C'est écrit

16 juin 2019

la fête des paires

Aujourd’hui, c’est la fête des pères. Je ne sais pas comment je vais faire pour leur souhaiter vu que de tous mes pères, je n’en connais qu’un. Un seul, celui qui m’a accompagné depuis que je suis né. Les autres, je ne les ai jamais connus. Je ne sais même pas s’ils existent ni combien ils sont. Si ça se trouve, j’en ai plein mais je m’en fous, un seul a toujours compté pour moi. C’est mon papa et c’est le plus grand (ah bon ?) et le plus fort. En tout cas, c’est ce que je pensais réellement quand j’étais plus petit que lui (en taille et forcément, en âge) et voilà. Alors, moi, aujourd’hui, je ne vais souhaiter sa fête qu’à un seul père, le mien. Et je ne parlerai plus que de la fête du père. Les autres, je m’en fous.

Après, si on veut vraiment que je célèbre cette fête des pères, pour moi, c’est tout vu, ça sera la fête des paires. Des paires de quoi ? Je vous vois venir avec vos gros sabots qui se moquent de la charité bien ordonnée ! Non, je ne parlerai pas de certaines choses qui sont en dessous de la ceinture et au-dessus de la jarretière. Je vais souhaiter une bonne fête des paires aux chaussures qui m’appartiennent et j’espère que les autres en feront autant avec les leurs. Je souhaite une bonne fête des paires aux claques qui se perdent. Bien sûr, je n’oublie pas de dire bonne fête aux paires de lunettes que je regarde dans le blanc des yeux. Et à mes vieilles paires de skis disparues, oubliées.

Je souhaite une bonne fête des paires aux ciseaux même à ceux qui ont l’habitude de souvent couper les cheveux en quatre. Je pense également à la fête des paires de jumelles. Je ne voudrais pas qu’ils pensent que je les ai relégués dans un trou de ma mémoire, alors bonne fête des paires à mes gants, on se retrouvera l’hiver prochain, promis, juré, craché. Et une excellente fête des paires à mes couilles. Ah zut ! J’avais pourtant dit que je ne la ferais pas, celle-ci. Qui m’a poussé à la sortir malgré moi ? Ce n’est franchement pas malin. Je vais passer pour qui, après, moi ? Vite, un dernier pour faire passer le précédent… Bonne fête des paires aux soliflores, tiens. Celle-là, elle est imparable.  


15 juin 2019

retrouver le chemin d’avant, en fin de nuit

Cette nuit, enfin non, au petit matin, à 5h, juste avant que le jour se lève, juste avant qu’un nouveau jour se lève, je suis sorti de l’appartement, je me suis dirigé vers le parking de la résidence et je me suis installé au volant de ma voiture. Elle dormait bien, elle, vu que depuis près de trois mois, elle fait ses nuits complètes, elle n’a plus à se mettre en route à 2h15 de la nuit. Elle dormait bien et elle a sursauté, comme toujours, en clignotant de partout mais elle est bien dressée, dès qu’elle me voit arriver, dès que je me monte en elle, elle est opérationnelle et elle a démarré du premier coup sans trop savoir où nous allions nous rendre, elle et moi, à une heure soudainement aussi matinale.

Et puis nous sommes partis et nous avons tous les deux repensés à ce nombre incalculable de fois où nous avons fait ce trajet, dans un sens, pendant la nuit et dans l’autre, en fin de matinée. Et le nombre de fois où je me suis dit que ça devenait impossible, que je ne le supportais plus jusqu’à ce que je me décide à ce que l’impossible se réalise. Et une fois que j’étais sûr de moi, j’ai tout fait pour que ces choses-là s’arrêtent. Et elles ont fini par s’arrêter et j’en suis heureux même si ça m’a mis dans une situation un peu moins confortable, financièrement parlant. Mais plaie d’argent n’étant pas mortelle, comme on dit, je me suis dit que ça ne me ferait pas de mal de vivre pleinement mes nuits.

Mais pas ce matin. Non, cette fois, je suis retourné à mon travail, à mon ex-travail. Je suis allé voir mon ex. Ça avait un parfum plaisant car je savais que ce n’était que pour un coup. Que pour une fois. C’est une exception qui confirme la règle et ma voiture n’a pas été plus contente que moi d’arriver sur le parking qui sent le poisson mort. Mais elle m’a patiemment attendu quand je suis allé chercher ma commande, la payer et parler avec quelques ex-collègues. Je n’y suis resté qu’une vingtaine de minutes car je ne me sentais pas spécialement à ma place. J’étais un visiteur mais légèrement intrus. Enfin, en tout cas, à mes yeux. Et puis, enfin, nous sommes rentrés chez nous, ma voiture et moi.

