Pourquoi ai-je donc soudain pensé à ça, la semaine dernière alors que j’étais au travail et que nous discutions avec Audren, mon binôme. Nous ne mangions ni des amandes, ni du poulet (le « ni, ni » est très la mode, en ce moment…) Une chose est sûre, ça m’est revenu en mémoire aussi subitement que quand on a un hoquet. Et je lui ai demandé s’il connaissait la coutume et il m’a répondu que oui et alors, je me suis dit que comme nous avons plus de 25 ans d’écart, peut-être que les jeunes générations vont la connaître aussi, cette Philippine qui n’a rien d’une Leroy-Beaulieu.

En gros, ça vient d’Allemagne. Quand on trouvait une amande double, on donnait une moitié à une personne qui était près de vous (si possible de sexe différent) et on gardait l’autre. Et le lendemain (ou à la première rencontre des deux personnes qui suivait), celle des deux qui disait « vielliebchen » à l’autre gagnait un cadeau, à la discrétion de celle qui avait perdu. En allemand, une graine double se dit « vielliebchen » et par altération et assimilation, c’est devenu Philippchen et ensuite Philippine en français. En gros, donc, l’Allemagne nous a importé ça. C’est très gentil, non ?

Mais moi, ce n’est pas avec une amande double que je jouais à Philippine quand j’étais petit. Non, c’est quand nous mangions du poulet, celui qui tombait sur l’os en forme de V, le furcula (ou fourchette, os de la ceinture scapulaire des volatiles)et alors, surtout quand c’était mon père (je me souviens surtout quand c’était lui), comme j’étais assis à côté de lui, à la table de cuisine de Senlis, il me le présentait et nous tirions chacun de son côté et quand les deux parties de l’os se séparaient, celui qui avait la plus grande devait dire « philippine » et ça me plaisait beaucoup.