C'est écrit

16 juillet 2018

mouais, c’est bien mais bon

Mouais, c’est bien, c’est même vachement bien mais bon, on a déjà connu à en 98. Bon, d’accord, je sais que cette année, c’est très tendance de se la jouer 20 ans après, mais vous savez quoi, quelque part, même si je suis content et même si je suis fier, quelque part, je m’en fous un peu. Parce que je ne m’y suis pas intéressé. À vrai dire, je n’ai regardé que la dernière demi-heure de la finale. C’est vous dire ! Pendant tout le reste du match, je faisais mes comptes, je faisais des projections pour si je m’arrête en janvier prochain et je voyais sur quoi je pouvais rogner.

Nous avions fermé tous les volets aux trois quarts tant l’atmosphère était lourde et nous étions presque dans le noir. Les ventilateurs étaient tous réquisitionnés et autant vous dire que ce qui se passait à Moscou n’était pas prioritaire pour nous. Même si, au fond de moi, dans un fond peu connu, j’avais envie que nous la gagnions cette deuxième Coupe du Monde mais si ça n’avait pas été le cas, j’aurais continué de vivre comme avant. J’aurais quand même fait ma pizza du dimanche soir. Et j’aurais quand même eu très chaud, cette nuit.

Loin de moi de minimiser une telle victoire et un tel honneur que la France soit le centre du monde pendant quelques heures, quelques jours ou quelques mois. Tout passe, tout casse, tout lasse. J’ai eu une pensée pour le 11 janvier 2015 où nous étions rassemblés pour une tout autre raison. Chacun ses priorités même si on a le droit d’avoir les deux. Non, je suis content parce que tout le monde peut s’approprier une telle consécration. Je suis content parce que ça va peut-être redonner un peu de sourire à la France que je trouvais un peu triste, ces derniers temps.

Et peut-être même que ça va donner un bon coup de main à notre président. C’est vrai, ça, une équipe nationale qui gagne, normalement, ça fait monter les sondages pour tout le monde. Donc, ça devrait avoir quelques impacts positifs. Si… Si seulement… Si seulement ça pouvait durer un peu plus que le temps que durent les roses… Nous avons gagné, c’est une évidence et même si j’ai été un peu ému de voir la liesse engendrée par ce résultat qu’on n’aurait pas soupçonné il y a encore quelques semaines, je n’ai pas réussi à retrouver le même plaisir qu’en 98.

Peut-être ai-je trop vieilli sans m’en rendre compte. Peut-être n’ai-je pas assez vu le temps passer. Ou peut-être l’ai-je trop vu passer. J’ai néanmoins vécu un joli moment, quand les équipes sont passées devant les officiels pour être félicitées, joueur après joueur, vaincus et vainqueurs : la présidente croate et le président français, tous les deux très confraternels et conviviaux. J’ai beaucoup aimé cette femme. Une allure folle. Et un président qui a su étreindre les nôtres comme il se devait. Finalement, c’est pour ça, peut-être que ça valait la peine.


15 juillet 2018

café au vinaigre versus crème hydratante

Oui, parfois, c’est bizarre. Surtout chez moi. Il peut m’arriver de faire un peu n’importe quoi parce que je fais les choses un peu trop vite, ou trop à la fois ou parce que j’ai la tête ailleurs. Et l’autre matin, au bureau, il m’en est arrivé une belle, justement. Et je peux vous dire que je n’ai rien vu venir. À ma décharge, quand je me lève à 2h15 de la nuit, comme en ce moment, j’ai évidemment le droit de ne pas être totalement réveillé alors que je ne pense qu’à une chose : retourner dans mon lit au plus vite et tout oublier. Il y en a qui boivent pour oublier, moi, c’est dormir pour oublier. Et donc, dans l’enchaînement des choses qui m’ont mené à mon travail et à commencer ce qu’il faut que je fasse : vérifier les fournisseurs avant de m’attaquer aux clients, je peux avoir des absences.

