m’a été précieuse, ce matin, pour ce qu’on avait prévu de faire à mon travail. J’ai pu terminer mon boulot pendant que tu chargeais les documents que je voulais qu’on emporte et je n’en reviens pas comme ça a été facile, on ne s’est pas gênés l’un l’autre, pourtant, une chaise pour deux, ça n’est pas toujours l’idéal.

Là, on va tout de suite séparer les choses pour que je puisse m’y retrouver, quand j’aurais besoin de les consulter. Quand j’aurai envie de relire certains écrits, le soir, au coin de la cheminée que je n’ai pas, en buvant un verre de whisky on the rocks, alors que je n’aime pas ça. Dans le Whisky on the rocks, éventuellement, je peux boire les glaçons quand ils ont fondu mais pas le whisky.

Alors, on fait une pile pour les textes hommages à mes collègues, une pile pour les listes, une pile pour les choses utiles, une pile pour les trucs drôles comme les montages photos, les dingbats et une pile avec les photos. Il n’y a pas que celles prises au boulot, il y en a quelques-unes plus personnelles, aussi, comme celles de mon mariage, c’était pour les montrer aux collègues que j’aime bien.

Oh, regarde, Chouchou, cette série de photos : celle-ci a été prise quelques mois après mon arrivée dans la boîte. On avait attendu que le patron soit parti pour prendre des poses. Tu as vu, là, c’est moi avec 13 ans de moins mais déjà beaucoup de cheveux blancs. Non là, c’est un thon, ce n’est pas moi, je suis juste à côté mais la queue du poisson est tellement grosse qu’on me voit à peine.

Et tiens, le compliment pour Émilie… Et le tout premier que j’ai écrit, pour Audren. Ah oui et puis les cartes de vœux sur plusieurs pages, avec un dessin ou une photo dédiée à chacun de mes collègues. C’est drôle, hein ? Et ça, « saumon fumé tue ! » Même des années après, ça me fait toujours rire. Je ris de mes propres bêtises. Non, ça, c’est un dossier complet sur l’arthrose, mets-le là.

Le diplôme du 5ème avoir ! Je l’avais oublié, celui-là. On s’était fait la bise après une accolade officielle avec la fille de la compta. J’ai oublié son nom. Son mari était un fou de Spirou l’hebdo, il avait toute la collection depuis le n°1 et il avait tout numérisé pour en faire une base de données incroyable. Oui, tu as raison, là, à l’instant T, on s’en fout un peu. C’est juste que ça me rappelle des souvenirs.

Bon, tout ce qui est vraiment important et sérieux, je le regarderai vite fait tout à l’heure pour voir si je ne l’ai pas déjà dans mon ordinateur portable. Bon, je te laisse terminer le tri, je vais aller prendre la douche de fin de semaine. D’abord, me raser et ensuite, me laver. Et comme ça, je pourrai commencer mon week-end propre comme un sou neuf. Et l’esprit content d’avoir récupéré tout ça.

09 novembre 2018

un coup de main

Hé Chouchou, tu sais quoi ? Tu vas venir avec moi au bureau, demain. Mais non, je ne vais pas te montrer mon travail pour que tu me remplaces, maintenant qu’il me reste moins de cinq mois, je vais essayer de tenir le coup au mieux de mes possibilités. Non, non, j’ai juste besoin de toi parce que, au cas où tu l’aurais oublié, tu es plus grand, plus jeune et plus fort que moi et ça, ça va bien m’aider. Oui, plus beau, aussi mais pour ce dont j’ai besoin, ça ne me servira à rien. Sauf si mon fauteuil de bureau ou mon ordinateur est sensible à ton charme mais là, je ne sais pas pourquoi, des doutes m’habitent. Pardon, je suis prétentieux, un doute m’habite.

Ce que je voudrais, c’est en rapport à mon prochain départ d’ici. J’ai plein de choses à jeter et d’autres, que je voudrais récupérer. Le mieux, c’est que tu viennes un samedi matin car c’est le jour où il y a le moins de monde, ici et surtout, après 7h, voire 7h30 du matin, je suis tout seul. Donc, nous serons tranquilles pour nous occuper de ce bazar. J’ai dit bazar ? Comme c’est bizarre ! Parce que j’ai déjà pas mal trié et jeté. Dès que j’ai un moment conséquent de libre, je regarde, je sélectionne, je jette ou je conserve. Mais là, je pense qu’on pourrait faire un premier tour. Tu t’arrangeras pour être en forme car moi, j’ai décidé que je ne porterai rien.

Ce qu’il y a à prendre ? Oh, dans l’immédiat, ce sont surtout des fichiers informatiques : des documents Word, des tableaux Excel, quelques photos JPEG. Tout ce que je suis sûr de vouloir garder mais sois rassuré, je ne donne pas dans l’espionnage industriel et commercial, non, je ça laisse à cette vieille Paulette Packard, du Secret and Commercial Agency of Intelligence Bureau. Moi, ce que je veux récupérer, ce sont des choses personnelles. Je sais qu’il y a des écrits que j’avais pondus pour des occasions particulières : des anniversaires, des départs de collègues… Et des modèles de listes de courses, entre autres. Une pour Bordeaux et une pour Biscarrosse.

