Mais dites donc, je me demande, là, où vont-ils donc mourir, les syndicalistes, quand ils sont au bout de leur vie ? Je n’ai jamais entendu parler de leur fin de vie.

C’est vrai ça, quand ils sont en retraite après une vie professionnelle bien remplie, que deviennent donc les syndicalistes ? Je les imagine ne plus trop s’impliquer dans la vie revendicative car après tout, une fois qu’ils ne sont plus censés travailler, à quoi bon les imaginer faire grève ? Ça n’aurait plus grand intérêt, même en tant que pensionnés de la Caisse Vieillesse. Ils n’auraient plus aucun moyen de pression pour ne pas faire passer une loi ou la faire sauter. Du coup, je suppose qu’ils doivent souvent ronger leur frein car on ne peut pas oublier du jour au lendemain qu’on a toujours été systématiquement contre tout et tout accepter, comme ça, de but en blanc.

Ou alors, j’en imagine, au bout d’un certain temps d’inactivité, ayant vieilli plus vite que bien d’autres, ceux qui sont capables de s’intéresser à autre chose, à faire du bénévolat (travailler gratuitement ? Quelle honte, quelle infamie pour un ancien syndicaliste !), ils sont alors obligés d’aller dans des maisons de retraite. Et là, deux choix s’offrent à eux : un endroit comme les autres, ouverts à tout le monde, à partir du moment où on a les moyens ou un lieu réservé aux anciens de la revendication. Un refuge où ils pourraient parler du bon vieux temps, des bonnes vieilles manifestations, des nombreux bras de fer avec et contre tous les gouvernements qu’ils ont connus.

En revanche, pour ceux qui iraient dans une maison de retraite comme les autres, je les vois bien, tiens, contester pour un oui ou pour un non. Débrancher la télévision quand ils ne sont pas d’accord sur une règle qu’on leur demande d’appliquer. Débrancher la télévision et bien cacher la prise. Comme si elle faisait grève. Ou alors, mettre des pneus devant les portes du bâtiment et les grilles du jardin pour empêcher les gens d’entrer ou de sortir. Et les brûler, ces pneus. Après tout, il en faut pas perdre ses bonnes habitudes de pollueur. Non, je crois qu’il vaut mieux que je ne pense pas à tout ça, ça va encore m’énerver. Je n’ai pas besoin de ça, en ce moment.  

Pour répondre à la question : ils vont mourir au cimetière des protestataires et des contestataires réunis. Mais tout le monde ne peut pas y entrer. Ou ne veut pas y entrer.