Mais ces absences ne me concernent que moi, c’est assez rare que ça touche ce pour quoi je suis payé, comme si j’avais un radar anti-boulettes pour le boulot mais pas pour ma vie personnelle. Avant-hier, comme j’en avais assez de voir ma bouilloire (pour café ou infusion, c’est selon) tout entartrée, le bouilli m’a pris et je l’ai remplie de vinaigre blanc au tiers. Et je l’ai laissée reposer ainsi tout le reste de la journée jusqu’à hier matin. Et là, alors que je pensais en avoir par-dessus la casquette, du  boulot, j’ai eu envie d’un petit dopant : un mug de café soluble. J’ai fait chauffer l’eau qui restait dans la bouilloire, j’ai versé ce dont j’avais besoin dans le récipient et j’ai touillé. Et au moment de lécher la cuiller, c’était infect. Et là, ça m’est revenu, ce n’était pas que de l’eau mais un tiers de vinaigre blanc et un quart d’eau que j’avais fait chauffer.

Le café au vinaigre, je peux vous l’affirmer de façon définitive : c’est infect. Mais est-ce pire que ce que mon collègue Audren a fait, lui, dans son sommeil, vendredi après-midi (il travaille intégralement de nuit, lui – de 22h à 10h, environ, ça dépend des jours.) Il s’est réveillé avec un drôle de truc dans la bouche : il a allumé la lumière et s’est rendu compte qu’il avait le tube de crème hydratante de sa copine (qu’elle laisse sur sa table de nuit) et il s’en était mis dans la bouche. Peut-être pensait-il que c’était du Yop ou du lait concentré. Vite fait, il s’est levé et est allé tout cracher dans le lavabo. Et lui, de son côté, il peut affirmer de façon définitive que la crème hydratante : c’est infect aussi. Reste à savoir ce qui est le moins bon : le café au vinaigre ou la crème hydratante ? Et qui sera la meilleure : la France ou la Croatie ?

14 juillet 2018

roulements de tambour : qui prend la douche ?

Dans mon billet d’avant-hier, j’ai raconté le fait que j’avais envoyé Chouchou faire le cours de gym avec le coach, mercredi. Et Jany, une de mes (rares) lectrices (et encore, je crois que j’ai plus de lectrices que de lecteurs) m’a envoyé un commentaire en forme de question à laquelle je vais répondre. Mais pas tout de suite. D’abord, je voudrais la remercier, Jany l’Envahisseuse… Non, pardon, je me suis trompé de Jany, là, il s’agit de Jany la Discrète qui vient régulièrement me rendre visite et qui, de temps en temps, me laisse un commentaire. Un peu comme si elle semait des petits cailloux afin de pouvoir revenir, à l’occasion et ne pas se perdre en chemin, comme je le fais moi-même, dans les méandres de mon cerveau. Donc, Jany, merci de votre présence et maintenant…

Et maintenant (roulements de tambour) : pa ram pam pam pam, au rythme de ses pas, pa ram pam pam pam, ram pam pam pam ram… Non, attendez, ça, c’est l’enfant au tambour, de Nana Mouskouri, je me suis trompé de bouton pour le bruitage. Voilà, ça doit être ça : ta ra pa pa pa pa pa pa pa pam, ta ra pa pa pam… Oui, c’est mieux, ça, on voit tout de suite la différence entre un tambour dans une chanson des années 60 et un roulement de tambour qui annonce quelque chose d’exceptionnel. Oui, parce que ce qui va suivre, c’est remarquable : je vais répondre à la question de Jany, au sujet de mon billet de mercredi dernier : « Et qui prend la douche ? » de Chouchou ou moi quand c’est lui qui va à ma place au cours de gym alors qu’il fait si chaud, oh oui, si chaud…

