Je crois que malgré mes airs rebelles (et parfois, je n’ai pas que l’air, j’ai aussi les paroles), je suis un bon petit soldat. En effet, que quand on me dit quelque chose, même si souvent, je n’en fais qu’à ma tête, les autres fois (dans quelle proportion ?), j’écoute ce qu’on me dit et je fais là où on me dit de faire (et même éventuellement dans le caniveau) et un point c’est tout.

C’est surtout vrai, tout ça, quand ce qu’on me demande vient d’une autorité reconnue. J’ai un sens profond (tu le sens, mon sens profond ?) de la hiérarchie et de l’uniforme. Si je suis en voiture et qu’un policier siffle, je pense toujours que c’est pour moi (je suis né coupable – de quoi ? Je n’en sais rien, mais coupable quand même) même si je ne suis visé par aucun doigt accusateur.

Et si d’aventure, c’est bien à moi que le coup de sifflet s’adresse, alors là, je suis capable de ramper par terre pour implorer un pardon que je souhaite de tous mes vœux. Ça m’est arrivé, il y a vingt-cinq ou trente ans, quand j’habitais sur Paris, je roulais sur un boulevard, j’étais le seul, aucun embouteillage en vue, ce jour-là et j’étais sur une voie de bus. Évidemment, j’ai été sifflé.

Je n’ai pas été sifflé parce que j’ai un physique sur lequel on se retourne, non, j’ai été sifflé parce que je commettais une infraction. Je me suis arrêté, le policier (ou le gendarme) est venu vers moi, j’ai commencé à suer et il m’a dit que je roulais dans un couloir de bus. J’ai essayé de lui dire qu’il n’y avait personne et je bégayais et je transpirais et je devais passer pour un enfant pris en faute.

Vu mon état de nervosité, loin de lui d’imaginer que je puisse être un délinquant ayant peur d’être pris sur le fait, il a bien compris que j’étais impressionné par la situation, au bord des larmes. J’ai dû penser si fort que je ne voulais pas aller en prison ni qu’on tue mon père et ma mère qu’il a dû l’entendre. Il m’a laissé partir et j’y repense encore parfois, quand je suis en voiture.

Pour en revenir au sujet du jour, avant que je digresse, je voulais juste dire que j’étais globalement un bon petit soldat. Dans ma vie professionnelle, quand un patron me disait de faire ceci ou de faire cela, même si ça me surprenait, je le faisais, surtout quand c’était un patron borné, incapable d’entendre la moindre suggestion contradictoire. J’obéissais, purement et simplement.

Et c’est aussi ce qui m’est arrivé récemment : un professeur (ou plutôt, un instituteur) m’a demandé d’écrire un texte sans aucune lettre qui dépasse, j’ai fait ce qu’il attendait de moi. J’ai essayé. J’ai fait de mon mieux. Quelques temps après, il m’a conseillé d’acheter un livre, je l’ai fait, comme je le lui avais promis. Et je vais le lire, parce que ça aussi, je le lui ai promis.