Je suis un serial méchant. Quand je suis au milieu de mes cons génères, j’aime bien leur faire des saloperies mais attention, seulement de façon sournoise parce que je ne veux pas qu’on sache que ça vient de moi, bête et méchant mais pas téméraire, faut pas déconner, non plus. Je suis un méchant en série et j’aime quand les autres sont les objets de mon besoin d’agressivité. Parce que sinon, je refoule et je me sens mal. Et quand je me sens mal, c’est pire. Et tout cas, ça peut le devenir.

Je suis un serial méchant et parmi les victimes des méfaits dont j’aime bien me rendre innocemment coupable, il y a les bébés dans les poussettes. Parce que je n’aime pas les enfants des autres et moi, les enfants, en plus, je n’en ai pas. Je n’en ai jamais eus. Alors autant vous dire que… Quand ils sont dans leur poussette, dos à leurs parents mais face au monde dans lequel ils vont grandir, autant qu’ils sachent que celui-ci sera cruel. Alors, je leur tire la langue. Voire, je leur crache dessus. Et j’aime qu’ils se mettent à pleurer pendant que moi, j’ai tout l’air d’un saint. Si vous voyiez la tête de leurs parents, c’est jouissif.

Je suis un serial méchant. J’aime bien aussi les pépères et les mémères avec leur chienchien. Leur petit chien de rien du tout. Avec des laisses télescopiques. Et moi, je fais exprès de faire comme si je me prenais les pieds dedans. Parce que la laisse est toujours inversement proportionnelle à la taille du clébard, je ne sais pas si vous l’avez remarqué. Et donc, je fais semblant de trébucher et du coup, après, je gueule après les chiens. Et après leur maître ou leur maîtresse. Et les jours fastes, je leur donne un coup de pied, au chien. Et ce n’est pas l’envie qui me manque d’en faire autant aux pépés et aux mémés. Les faire tomber, hmmm…

Je suis un serial méchant. J’aime bien encore m’en prendre aux handicapés. Surtout aux aveugles. Parce que, comme ils ne me voient pas, c’est plus facile pour moi de faire mes coups en douce. Je leur propose de les aider. Et je fais comme pour les bébés dans leur poussette : je leur fais des grimaces horribles, des gestes obscènes ou je leur crache sur leurs fringues. Ou alors, au beau milieu de la rue ou des voies de tram, parce que je leur ai proposé de les aider à les traverser, je les plante là en leur disant que j’ai oublié mon portable dans le bistro d’où je viens. Ou mon portefeuille. C’est jubilatoire.

Mais vous savez, docteur, je n’ai pas toujours été méchant. J’étais même un enfant qu’on peut qualifier de modèle. J’ai eu une enfance normale, normalement heureuse. J’étais un excellent élève à l’école. On ne m’a jamais vraiment fait de mal et je n’ai jamais vraiment vécu de choses dramatiques. Aucun adulte n’a jamais abusé de moi. Et si parfois j’ai une grande gueule, tout le monde pense que ce n’est que de la gueule parce que globalement, tout le monde me voit comme serviable et gentil et bien élevé. Comme j’aime le laisser paraître. Mais ça va changer. Ça doit changer. Et pas plus tard que maintenant, docteur. De toute façon, je n’ai jamais aimé les psys, non plus…