14 juin 2019

juste un moment tranquille

Après plus d’une heure quarante au téléphone avec elle, j’étais heureux et satisfait. Outre le plaisir de l’avoir retrouvée, enfin, j’ai eu le sentiment du devoir accompli, c’était assez étrange. C’est vrai, parler de devoir alors qu’il était question de retrouvailles après plus de vingt ans, c’est un peu antinomique (mais pas anti-Monique) mais c’est un mot qui m’est venu à l’esprit. Parce que, elle, elle est un peu l’incarnation du devoir, de la droiture et de l’exigence. Et pourtant, cette fois, nous nous sommes (enfin) parlé à cœurs plus ouverts. Toute la pudeur qui nous habitait, jadis et naguère, semblait avoir disparu au profit d’une complicité plus nette. On n’aurait jamais pu imaginer que ce silence de plus de vingt ans existât entre nous.

Waow, je viens de placer un imparfait du subjonctif. Dès le matin. Je ne sais pas ce qui m’arrive. Sans doute l’effet kiss-cool de la soirée d’hier, chez notre voisine Gisèle (70 ans) et son fils Xavier (environ 42 ans), une soirée amicale, plaisante et intéressante. J’ai passé un excellent moment en petit comité de gens de bonne compagnie, dont la mienne. J’ai appris plein de choses sur les vins et les alcools et comme je suis toujours curieux, j’ai évidemment retenu des anecdotes, des informations telles que celle des vins rosés ou des champagnes. Oui, je suis sûr que vous aussi, vous qui me lisez, ça vous aurait captivé. Je n’ai pas envie d’en parler, là, à l’instant précis et c’est dommage car c’était vraiment bien. On verra une autre fois. Peut-être.

Là, j’ai juste besoin (de rien) ou envie (de toi) de passer un moment tranquille. Je me suis couché très tard et la journée va être bien occupée. Un peu comme si elle inaugurait une dizaine de jours de folie. Une dizaine de jours à venir comme pour des promotions gigantesques : tout le monde sur le pont car ça ne va pas arrêter, ça va être du non-stop jusqu’au 24 juin. Ça me plaît et ça me tourne un peu la tête à l’avance. Il va falloir que j’assure et que je tienne le coup. Et des moments de calme, des moments où je pourrai me retrouver un peu seul, comme chaque matin vont alors être encore plus précieux. Ça fait partie de mon carburant pour passer des journées correctes à défaut d’être toujours bonnes. Alors, là, j’ai juste envie d’en profiter un peu.

13 juin 2019

moi, finalement, j’en suis revenu

Finalement, on en parle, on en parle mais moi, j’en suis revenu et même assez vite revenu. Il n’y avait aucune raison que j’y passe plus de temps que ça. Et finalement, une fois rentré chez moi, je me suis dit que j’étais le champion du monde du voyage éclair. Parti très tôt le matin, 6h25 pour poser mes chaussures chez moi à 17h20, ça fait un road trip de 11h. Ce n’était donc pas la peine de que je fasse une valise pour si peu. Pour si peu de temps, principalement. Je n’ai pas eu besoin de me changer entre hier matin et hier après-midi, j’ai donc eu bien raison de partir légèrement, avec juste mes papiers et un bouquin pour occuper les temps d’attente. Les temps de transit. Les correspondances. Parce que c’est là où on en perd le plus, du temps. Et on le sait tous très bien que le temps perdu ne se rattrape guère, que le temps perdu ne se rattrape plus.

Alors, la réponse à l’énigme pas si difficile que ça, d’hier, c’est Toulouse, évidemment. J’aurais pu donner des indices bien plus compliqués mais je n’ai pas voulu décourager les rares participants. Déjà que je n’ai pas beaucoup de lecteurs et trices mais en plus, comme on sait qu’il y a moins de 50% de gens qui participent à quelque concours que ce soit, ça veut dire que… Je pose 7 et je retiens 1… Ça veut dire qu’au mieux, je pouvais prétendre à 2 réponses mais je n’en ai eu aucune. J’ose espérer que ça n’est pas par découragement mais juste pas pure abstention non intentionnelle. Pas comme pour des élections ou là, ça me semble tout à fait relever d’une volonté de ne pas y aller. Ou alors, je me trompe sur celles et ceux qui me lisent. Et probablement que je ne connais pas mon prochain autant que moi-même. Quant à l’aimer, on peut se demander aussi.

