Quand j’ai ouvert la porte du four, j’ai demandé comment ça allait, au gâteau qui était en train de cuire : « Je suis débordé » m’a-t-il répondu, comme ça, l’air de rien. Non, pas vraiment l’air de rien puisque ce qu’il venait de me dire, ce n’était jamais que la vérité la plus nue. Car en effet, il était plus que débordé, il était débordant. Il débordait de partout. De chaque côté du moule à cake. « Forcément, je devais être un gâteau à la rhubarbe, tous ceux que vous avez fait jusqu’à maintenant, c’était dans des moules à manqué mais là, je ne sais pas pourquoi, vous m’avez mis à cuire dans un moule à cake. »

Il n’avait pas tort. Et même mieux que ça, il avait tout à fait raison. Pour d’obscures raisons, j’avais préféré le mettre au four dans un moule à cake car j’avais dû penser que ça serait plus facile de le couper en tranches. Ce qui n’est pas faux. Et comme je préparais aussi un banana bread pour le patron et comme j’ai deux moules à cake, je me suis dit, je vais faire d’une pierre deux coups. Mal m’en a pris puisque le récipient était trop petit pour l’appareil que j’avais préparé. Je m’en suis vaguement douté quand j’ai vidé le bol de mon robot dans le plat et que j’arrivais presque au bord mais j’ai compté sur une bonne étoile.

Une étoile un jour de brouillard, c’est être inconsidérément et inconsciemment optimiste, ce qui ne me ressemble pas, en temps normal. Je pense que c’est surtout que j’ai présumé de mes forces et que j’ai balancé la patate chaude au gâteau en me disant : maintenant, je m’en lave les mains. Sauf qu’à la fin de sa cuisson, qui a évidemment été plus longue que prévue, mon four était tout à fait sali de tous ces débordements, de toutes ces incontinences de pâte tombée du moule, débordée de son plat. Alors, après déjeuner, j’ai été de corvée de nettoyage des grilles et j’ai raclé délicatement le fond du four avant de lancer la pyrolyse. Ça m’apprendra.