Je vous rappelle juste que Chouchou, employé à mon service, n’existe que dans mon esprit et c’est moi qui décide de tout et là, en particulier, j’ai décidé que nous prenions tous les deux une douche. Pas ensemble mais tous les deux. Lui pour avoir transpiré proprement avec le coach et moi, parce que j’ai eu très chaud et que je suis moins sûr d’avoir une sudation aussi transparente que la sienne. Je dis ça, mais en fait, je ne sens pas des pieds sous les bras non plus, alors… Nous pourrions la prendre ensemble puisque nous sommes à moitié dans le virtuel. Reste à savoir si c’est la moitié du haut ou la moitié du bas qui est fictive et donc l’autre, qui est réelle. Comme quoi, hein, encore une fois, j’ai réussi à écrire tout un billet pour ne rien dire d’autre que merci à une lectrice amicale.

13 juillet 2018

avec des confettis, la fête est plus…

Je sais que j’ai des idées parfois plus sottes que grenues mais je ne vois pas en quoi ça dérangerait les autres. Que ceux qui n’aiment pas ça n’en dégoûtent pas les autres. Vous n’êtes pas d’accord ? Alors que ceux qui se contrefichent de savoir combien il peut y avoir de lentilles dans un paquet de 500 grammes ; quelle distance représentent tous les grains de riz d’un paquet d’un kilo, mis bout à bout ou encore, combien on peut mettre de noisettes de chez ma mère dans la piscine hors sol de ma tante n’ont qu’à sauter ce billet et revenir demain. Après tout, je ne force personne, moi. Ceux qui viennent me lire sont consentants. Du moins, je l’espère.

Le sujet du jour est donc : les confettis. Avec un seul F et deux T, sinon, ça s’écrirait conffetis et ça ne serait pas joli du tout. Cette précision n’était que pour les moins forts que moi en orthographe. Alors, les confettis, ce sont des projectiles non dangereux qu’on s’envoie les uns sur les autres quand c’est la fête, genre carnaval, St Sylvestre ou finale de la Coupe du Monde de football. Ils sont généralement d’un peu toutes les couleurs et plaisent particulièrement aux enfants et à ceux qui le sont restés, même adultes. Mais nettement aux ménagères de plus et de moins de cinquante ans qui trouvent que quand il y en a partout, il y en a partout.

Des confettis, moi, j’en fabrique régulièrement dans mon boulot. Dès que j’ai besoin de classer des documents, j’utilise une perforatrice qui comprend un réservoir afin que les confettis ne tombent pas n’importe où. Et j’avais pris l’habitude de les garder dans des boîtes en carton. J’en ai deux ou trois de côté, qui n’attendent qu’une chose : que quelqu’un soit intéressé pour les prendre, les ouvrir et balancer leur contenu sur qui ils veulent. Tiens, si je passais une annonce sur le Bon Coin ou sur donnons.org ? Encore une idée à creuser. Bientôt, il va me falloir une tractopelle ou une pelleteuse avec toutes ces idées à creuser…

Avant d’aller plus loin, je voudrais juste faire un rappel étymologique : le confetti a été inventé en Italie par un dénommé Fetti. Malgré l’évident côté astucieux de son invention, les ménagères de plus et de moins de cinquante ans de l’époque ont toujours trouvé ça crétin, d’avoir inventé ça et quand elles parlaient de Fetti, elles disaient toujours : ce con Fetti ! Voilà, ça, c’est fait. Non, aujourd’hui, le but de ce billet, c’est la question que je me suis posée, tout à l’heure alors que j’archivais les fournisseurs de la nuit : combien de confettis peut-on obtenir dans une feuille A4, c’est-à-dire de 21 * 29.7cm ? Et comme j’aime relever les défis…

J’ai calculé que les confettis que je crée avec ma perforatrice dont environ 5mm de diamètre. Leur rayon est donc de 2.50mm et leur superficie de 19.64mm2. Autant vous dire que là, j’ai eu un doute mais j’ai préféré valider ce résultat pour aller au bout de mon raisonnement et pouvoir passer à autre chose, ensuite. Une feuille A4 a une surface de 623.70cm2, soient 6237mm2. Sans tenir compte du fait que les confettis sont ronds et qu’il y aurait forcément de la perte, je pense donc pouvoir en faire 317.57 dans feuille complète. Ça ne sert à rien, c’est vrai, de savoir ça mais moi, ça me fait plaisir et, par conséquent, je suis content.