Les indices étaient donc les suivants : La Traviata de Verdi est un opéra qui raconte l’histoire de Violetta Valery (la Dame aux Camélias) et la violette est la fleur emblématique de Toulouse. On n’attache pas son chien avec des saucisses, dit-on au Québec. Saucisse de Toulouse. « Je revois ton pavé, Ô ma cité gasconne, ton trottoir éventré sur les tuyaux de gaz… » chante Claude Nougaro dans Toulouse. Et les derniers, en rafale : la couleur rose (bonbon), La Garonne (fleuve majestueux), le Capitole (et ses oies) et l’église des Jacobins sont autant de symboles de cette ville qui n’est pas Bordeaux. Et toc, en cinq mots, j’ai relancé la rivalité polémiste entre ces deux villes du Sud-Ouest. Quoiqu’il en soit, j’ai beau être un sirop de la rue, j’ai beau aimer partir en vadrouille, j’aime aussi beaucoup revenir chez moi et m’y sentir bien. C’est cool, ça.

12 juin 2019

trois indices pour savoir où je suis

Aujourd’hui, je ne suis pas là. Et pour ne pas faire un trou dans la séquence de publication de mes billets, j’ai écrit celui-ci hier, l’aujourd’hui de la veille et lendemain du jour concerné. J’aime bien écrire des choses apparemment embrouillées, moi, de temps en temps, je ne m’en lasse jamais. Bref, je ne suis pas là mais je n’allais pas laisser un jour sans billet dans mon blog quotidien. Parce que sinon, c’est le début du je-m’en-foutisme et je n’aimerais pas me retrouver dans cette situation-là.

Je ne suis pas là mais je ne vais pas dévoiler où je suis parti. On peut d’ores et déjà éliminer plusieurs pistes : je ne suis pas parti sans laisser d’adresse ; je ne suis pas parti aux putes ; je ne suis pas parti comme un voleur ; je ne suis pas parti politique ; je ne suis pas parti pour ne pas affronter les problèmes puisque de toute façon, il n’y en a pas, à ce que je sache, du moins, hier, ce qui est devenu l’aujourd’hui de la veille. J’aime bien la faire celle-là… Ah bon, vous le saviez déjà ? Je me répète ?

Et pour vous permettre de savoir où je suis parti, je vais vous donner trois indices. Mais attention, ce ne sont pas des indices comme on en a dans les questions des émissions télévisées pour faire gagner plusieurs milliers d’euros. D’abord parce que, avec moi, il n’y a aucun euro à gagner mais ensuite, si c’est pour vous demander la couleur du cheval blanc de Louis XVI, je ne vois pas l’intérêt de… Pardon, c’est celui d’Henri IV ? Ah non, ça ne va pas recommencer, hein ? À qui il est le cheval blanc, alors ?

Premier indice, c’est de circonstance en cette semaine de prise d’abonnements au Grand Théâtre de Bordeaux, c’est en rapport avec la Traviata de Verdi et qui connaît l’histoire de ce bel opéra aura fait un grand pas vers la résolution de l’énigme. On n’attache pas son chien avec mon deuxième indice quand il est au pluriel, d’après un dicton québécois. Et pour mon troisième indice, n’oubliez jamais celui qui parle d’un trottoir éventré après avoir revu ses pavés.  Ah, c’est dur, hein ? Oui, je sais.

J’aurais pu vous parler de bonbons, d’un fleuve majestueux, d'oies et de certains jacobins mais je préfère ne pas le faire car ça va vous mettre trop de puces à l’oreille. Et puis, ce n’est pas comme si je voulais que vous trouviez tout de suite. Et ce n’est pas non plus comme si je ne voulais pas que vous trouviez. Donc voilà, à l’heure de la publication de ce billet, vers 6h30, demain matin, soit ce matin, en réalité, je serai juste parti de chez moi mais pas encore arrivé là-bas.


