Ce n’est pas vraiment que c’est trop triste et que je n’arrive pas à me contenir mais je ne fais que pleurer. Comme si un grand malheur m’était tombé sur le coin de la figure. Sur la tête. Comme si je vivais un grand chagrin d’amour. À mon âge…

Non, si je ne fais que pleurer, c’est bien à cause de ce salopard d’allium cepa. Et encore, je dis salopard au singulier alors qu’ils sont nombreux. Souvent, il est tout seul et nous sommes face à face mais parfois, ils sont plusieurs et alors là, autant vous dire que le combat est inégal, je ne suis pas assez fort pour contrecarrer leurs assauts.

Oui, parce que, en dehors de leur défaut principal, d’être sans cœur et de me faire tout le temps pleurer, les oignons ont des avantages certains et sont très bons pour la santé. Alors, j’en achète et j’en consomme régulièrement, des crus ou des cuits, peu m’importe mais c’est toujours selon la recette. Et c’est quand même ce qui me fait le plus pleurer, actuellement. Sauf quand je perds un ami ou que je regarde un film un peu mélodramatique au cinéma.

Alors ce matin, en ce dimanche de journée du Patrimoine, je voudrais vous présenter quelques façons reconnues pour ne plus pleurer quand on épluche un oignon. La première, c’est de glisser l’oignon et le couteau dans un sac en plastique, évidemment transparent et de faire ce qu’il faut les mains dans le sac. Ce qui n’est pas si pratique que ça et en plus, il faut bien sûr prendre un sac assez grand sinon, c’est encore plus difficile. Limite aussi dur qu’une épreuve de Fort Boyard.

Une autre méthode, proche elle aussi d’une épreuve de ce jeu télévisé, c’est de garder une gorgée d’eau dans la bouche sans l’avaler pendant tout l’épluchage et la coupe de l’oignon. Mais ça veut dire qu’on ne peut pas respirer et donc, à la fin, on risque d’être mort mais au moins, on n’aurait pas pleuré. On dit aussi que si on place les oignons au réfrigérateur, ça ralentit l’évaporation du soufre mais je doute que cette méthode soit efficace, je conserve toujours mes oignons au réfrigérateur et je pleure quand même à chaque fois. Sauf que je pleure froid.

Un moyen peu écologique et pas économique, c’est d’éplucher l’oignon sous un robinet au-dessus de l’évier car ainsi, l’acide se forme avec l’eau qui coule au lieu de celle de nos yeux. Mais je ne sais pas pourquoi, je n’y crois guère. On peut aussi se mettre sous une hotte aspirante afin de faire dévier le gaz qui s’échappe du bulbe. Et attention, pas d’allusion salace avec le bulbe et le gaz, non, comme on est dimanche, on sait se tenir. Que diable !

Autre épreuve de dextérité pas facile pour tout le monde : piquer une boulette de mie de pain au bout du couteau. Mais là, je défie quiconque de bien éplucher l’oignon avec un tel handicap. Après, on peut aussi maintenir une allumette non utilisée dans la bouche, le soufre de cette dernière protègera vos yeux mais attention à ne pas fumer en même temps, sinon… surtout si l’oignon pète en même temps, on ne pourra alors jurer de rien. Zut, j’avais pourtant bien dit de ne pas faire dans le prout. Encore raté.