12 juillet 2018

tu transpires tellement mieux que moi

Tu vois, Chouchou, tu as bien fait d’y aller à ma place, hier, avec Jérémy. Moi, je n’aurais pas su faire tous les exercices qu’il t’a demandé de faire – et tu as bien fait d’obéir, ma réputation était en jeu. Il a bien vu que tu avais plus de force et de résistance que moi. Normal, avec autant d’années en moins… J’ai donc échappé au pire : faire quatre fois la chaise contre un mur, mais sans chaise ! Faire des séries de dix pompes avec les pieds sur un step ! Bon, oui, tu ne l’as fait que trois fois car ensuite, ce sont les mains que tu as mises sur le step… Écarter les bras avec un haltère de 2kg dans chaque main en étant assis sur un gros ballon forcément pas très stable, tout ça, moi, je ne peux plus, ce n’est plus de mon âge, comme disaient les vieux, que je suis progressivement devenu, quand j’étais plus jeune. Il y a bien longtemps.

En tout cas, merci. Moi, j’ai pu me reposer, du coup. Mais tu m’as dit quoi, tout à l’heure ? Que tu lui avais suggéré de faire des pompes de façon plus ludique ? Qu’entends-tu par « plus ludique », Chouchou ? J’ai peur de ta réponse, là, tout d’un coup… Les mains sur un bosu ? Non mais, tu es dingue, mon pauvre garçon ! Ta jeunesse et ta beauté n’excusent pas tout, enfin !... Tu te rends compte que si c’est moi qui y vais mercredi prochain, il va me demander de les faire, ces pompes impossibles ! Franchement, tu exagères car là, ça me démotive totalement. Bien sûr que c’est amusant de faire des pompes autrement que celles que tout le monde fait mais là, non, je sais que je ne pourrai plus le faire ! Non, je ne pourrai plus. Et oui, je l’ai déjà fait. Mais c’était bien avant que je te connaisse, plusieurs années, même…

Passons. De toute façon, le mal est fait. Et ça fera mal si je dois exécuter une série de ce genre de pompes. Donc, pour en revenir à hier, tu as dû avoir chaud. Et tu as transpiré, bien sûr. J’imagine que tu n’as pas autant transpiré que si j’y étais allé, moi. En plus, je suis sûr que tu transpires mieux que moi. Forcément, vu comment t’es beau et comment t’es gaulé, je suis sûr que tu as une sudation qui sent bon. Pour un peu, je m’en mettrais presque sous les bras en guise de déodorant. D’ailleurs, c’est une idée à retenir, ça. La prochaine fois, tu m’en mets de côté de ta bonne transpiration. Ça pourra toujours me servir. Bon allez, file à ce que tu dois faire, moi, j’ai encore envie de me reposer un peu. Avec cette température limite caniculaire, je n’ai envie de rien. Je me sens inefficace pour à peu près tout. Non, pour tout, même.  Sauf pour éternuer.


11 juillet 2018

au four (à micro-ondes) et au moulin (à poivre)

Je ne peux pas être partout, Chouchou. Je te rappelle que si tu es à mon service, ce n’est pas que pour mon bon plaisir, ni pou ton bon plaisir, je n’arriverai pas à fournir, cet après-midi et avec cette chaleur, je préfèrerais que ce soit toi qui transpires au lieu de moi. Parce que comme hier, j’ai eu froid, au boulot, je voudrais éviter les amplitudes thermiques néfastes pour mon organisme, on ne sait jamais. Nous entrons dans une des hautes saisons, à mon travail, alors, je ne peux pas me permettre de tomber malade. Ni de tomber amoureux.