11 juin 2019

se concentrer pour ne pas se disperser

Quand je ne suis pas plus inspiré que ça pour écrire et surtout, quand je m’y prends un peu tard dans la journée (aujourd’hui, je commence d’écrire à 16h11, l’heure du goûter, pas celle de noircir des pages blanches !), j’ai un mal fou à me concentrer sur les minimum trois paragraphes que je me dois (que je me doigt ?) de faire par jour. Oui, parce que trois, je ne peux pas faire moins. Sinon, ça fait un peu branleur. Ou fumiste. Même si je préfère être un branleur qu’un fumiste. Et pourtant, on m’a réellement traité de fumiste, quand j’étais au collège, une prof de maths que je n’ai jamais aimée et qui m’avait dans le nez. Vous savez, le genre à vous faire mal là où ça fait mal, justement. Et elle, elle m’avait tiré les cheveux au niveau des oreilles, sur les tempes. Je l’ai détestée. Et je ne l’ai jamais oubliée. Si ça se trouve, elle est morte, désormais et c’est bien fait pour elle.

Mais on ne m’a jamais traité de branleur. Peut-être parce que je n’aime pas étaler ma vie privée en public alors que j’aime bien l’inverse : parler de ma vie publique en privé. Pas sous forme de confidences sur l’oreiller, non mais à table, en marchant ou simplement, au téléphone, par exemple. Et mon seul problème, si j’en reviens au sujet du jour, c’est que quand je m’y prends tard, comme aujourd’hui, alors qu’il est déjà 16h14 (l’heure du goûter, vous le savez déjà mais c’est parce que j’ai vraiment faim), c’est de trouver une idée à développer et me concentrer dessus. Et là, le bât blesse. Alors que ce serait mieux que le bât blabla. Ça ne veut rien dire mais ça remplit une ligne de plus pour le deuxième paragraphe et ouf, il ne m’en reste bientôt plus qu’un à écrire. Il faut juste que j’arrive à terminer celui-ci en beauté. Et si je n’y arrive pas, tant pis.

Bon, je n’y suis pas arrivé, vous vous en êtes rendu compte mais ça ne fait rien, l’essentiel, c’est d’avoir participé pour avoir ni remords, ni regrets, ni larmes, au revoir. Ça, c’est pour ceux qui connaissent la chanson. J’en connais au moins un. Et donc, je disais que le plus dur, quand je suis dans l’urgence, chez moi, c’est d’arriver à me concentrer et là, aujourd’hui, je ne suis pas certain que je vais réussir ce défi. Après, si j’échoue, genou, hibou, pou, caillou, je ne pourrai m’en prendre qu’à moi et il va de soi que je n’accepterai aucune réclamation de mes rares lecteurs et trices. Je veux bien être responsable mais je ne suis pas coupable. Ou alors, je veux bien être coupable mais pas responsable. Ou encore, je veux bien être rescoupable, à l’extrême rigueur mais vous savez combien je n’aime pas les extrêmes et ce n’est pas aujourd’hui que ça va changer.

10 juin 2019

ça ne sentirait pas un peu fort la banane, là ?

Ça ne sentirait pas un peu fort la banane, là ? Bon, d’accord, je sais que malgré l’heure (14h45), je n’ai pas encore pris ma douche mais je porte un slip et un bermuda en jeans par-dessus alors, ça ne peut pas venir de moi. Je sais, c’est de l’humour douteux mais là, j’en ai assez, depuis 11h, ce matin, je suis en cuisine, pour le repas de ce midi (déjà disparu), pour le gâteau au citron que je voulais faire pour le président, le plat avec des boulettes de bœuf maison aux coquillettes que j’ai fait d’avance pour dans la semaine, la canard caramélisé à la carotte et au chou blanc (c’est idiot, ce ne sont plus vraiment des légumes de saison !), la salade avocats-pomelos-kiki pour ce soir et le banana bread pour le patron et autant de vaisselles successives que de plats préparés sans oublier que tourne le lave-vaiss…

Ah mais c’est ça ! Bon sang mais c’est bien sûr !  C’est le banana bread pour le patron qui sent fort la banane ! Je savais bien que ça ne pouvait pas venir de moi ! Et c’est pour ça que je mets plein de points d’exclamation dans les premières phrases de ce paragraphe ! Alors que d’habitude, je n’en utilise pas beaucoup, il faut le reconnaître… Bon, oui, c’est vrai et en plus, comme je le trouvais encore pâteux, quand j’ai plongé la lame d’un couteau dedans, tout à l’heure, je viens de le remettre dans le four mais je l’ai éteint, auparavant, pour cuise encore un peu sans cramer. C’est vraiment un peu fort, cette odeur. En même temps, quand on fait un cake à la banane, ça ne peut pas sentir la rose, comme on dit. Sauf si on met de l’eau de rose dedans mais je ne suis pas sûr que ça se marie bien, à vrai dire.

