Vous savez, c’est très intéressant de faire ses courses avec discernement. Enfin moi, en général je les fais toujours seul, tout du moins en ce qui concerne l’alimentation mais de plus en plus souvent, je les fais avec discernement. Et parfois avec circonspection. Néanmoins. Et nonobstant. Parce que ça me fait plaisir d’écrire ces deux prépositions adverbiales qu’on n’utilise pas si souvent que ça. Surtout si c’est à bon escient. Dont acte. 

Oui, or donc, je fais mes courses avec jugeote parce que sinon, je sais pas si vous l’avez remarqué, mais on se fait doublement mettre si on n’y prend pas gare. Comme personne n’en cause nulle part, moi, le chantre des causes socio-humanitaires, je vais tout vous dire et pas plus tard que quand j’aurai terminé d’écrire ce deuxième paragraphe qui n’est qu’un paragraphe de transition. Histoire de meubler un peu parce que sinon, là encore, vous n’en auriez pas pour votre argent. 

Prenons les fruits et les légumes, par exemple. Exemple pris tout à fait au hasard si ce n’est que je revendique le droit de l’avoir choisi en toute connaissance de cause et ce, d’une façon si subjective que je devrais avoir honte mais moi, la honte, je la sirote jusqu’à plus soif et après, s’il le faut et même si ça ne se fait pas, j’en redemande. Prenons donc les fruits et les légumes. Tiens, les fraises, par le même hasard que tout à l’heure. 

Chez Auchan, tiens, toujours par hasard : hier, je regardais les fraises qui étaient proposées à la vente et les prix pratiqués par cette grande surface qui se dit comme étant une des moins chères. On y trouve des fraises d’importation, grosses mais sans odeur et donc, je suppose, sans goût. Et qui coûtaient 1.99 euros la barquette de 500 grammes. Mais si c’est pour en jeter la moitié, ça revient au même que si elles étaient vendues 5.99 euros la barquette. 

Et ainsi de suite jusqu’aux plus chères, les biologiques, à plus de 6euros la barquette de 250 grammes. Que j’ai déjà testées mais pas spécialement appréciées tant elles étaient farineuses, elles aussi. Et insipides. De plus en plus aseptisées, comme le monde qu’on nous prépare, sans doute. Alors, dimanche dernier, au marché la place Pey Berland, Angelo m’en a proposé et j’en ai pris une barquette de 250 grammes pour 2.80 euros. 

Et hormis le fait que de les avoir fait voyager en caddy à roulettes sur les pavés, ce qui les a un peu fragilisées, quand je les ai effeuillées, elles fleuraient bon la fraises et quand je les ai mangées, je les ai dégustées, elles avaient ce bon goût de fraises que j’avais presque oublié et qui m’a fait me lécher les babines d’un plaisir que j’ai eu du mal à dissimuler. Hmmm, miam miam, ai-je pensé sans oser le dire à voix haute mais je sais très bien au fond de moi que j’aurais pu. 

Et là où je voulais en venir c’est qu’on nous parle sans cesse du pouvoir d’achat, des prix qui montent et tout le toutim médiatique mais jamais, jamais on ne parle de la qualité des produits. Alors non seulement on se fait mettre parce que tous les fruits et légumes (pour ne parler que d’eux) sont hors de prix dans les supermarchés mais ils sont également hors de qualité. Et franchement, payer cher pour de la merde, comme dirait Jean-Pierre Coffe, faut-il que nous soyons cons à ce point-là ? 

Vous allez voir que bientôt, aux enfants qui ne sont pas sages et qui ne finissent pas leur hamburger et leurs frites, chez MC Do, on leur dira : si tu ne finis pas assiette et si tu ne te tiens pas correctement, je te préviens, tu auras des fraises de chez Auchan et tu seras obligé de les manger toutes. Vous imaginez la terreur des gamins, à ce moment-là ? Non, j’aime mieux ne pas y penser et rêver à un monde meilleur, sans fraises de supermarchés mais rien qu’avec celles des marchés super.