Alors, comme je ne peux pas être partout, comme je te l’ai dit au paragraphe numéro 1 (remplissage, remplissage, quand tu nous tiens – par la barbichette ?), tu vas me passer la vitesse supérieure, cet après-midi pendant que je me reposerai. Et sois heureux, je ne vais te demander que deux choses alors que j’en avais prévu plus ou moins trois. Tu as de la chance, c’est moins. Alors que ça aurait même pu être plus. Mais je ne suis pas sadique. Je ne veux pas l’être avec toi, tu m’es déjà précieux, sache-le. Mais pourquoi pas, un peu plus tard, si on a envie de jouer, tous les deux.

Tu vas donc passer chez Bouchara pour récupérer la commande que j’ai passée sur Internet, l’autre jour, la semaine passée, il y a une éternité. Dedans il y a un cadeau pour quelqu’un mais je ne sais plus très bien qui, depuis le temps. Tu verras, quand tu auras mon âge !... Et ensuite, tu iras à la salle de sport, celle de Mériadeck, celle que je t’ai montrée, au début où je t’ai embauché et tu feras le cours avec le coach. À ma place, oui, à ma place. Vu que tu es plus jeune que moi, plus musclé et peut-être même plus motivé par le sport que moi, c’est très bien que ce soit toi qui y ailles.

Tu commenceras par un échauffement sur un tapis de marche (ou de course, tu verras quand tu seras là-bas) ou pas une machine elliptique. Essaie de faire une demi-heure, c’est ce que je fais, moi, donc, si moi, j’y arrive, toi, ça va être les doigts dans le nez.  Et si possible, dans le tien, de nez, pas dans celui de quelqu’un d’autre. Et surtout pas celui du coach. Je ne suis pas assez intime avec lui, je ne sais pas comment il pourrait prendre la chose. Et tu essaieras de rentrer avant l’heure de pointe car même si on est en juillet, justement, il y a moins de tram et donc, plein de monde dedans. 

Je dis ça juste pour ton confort, c’est plus agréable quand il n’est pas bondé, le tram. Et ça nous permettra de boire un rafraîchissement ensemble, sur la terrasse. Et de discuter, toi et moi. De faire un point. Moi, je te l’ai déjà dit, je suis content de t’avoir à mes côtés. J’espère que pour toi, ça va aussi. Non, ne me dis rien maintenant, ça va être l’heure de déjeuner, je préfère qu’on en parle tout à l’heure, tranquillement. Et tu me raconteras ta séance avec Jérémy. Voilà, comme ça, comme je ne peux pas être partout, au four (crématoire) et au moulin (à vent), c’est parfait comme organisation.

10 juillet 2018

un petit friselis ou le grand frisson ?

Pardon, monsieur le directeur général de l’entreprise, la petite entreprise dans laquelle je travaille avec un bonheur indicible et une joie de tous les instants. Pour un peu, j’en ferais plus, du temps de travail, ici tant je m’y sens bien, à l’aise comme un poisson dans l’eau. Comme un poisson vivant, dans l’eau. Parce que si c’était pour être comme les poissons qui sont dans nos stocks, un peu morts pour certains et beaucoup décédés, pour d’autres, non merci, je n’aimerais pas être comme eux. Presque pas du tout. Oui, donc, pardon, monsieur le vénérien direct… le vénéré directeur général de l’entreprise, est-ce que c’est normal si j’ai froid, ce matin, alors qu’il fait presque 30° degrés dehors ? C’est fou, d’ailleurs, de penser qu’il y a plus 5 fois plus de degrés dehors que de personnel, dedans. Bon, là, nous ne sommes que les gens du jour et moi, mi-nuit, mi-jour. Oui, puisque nous sommes 6, stagiaire et moi compris. Et moi, je vais bientôt débaucher alors que lui, il arrive seulement.