Il y a peut-être des choses que j’avais archivées après les avoir consultées sur Internet. Il est possible qu’il y ait la liste des 1000 mots qu’on devrait connaître car je ne l’ai pas dans mon PC, ici, à la maison. Donc, si ce n’est pas ici, c’est donc là-bas. Ou alors, je l’ai perdue. D’ailleurs, j’avais également créé une liste pense-bête pour se souvenir des choses qu’on avait à faire. Mais je ne sais plus où elle est. Tout comme la liste pour bien ranger ses documents, dans un ordinateur. J’espère que ce n’est pas un début de Parkinson. Pardon ? D’Alzheimer ? Tu es sûr ? Ah bon, j’ai dû me tromper, alors. Oui, bon, d’accord, j’ai dû oublier. Ça arrive à tout le monde.

Bon, alors, c’est OK ? De toute façon, je ne vois pas pourquoi je te demande ton avis. Je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas, non plus. Non, je ne t’engueule pas. C’est juste pour que tu sois prêt de bonne heure. Nous partirons à 2h45, cette nuit, alors, tâche de t’arranger pour être réveillé à l’heure qui va bien. Sinon, je peux gentiment te laisser dormir un peu et tu me rejoins vers 7h mais bon, je préférerais que tu conduises, après tout, je ne suis pas ta bonne, hein ? Tu essaieras juste de te coucher assez tôt, ce soir. Enfin, pas tard, quoi. Et penses à te couvrir, il peut faire frais à mon boulot. Normalement, il y a le chauffage mais parfois, ça caille.

08 novembre 2018

couleur jaune pisse-froid

Il y a comme une éclaircie, aujourd’hui. Ce qu’on pourrait appeler une embellie. Je parle de ce qui se passe dans le ciel et dans ma tête. Pas de ce qui se passe dans le pays car là, on ne peut pas dire qu’il fasse beau, bien au contraire. Et c’est plutôt heureux que cette migraine dont j’ai tu le nom, pendant deux jours, pour ne pas lui faire cet honneur de la citer (je peux le faire, aujourd’hui puisqu’il semble qu’elle soit allée se faire mettre ailleurs), c’est plutôt heureux, donc, que cette migraine soit venue polluer mon espace vital et ma bulle personnelle et privée car sinon, je crois que je me serais emporté contre tout ce marasme annoncé. Contre toute cette bêtise environnante et néanmoins crasse. Contre ce mauvais esprit systématique.

Est-il trop tard pour bien faire ? Que nenni ! Que nenni ! Cette crise m’a peut-être mis à plat mais elle ne m’a pas abattu complètement. J’ai encore de la ressource, de la réserve et de la bile à secréter. Quand j’entends ce que j’entends, quand je lis ce que je lis et quand je vois ce que je vois, dans les médias, je vais de stupéfaction en stupéfaction comme Tarzan de liane en liane dans la forêt vierge. Vierge de tout recul voire de tout esprit de réflexion ? Je le crains et ça me fait peur. La faute à qui ? Aux journalistes, d’abord. En effet, a-t-on besoin de faire parler des gens devant des micros pour dire des conneries ? « J’ai voté Macron pour ne pas faire passer Le Pen mais je le regrette car ce n’était pas mon choix. Désormais, je ne voterai plus car je ne crois plus en la démocratie. »

Grave erreur de la part de ceux qui ont choisi de faire témoigner ce monsieur. Faute civique de faire passer un tel message à une heure de grande écoute. Déjà que l’abstention par fainéantise gagne de plus en plus de terrain, au lieu de démobiliser encore plus les électeurs, on ferait mieux de faire passer des messages inverses pour inciter les gens à user et à abuser de leur droit de vote. Imaginez un peu ceux qui n’ont pas ce pouvoir-là dans les pays totalitaires.

Et cette femme qui a fait une vidéo virale, vue des millions de fois, dans laquelle elle interpelle (limite vulgairement) le président de la République pour lui dire que « ras-le-bol, y en a marre et qu’est-ce que vous faites de l’argent de nos impôts à part acheter de la vaisselle pour l’Élysée et une piscine pour le Fort de Brégançon ? » Relayer cette vidéo dans les médias, c’est lui donner du crédit et aggraver son côté viral. On s’en passerait. Les gens qui ne réfléchissent pas n’avaient pas besoin de ça pour s’engouffrer dans la brèche et maintenant, le ver est dans le fruit. Parce que l’essence a déjà atteint des niveaux de prix supérieurs ou égaux à ceux d’aujourd’hui. Alors, cet argument de dire qu’il faut bloquer le pays contre ces dernières augmentations, foutaises !

