Quelle étonnante mais plaisante aventure que celle d’hier après-midi, alors que j’ai retrouvé le patron et Claude en ville. Ils devaient se rendre rue Voltaire pour voir des chaussons et je me suis dit que je pouvais venir les saluer en faisant comme si je les croisais par hasard dans la rue. Tiens, vous ici, quel heureux hasard ! Justement, j’avais un livre pour toi, patron et je vais vous rendre la lampe de poche de Claude, je n’ai pas réussi à l’ouvrir pour changer les piles. J’ai peur qu’elle ne se casse. Hélas, je me demande s’il ne vaudrait pas mieux en acheter une neuve, je sais c’est idiot mais bon, c’est comme ça, maintenant. Vous allez où ? Rue Voltaire ? Je vous accompagne, c’est juste à côté. Et après je rentrerai chez moi pour faire la sieste.

Finalement, je suis entré avec eux dans le magasin en question. Cendrillon. Un nom tout à fait à propos pour un marchand de chaussons. On va dire comme ça. Parce que, à ce que je sache, Cendrillon, c’est sa chaussure de bal qu’elle a perdue, pas une pantoufle. Mais on ne va pas refaire le match un samedi aussi froid qu’aujourd’hui. Bref, je suis entré avec eux et là, j’ai vu une quantité de chaussons… Des chaussons comme je n’en avais jamais vus : pour homme, pour femme, des fourrés, des charentaises, d’autres en forme de chaussures de ville… De toutes les couleurs, de toutes les matières (c’est la ouate que je préfère, oui, aussi) et de toutes les fantaisies pour certains. Un magasin plutôt réservé aux têtes blanches mais justement, ça tombait bien.

Le patron a demandé à Claude ce qui lui faudrait et il s’est chargé de lui trouver le chausson adéquat. D’une patience, d’un professionnalisme, d’une délicatesse infinie quand il lui passait chaque modèle à son pied, il a assez rapidement trouvé celui qui lui allait comme un gant. Des chaussons en forme de mocassins gris. De véritables chaussures d’intérieur. Ce fut un bonheur absolu d’écouter ce monsieur vendre ses produits. Et utiliser des termes techniques qui ont chanté à mon oreille : empeigne, tige, embauchoir, alcantara, claque… J’ai eu l’impression de faire partie d’un documentaire pas du tout ennuyeux, bien au contraire. J’ai pris mon pied pendant que Claude essayait différents modèles de chaussons. Moi, je dis que Cendrillon, pour les amateurs (nantis, certes), c’est une excellente adresse à Bordeaux.