Quand j’étais au plus fort de mes préparations, alors que j’avais déjà le banana bread au four et que le gâteau au citron attendait son tour, j’ai préparé ma julienne de légumes pour le canard caramélisé et je ne trouvais plus mes deux magrets. J’ai eu un coup de chaud comme une préparation pâtissière qui va au four mais j’en ai trouvé un dans un coin de mon plan de travail et l’autre dans un autre coin du même plan de travail. Et je me suis que, quand même, les choses étaient vachement bien faites. Parce que deux magrets dans deux coins, ça fait coin-coin et pour du canard, c’est tellement normal. Ça n’empêche pas que ça sent toujours fort la banane. Et ce ne sont pas les dattes (que j’ai oublié de dénoyauter, bah, tant pis…) et les morceaux de coco qui vont atténuer l’odeur puisque des bananes, j’en ai mis cinq entières et des bien mûres.

09 juin 2019

un dimanche pour rien

Je n’aime pas trop gâcher, du moins, j’essaie de le faire de moins en moins. Le moins possible. Parce que c’est vrai que fut un temps où j’ai bien gaspillé, comme tout un chacun. Parce qu’on ne se posait pas vraiment la question. Mais avec ce temps qui va et qui fait que tout s’en va, on réalise qu’on a été bien léger, bien laxiste, bien insouciant. L’insouciance est un apanage de la jeunesse. Je suis passé par là mais je n’y repasserai plus vraiment.

Maintenant que j’ai plus, nettement plus de temps libre, outre le fait que je cours beaucoup comme pour m’étourdir et surtout, ne pas tomber dans une espèce d’oisiveté qui ne serait pas bonne pour moi, j’ai changé certaines habitudes et inverser quelques routines. Mine de rien, ça permet de faire comme s’il y avait beaucoup de nouvelles choses qui me permettent de supporter ce qui serait vite devenu une espèce de fardeau.

Par exemple, je me suis mis à cuisiner le matin au lieu de l’après-midi. C’est vrai qu’auparavant, je n’avais pas le choix vu que je travaillais la nuit et le matin. Mais là, je fais mes préparations d’assez bonne heure pour avoir l’esprit tranquille et mes après-midis réellement libres. Comme si j’étais à mi-temps. Comme si le temps était ma moitié d’orange. Pffft ! Comme si elle pouvait existait, ma moitié d’orange, hein, franchement ?

Oui, ce matin, j’ai tendance à désabuser un peu. Parce que je trouve que pour un dimanche, découvrir la terrasse encore plein de la pluie de la nuit, voir des nuages clairs mais nombreux dans le ciel, penser qu’il ne fait pas si chaud que ça, me rendre compte que le film que j’aurais aimé aller voir dure 2h12 et que je trouve ça trop long, ne pas avoir franchement d’idées pour écrire, ça fait comme si j’allais perdre mon temps à rien.

Et perdre son temps, comme l’a recherché Marcel Proust, souvent ça ne se rattrape plus, comme le chantait Barbara. Alors ma foi, tant pis, je baisse les armes et je me rends. Aujourd’hui sera un jour mou, un jour sans, un jour de peu. Je ne vais probablement pas sortir. Je ne ferai pas mes dix mille pas minimum. Je suis en RTT, en mode relâche, comme le lundi, au théâtre. Quand je vous le dis, ça fera un dimanche pour rien. Du gâchis, mais tant pis.

08 juin 2019

avant l’heure, ce n’est toujours pas l’heure

Je le sais bien qu’avant l’heure, ce n’est pas encore l’heure mais que voulez-vous que j’y fasse, ce n’est pas ma faute si je me lève tôt voire trop tôt, je suis programmé pour être du matin et je ne comprends pas pourquoi tout le monde n’est pas comme moi. Non pas que j’aime particulièrement l’uniformité mais sur ce point-là, ça serait mieux que tout le monde suive mon exemple. d’une part, ça limiterait le nombre de noctambules alcoolisés qui viennent emmerder les braves gens qui dorment en rentrant chez eux en s’engueulant comme s’ils étaient seuls au monde et d’autre part, ça me permettrait de ne pas attendre bêtement que dix heures sonnent pour que la vie bordelaise se mette en branle.

