Peut-être parce qu’on l’oublie facilement quand on l’a connu mais qu’on vit en ville, peut-être parce qu’on ne l’a jamais connu, pour ceux qui n’ont jamais eu cette chance de savoir ce que c’était, mais je peux vous dire que le partage de la culture, des fruits de la culture, c’est quelque chose qui me plaît et qui m’a même ému, hier matin, alors que nous étions chez mes parents, dernière étape avant le retour définitif à Bordeaux après ces vacances légèrement écourtées pour cause de temps mitigé et d’envie de revenir chez soir puisque tous les autres étaient déjà partis. En nous laissant seuls avec les bourrasques de vent, pourtant agréables à se prendre en plein corps, quand on marche sur le Remblai et avec les ondées comme des giboulées hors de propos en cette saison. Mais en tout cas, pas assez de soleil pour avoir envie de continuer ainsi.

Je disais donc qu’hier matin, avec mon père, nous avons partagé les fruits de la culture et j’ai ressenti une émotion qui m’a pris par surprise. De le voir ainsi, agenouillé, en train de me couper des brins de ciboulette, quelques tiges de persil, des branches de thym et de me rapporter des blettes encore pleines de terre et de me dire de prendre des tomates si bonnes, si peu calibrées, pas forcément très jolies mais quand on y a goûté, c’est si difficile d’en acheter ailleurs car leur goût est incomparable, leur goût et leur texture… Et c’est sans compter que la veille, nous avions déjà eu du laurier et des petites pêches de chez ma tante Nicolle. Rien que des produits sains et naturels, dont on connaît la provenance. Et les noisettes de mon père… et de ma mère, mais c’est plus drôle de parler de celles de mon père… parce qu’on a toujours un peu l’esprit mal tourné et parce que ça fait rire.

Tout ça, ça m’émeut, en cette année 2015, en ce début du vingt-et-unième siècle, on peut encore s’émerveiller de ce qui sort de notre bonne vieille terre, de ce qui a été planté ou semé par des mains connues et aimées et que ses mains appartiennent à des esprits qui ont encore le sens du partage. Et le sens du don. Ces fruits et ces légumes, ce sont les fruits d’un labeur que tant de gens méconnaissent, aujourd’hui… certaines tomates ont des marques noires qu’il faudra enlever ; certaines pêches ont commencé à pourrir et il faudra retirer ces parties-là au moment de les manger ; la peau de l’énorme courgette est un peu épaisse mais il suffit de l’éplucher… Les blettes finiront dans une poêle dès ce soir avec quelques œufs battus, ce sera un régal comme pour un repas princier. J’ai des plaisirs simples parce que je connais un peu la valeur et la saveur des bonnes choses. Celles qui sortent de la terre. Et qui font l’objet d’un partage dont je suis fier.