Excusez-moi d’insister, monsieur le directeur général de l’entreprise dans laquelle je travaille avec un enthousiasme mal contrôlé, je me permets de vous reposer ma question qui n’avait rien de subsidiaire (surtout pour une fois que je demande quelque chose, hein ?) : est-ce normal si j’ai si froid, là, depuis un petit moment, ce matin alors que dehors, c’est plus j’avance, plus canicule, comment veux-tu, comment veux-tu ? Oui, regardez, là, j’ai la chair de poule et chez un mareyeur, ça fait un peu poule mouillée, je trouve. Pas très viril. Déjà que je ne l’ai jamais été au point de figurer sur aucun podium !... Oui, j’ai froid et c’est pour ça que j’ai dû remettre ma doudoune, celle que je porte tout le temps pour traverser la plate-forme réfrigérée mais pas que. Et en plus, je sais que la climatisation n’est pas au plus froid de ses capacités, je suis allé vérifier, elle est sur 21°. Ni plus, ni moins. Une température ambiante tout ce qu’il y a de plus acceptable. Et supportable.

Alors, monsieur le directeur général salarié ? Non, ne me dites pas que c’est la proximité des chambres froides, de la morgue pour poissons, coquillages et crustacés, elle n’a pas changé de place depuis samedi dernier, à ce que je sache. D’habitude, depuis le début du mois, je n’ai jamais froid mais ce matin, oui. J’aimerais juste comprendre. Pour ce que ça vous prendrait de votre précieux temps, si vous pouviez m’apporter un élément de réponse. Un début d’élément de réponse, alors ? Un embryon de début d’élément de réponse, non plus ? Bon, eh bien je sais ce qui me reste à faire : ne compter sur moi et mes dix doigts. Avant qu’ils ne gèlent, ceux-là. Et qu’on m’en ampute. Non, je n’exagère pas, j’ai juste froid. Et qu’on ne me dise pas non plus que c’est hormonal, hein ? Ah ça y est, je me demande si je n’ai pas trouvé la solution tout seul : vous voulez me conserver encore longtemps dans le meilleur état possible, c’est ça, vous êtes en train de me cryogéniser à petit feu ! Mais moi, vous savez, je ne suis pas du tout sûr d’être (même partiellement) d’accord !

09 juillet 2018

le trois millionième

Hier, dimanche, 12h47… Je regarde le petit écran qui affiche 999 996… Waow, je vais atteindre le troisième million dans quelques secondes. Alors, je m’arrête de monter les marches du restaurant, histoire de profiter, non, de savourer cet instant. J’attends un peu, je regarde le menu du jour qui est affiché, là, en haut de l’escalier. Et je pense que je ne vais pas prendre le gaspacho de melon et pastèque car, d’une part, j’ai très faim et d’autre part, comme je vais certainement prendre la soupe de fraises en dessert, je ne voudrais pas prendre un repas uniquement liquide. Ce n’est pas parce qu’il fait chaud qu’il faut tout manger avec une paille. D’autant qu’on connaît maintenant très bien le caractère très polluant de ces tubes en plastique qu’on adorait quand on était enfant.

Je fais un pas de plus, je monte une autre marche pour me mener à ce cap que je trouve personnellement incroyable et digne d’être relevé : 999 997. Et je pense que je vais me laisser aller à boire un apéritif, si le patron propose d’en prendre un. Pierre, lui, son neveu, je sais qu’il dira oui, tout de suite, sans réfléchir. De toute façon, il ne réfléchit jamais. Il n’aurait pas pu être réincarné en miroir, lui. Pas même en rétroviseur. Comme il fait très chaud, j’avoue qu’un grand verre de Spritz me ferait très plaisir. Avec quelques bulles. Parce que sans bulles, la fête est moins folle. Allez, une marche de plus vers ma gloire : 999 998. Dans deux pas, je vais atteindre mon troisième million. Le deuxième me semble déjà encore si proche, je n’en reviens pas moi-même.