Parce que là, c’est vrai que j’attends bêtement. Parce que, je le sais bien, avant l’heure, ce n’est pas l’heure. En tout cas pour le reste du monde. À part moi. Et tout à l’heure, j’aurai tout à faire en même temps : aller promener les chiens même si on n’est pas dimanche. Aller faire deux ou trois courses pour le patron et une pour le président, en particulier, trouver un caviste qui sera ouvert pour y acheter une bouteille de vin. Rien qu’une. Et en parallèle, je dois aller chercher le pain que j’ai réservé à ma boulangère, hier. Mais pas avant dix heures, là encore. Sauf que là, c’est ma faute, c’est moi qui lui ai donné cet horaire-là sans avoir réfléchi. Il peut m’arriver de faire mon gilet jaune à mes heures perdues.

Je le sais depuis la nuit de temps qu’avant l’heure, ce n’est toujours pas l’heure mais moi, je suis toujours en avance sur mon temps tout en ne voulant pas avancer dans ma vie. Je dois gérer certains paradoxes que même la thérapie chez un psy, qu’il soit chologue, chiatre ou thérapeute ne pourra jamais faire sauter. Je saute de paradoxe en paradoxe comme Tarzan de liane en liane. C’est mon seul point commun avec lui, d’ailleurs. Mais ce n’est pas le sujet du jour. Le sujet du jour, puisqu’on parle de lui (comme par hasard !), c’est que là, j’attends que passe le temps pour pouvoir vaquer à mes occupations plus domestiques que de loisirs et tant que je ne les aurai pas réalisées, je ne pourrai m’octroyer aucune pause.

07 juin 2019

comme si toute éventualité de bleu était devenue interdite

Je suis un privilégié, j’ai la chance incommensurable de pouvoir apprécier les levers de jour, chaque matin car, en général, de nous deux, entre le jour et moi, je suis toujours le premier debout, même en été ou à son approche. Et ce que j’aime, c’est avoir le temps d’en profiter mais aussi, de goûter des plaisirs différents à chaque fois car, contrairement à ce qu’on dit, les jours se suivent mais ne se ressemblent jamais. Et là, en ce vendredi 7 juin 2019 à 6h30, c’est exactement ça qui est en train de se produire : un début de matinée comme je n’en ai pas vu souvent. Là, tout est entre gris clair, gris foncé et noir. Tout semble lourd et il pleut. Et pourtant, et pourtant, et pourtant, ça ne me dérange pas, bien au contraire, ça me plairait même encore plus que d’habitude tant je me sens bien depuis chez moi, à regarder par la fenêtre.

Hier soir, on nous a alertés : risques de vents forts, de pluies encore et toujours importantes comme si celles d’avant-hier n’avaient pas suffi à nous laver de tous nos soupçons. Et ce matin, je sais que ça va durer encore quelques heures avant qu’une éclaircie réelle, ce qu’on appelle une embellie, ne fasse son éventuelle apparition. Mais ce matin, je m’en fous tant le spectacle est magnifique, dehors pendant que je suis encore un peu groggy de ma nuit de sommeil et pendant que je suis protégé, tranquille, bien à l’abri, chez moi. J’admire le spectacle que m’offrent les cieux, ces cieux tourmentés, passant des nuages bien dessinés, massifs à d’autres, plus esquissés, plus entremêlés. Passant du pas très clair au très foncé. Un peu comme si le jour avait décidé de faire grasse matinée et de rester couché. Comme si c’était un tire-au-flanc.

Oh non, vues les couleurs dramatiques du ciel, ce matin, le jour est loin de s’être fait porter pâle. Il est à l’opposé de toute lividité et de toute fadeur. Il est violemment ténébreux et j’aime tous les contrastes qu’il offre à mes regards et à ce que j’ai d’intime. Loin de toute pâleur. Debout, c’est l’heure ! Non, ça n’est pas l’heure, ça pourrait ne plus jamais être l’heure. Et là, même d’imaginer que peut-être, désormais, peut-être que toute éventualité de bleu était devenue interdite, même cette idée-là ne m’effraie pas. Pour être totalement franc, je pense que j’aurais même aimé aller me vautrer dans ces amas de nuages sombres et me rouler dedans. J’y aurais certainement rencontré les esprits des poètes et des peintres qui sont les seuls à pouvoir comprendre tout ça. Quelle chance j’ai de pouvoir assister à tout ça, dès tôt le matin.