Ça aurait pu être un samedi matin ordinaire mais je ne suis pas sûr que ça le soit ou que ça le reste. D’abord, je me suis levé un peu trop tôt pour quelqu’un qui ne travaille pas, qui ne travaille plus et pourtant, Dieu (s’il existe) sait que je fais partie de ceux à qui appartiennent le monde, en règle générale et matinale. Mais là, quelque chose m’a poussé hors de mon lit, comme une envie pressante de savoir quelque chose que j’ignorais encore. Comme un pressentiment. Mais aussi, comme si j’entendais la pluie tomber parce qu’elle n’aurait pas fait attention à la marche. À la bonne marche des temps : celui qui passe et celui qu’on subit. Ce matin, je crains que ça ne soit celui qu’on subit. Celui que je vais subir. Même si l’eau annoncée de là-haut n’a pas encore commencé.

Ça devrait être un samedi matin ordinaire. Avec peu de choses à faire comme si nous étions dimanche. Mais non. Ça ne le sera pas parce que je vais sans doute me poser plein de questions. Je vais réfléchir sur mon existence et sur celle de ceux que j’aime. Ceux qui me sont le plus chers et Dieu (s’il existe encore) sait que je ne me fais du souci que pour très peu de monde. Du souci quotidien ou presque. Parce que je suis comme ça, moi, derrière le masque de clown, il y a un autre masque, celui d’un autre clown, qui n’est pas toujours de service mais qui est toujours prêt. Comme un bon scout. Comme un bon petit soldat. Toujours prêt à obéir. Tu vas me faire le plaisir de t’inquiéter, Stéphane. Oui, chef ! Bien, chef ! Je ne vais quand même pas me rebeller contre l’autorité, quand même ?

Ça devait être un samedi ordinaire, un samedi de peut-être quelques gilets jaunes (il y a longtemps, tiens !...) et un samedi de vacances pour nombre d’entre ceux qui  sont sur les plages, entre autres. Un samedi de vacances mais un samedi gâché par une météo capricieuse. Ce n’était vraiment pas la peine de nous faire croire à quelque canicule que ce soit si, deux ou trois semaines après, on est limite en train de se demander s’il faut sortir les parkas et les parapluies. Dieu (s’il existe toujours) a dû se tromper dans certains de ses calculs mentaux. Moi, je suis sûr que quelque chose ne tourne pas rond. Que quelque chose ne va pas tourner rond, aujourd’hui. Et qui sait si ce soir, je ne me dirai pas : tu vois, j’avais raison, il y a quelque chose qui n’a pas tourné rond, aujourd’hui.