Je m’en souviens fort bien, c’était le 21 mars dernier. Il m’avait fallu seulement 116 jours pour atteindre le deuxième million contre 132 pour le premier. Et là, seulement 110 jours. De mieux en mieux. Tiens, pour la peine : 999 999 ! Et je prendrai des pavés de bar snackés en plat principal. Avec une compotés de fenouil aux légumes de saison. Et une sauce chien. Mais pas de café, après le dessert, non, merci. Allez, je lève le pied gauche (ça porte bonheur) et j’arrive au trois millionième pas depuis que j’ai mon podomètre. Et pour battre un nouveau record, il faut que j’arrive au quatre millionième avant le 24 octobre. Plus j’avance en âge, moins je recule en nombre de pas. Comment veux-tu, comment veux-tu…

08 juillet 2018

un dimanche à la campagne, non, à la mer, non…

Un dimanche à la campagne ? Non, peut-être mieux vaudrait aller passer un dimanche à la mer. Oui mais non. Parce que tout le monde va vouloir aller passer une journée sur la plage. N’oublions pas que nous venons de pénétrer juillet et son lot de migrants franco-français. Ça signifie donc qu’il va y avoir du monde sur les routes. Qu’il va y avoir du monde dans les embouteillages qui seront plein de véhicules, principalement des voitures et avec la chaleur annoncée, ça ne va pas être une partie de plaisir. Alors, je ferais peut-être mieux d’aller passer ma journée ailleurs que sur des chemins qui ne sont pas de traverse.

Alors, au lieu d’un dimanche à la mer, comme j’ai déjà fait un dimanche à la mère, il y a quinze jours de ça, peut-être qu’un dimanche à la campagne, ça pourrait être la solution à cette question existentielle que je me suis posée tout samedi, hier : que vais-je faire de ce nouveau jour du Seigneur qui me tombe dessus, demain ? Ma foi, justement, tiens, si j’en profitais pour aller m’aérer l’esprit voire le corps ? Et j’ai réfléchi mais pas autant que le miroir de ma salle d’eau, à qui je fais un peu la gueule, il sait très bien pourquoi, lui et j’en suis arrivé à la conclusion suivante : je ne vais pas partir à la mer car il y aura trop de monde sur la route.

Mais partir à la campagne, même si c’est une bonne alternative, est-ce une bonne solution pour autant ? Pas sûr car où aller ? Aux hasards ? Je n’ai pas osé demander à Balthazar ce qu’il en pensait car je n’en connais aucun, de Balthazar, sinon, croyez-moi que je l’aurais fait. Il n’y a pas de honte à demander son chemin. Même s’il est de croix. Avec cette valse-hésitation, j’en étais toujours au même point : mort. Ça me faisait une belle jambe. Et contre aucune attente, j’ai fini par me décider d’aller à la campagne au bord de la mer. Et je suis parti à Biscarrosse pour rejoindre le patron, à la fois en pleine verdure mais si peu éloigné des plages.

07 juillet 2018

ces temps-ci, ces temps derniers

Tu vois, quand tu veux, Chouchou ? Ce matin, cette nuit, c’était presque parfait. Ça ne sera jamais parfait, ça ne peut pas et ne pourra jamais l’être, malgré toute la bonne volonté dont tu pourrais faire preuve mais c’était déjà nettement mieux que ces jours derniers… Ces jours derniers, ces temps derniers… C’est amusant, ça me rappelle quelque chose… Une chanson ? Je n’ai pas vu le temps passer, ces temps-ci, ces temps derniers… Un truc comme ça… Avec une belle répétition du mot « temps »… Ah oui, ça me revient… C’est un poème que j’ai écrit, attends un peu, que je ne dise pas de bêtises… En 1997, la dernière année avant l’histoire du Temps des Cerises. Je t’expliquerai, un jour. On n’a pas vraiment le temps, là, aujourd’hui. Mais d’ailleurs, il me semble bien que tu la connais l’histoire de ce canular. Je te rappelle que tu es mon double en mieux.