Non, je crois que malheureusement, ce n’est plus possible pour quelque président que ce soit (et son gouvernement) de diriger le pays car systématiquement, tout ce qu’il dit et fait sera critiqué. Sans réel argumentaire contradictoire. Juste pour le plaisir de contester. Il y a des problèmes bien plus graves que les quelques centimes d’augmentation du prix du diesel : comme la survie de notre planète à court terme, par exemple. Et moi, je ne mettrai pas de gilet jaune en évidence dans ma voiture car je ne veux pas en faire partie, de ces pisse-froids. Et ça serait bien aussi que ceux qui aiment s’exhiber en tant que frondeurs d’opérette ne stationnent pas sur les passages piétons, ça ne les dédouane pas de respecter les codes de la route et de bonne conduite. 

07 novembre 2018

je sais qu’elle est toujours là, en embuscade

Elle est tenace, depuis son retour. Elle doit avoir faim de chair connue. Même s’il s’est passé deux ou trois ans depuis qu’elle m’a quitté pour un(e) autre, elle doit ne jamais m’avoir oublié. Je dois avoir un goût de retournez-y alors que ce n’est pas du tout réciproque. Et elle a dû profiter d’un moment de faiblesse de ma part, j’ai totalement baissé la garde depuis des mois et des mois, pour revenir s’installer en bonne squatteuse qu’elle sait être. Une envahisseuse. Mais aujourd’hui, j’ai décidé de m’en foutre, de l’ignorer, de la mépriser. Je la sais toujours là, en embuscade pour venir me prendre totalement dans ses bras. Mais moi, je ne veux pas de câlin de sa part. Je veux juste qu’elle parte.

Si seulement je savais trouver un moyen de la faire fuir comme les aulx et les crucifix font fuir les vampires, par exemple. Je ne sais pas moi, un grigri que je porterais toujours sur moi. Tout ce que je sais, c’est que la pluie ne la dérange pas. Avec tout ce qu’il est tombé depuis deux jours, tout ce qu’il tombe aujourd’hui et tout ce qu’il va encore tomber, demain et après-demain, si elle était soluble dans l’eau, je le saurais déjà. Comme je n’ai pas très envie de jouer avec le feu, je ne vais pas chercher à savoir si elle est combustible. Je n’ai donc plus qu’à prendre mon mal en patience et faire comme si elle n’était pas là. Alors qu’hier, j’ai fait comme si moi, je n’étais pas là. C’était une erreur.

Je vais essayer de l’étourdir en allant en ville au lieu de m’allonger. De toute façon, la femme de ménage sera là dans moins de dix minutes et elle va rester trois heures. Je serai mieux dehors, au moins, je ne gênerai personne. Et avec un peu de chance, la salope, elle sera tentée d’aller sur quelqu’un d’autre. D’aller prendre possession de sa personne. L’envelopper de son aura négative. Et alors, si je sens qu’elle me quitte de nouveau, je partirai en courant. Dans les rues et dans les flaques, je prendrai mes cliques et mes claques et je tenterai de l’oublier au mieux et au plus vite. Pour l’heure, je fais avec, contre mauvaise fortune, bon cœur. Mais elle ne perd rien pour attendre.

06 novembre 2018

chut, faites comme si je n'étais pas là

S’il vous plaît, je vais vous demander de ne pas faire de bruit même si vous n’êtes venus que pour lire. Imaginez que vous êtes dans une bibliothèque publique et que des gens sont en train de travailler, vous ne violeriez pas leur besoin de silence ? Alors, aujourd’hui, ici, je vous en prie, faites la même chose. Faites comme si je n’étais pas là mais n’en profitez pas pour prendre toutes vos aises pour autant. Non, respectez ce lieu comme vous respecteriez votre propre maison. Et, dernière recommandation, laissez cet endroit aussi propre en partant que vous l’avez trouvé en entrant. Je vous remercie d’avance pour votre compréhension et surtout, surtout, chut !

Chut ! Faites comme si je n’étais pas là. D’ailleurs aujourd’hui, c’est un peu comme hier, je ne suis pas là. Je ne suis pas vraiment là. Je suis ailleurs. Je suis caché dans un endroit secret parce que je ne veux pas qu’elle continue de m’embêter, la salope qui est revenue de je ne sais pas où. Je croyais m’en être définitivement débarrassée. Je pensais qu’elle avait trouvé d’autres victimes et ça m’avait bien rendu service mais elle a dû se souvenir de moi et elle est revenue voir si c’était encore de m’atteindre. De m’attraper. Elle y a réussi, hier. Et elle est sur le point de gagner encore aujourd’hui. Mais comme je ne veux pas lui faire le plaisir de flancher, je me planque.

C’est pour ça, même si vous êtes contents de venir me rendre visite, ne criez pas mon nom parce que vous ne savez pas où je suis. Faites le moins de bruit possible. Je sais que dans le silence, elle a tendance à s’anéantir, alors, s’il vous plaît, je vous en prie, je vous en conjure, laissez-moi dans mon coin, en attendant que ça passe. En attendant qu’elle parte. Qu’elle fiche le camp. Et faites comme si je n’étais pas là. Après tout, un jour sans se voir, ça n’est pas la mer à boire. Nous nous retrouverons demain. Ou une autre fois. Et surtout, surtout, comme vous n’allez pas rester, vu que je ne suis pas vraiment là, surtout, je vous en supplie, ne claquez pas la porte en sortant.