J’ai été un amateur de demi-teintes

qui déambula autour de la folie,

jamais hors de son atteinte

mais toujours en mélancolie.

Tu vois, Chouchou, on vieillit. De nous deux, surtout moi vu que toi, tu restes celui que j’aurais pu être mais aussi celui que j’ai été. On vieillit mais je crois que ça, c’est toujours vrai. Oui, c’est toujours d’actualité. Toujours un peu en mélancolie, c’est pour ça que je continue de dire beaucoup de bêtises comme d’autre s’enivrent : pour oublier. Que ces temps-ci, que ces temps derniers, que depuis presque toujours… Eh bien non, on ne se refait pas.

J’ai été l’esquisse d’un malfaiteur

qui voyagea au creux du désordre,

des mots toujours un peu racketteur,

et qui ne put jamais en démordre.

C’est amusant que ça me revienne comme ça, plus de vingt ans après… Non, tu as raison, je ne m’en souvenais pas si bien que ça pour ne pas dire pas du tout. Je viens juste d’aller fouiller dans mes archives car depuis le temps, le temps-ci, le temps dernier, beaucoup d’eau ont passé sous les ponts. Finalement, je crois que j’ai toujours été très lucide et que je me connaissais assez bien. Non, pour être totalement honnête, je connaissais plutôt bien celui que j’allais toujours être. On ne change pas une équipe qui gagne.

J’ai été le chat, j’ai été la souris,

où, dans un monde de ténèbres,

l’un pensait avoir de l’esprit

quand l’autre n’était que funèbre.

C’est drôle comme je peux avoir propension à me plaindre avant que de dire que je me sens bien. Comme si je devais toujours avoir quelque chose qui n’allait pas. Un peu comme une valeur refuge. Toi, tu as moins connu ça, voire pas du tout, vu que tu es tellement plus fort que moi pour tout affronter. Tu mesures plus que moi, tu es plus costaud physiquement et mentalement. C’est toi que j’aurais aimé être et que je ne serai jamais. Il était temps que je t’embauche car j’avais vraiment besoin d’un coup de main pour passer le cap qui va bientôt se présenter à moi. Je crois que nous vieillirons ensemble, il va falloir t’y faire.

J’ai été vivant dans un corps étranger,

ne faisant rien d’autre que vivre,

de ses amours, pauvre naufragé,

à la recherche de son bateau ivre.

Des ivresses de marin en goguette, j’en ai connues, j’en connais toujours et j’espère bien en connaître encore même si je mets moins souvent le pied à terre, depuis quelques temps, quelques temps-ci, quelques temps derniers. Quoique, quoique… Ouais, on ne va pas tout raconter, ici. Déjà, depuis que je t’ai embauché à mon service, je trouve que je me lâche plus qu’auparavant. Tu m’as contaminé avec ta belle gueule et son charme, des choses que j’avais perdues. Non, pas perdues : égarées. Par négligence.

J’ai inventé des histoires pour mentir,

qui se trouvent au musée de mon enfance,

mais il ne peut y avoir de repentir

pour ce qui est de mon inconscience.

Bon, nous sommes d’accord, Chouchou, tout ça, il va falloir le relire et se poser les vraies questions : qu’en faire ? Quoi faire ? Pour l’instant, rien. D’abord, établir un inventaire et ensuite, on avisera. Oui, je dis « on » car je vais te mettre à contribution. Je ne veux pas faire le tri tout seul. Après tout, puisque tu es là, autant tout faire ensemble. Peut-être même que quand je disparaîtrai, tu resteras la seule chose de moi qui subsistera. Je te nomme ma future mémoire vive pour quand je serai mort. Je suis très sérieux, là. Mais pas d’affolement, avant de mourir, il faudrait penser à la retraite. Au cap de non-espérance, celui des soixantièmes rugissants et tenter de les apprivoiser. Je crois qu’on a du pain sur la planche. Donc, on ne se tourne pas les pouces et on avance.