C’était un jour, après le repas, maman lavait la vaisselle et mon frère et moi, nous l’essuyions. Et ce qui m’a le plus choqué, ce n’est pas tant d’apprendre que le père Noël  n’existe pas mais plutôt que mon frère, de moins d’un an et demi plus vieux que moi, le sache déjà. Alors que je me croyais au moins égal à lui pour comprendre les choses de la vie. Déjà qu’on marquait bien la différence entre nous deux sur le fait que j’étais le plus jeune : mon frère essuyait les choses qui se cassaient et moi, les choses qui ne se cassaient pas : en plastique, par exemple. Alors qu’on ne parlait même pas de pollution, en ce temps-là.

Je me souviens aussi de cette soit disant belle nuit de Noël, quand la neige étend son manteau blanc, j’ai entendu un bruit et j’ai le vague souvenir de mes parents en train d’accrocher un coucou au mur de notre chambre, à mon frère et moi. Et le lendemain, on nous a dit que c’était Papa Noël. Je n’ai rien dit mais je me suis posé des questions. Alors vous voyez, tout ça, même petit, ça a contribué à me mettre le doute et maintenant, on aimerait que je fasse comme si de rien n’était ? Parce que vraiment, même s’il n’existe pas, ce putain de Père Noël, pourquoi n’a-t-il rien fait pour faire comme s’il existait quand même, hein ?

Ce gros joufflu tout de rouge vêtu n’est qu’un bonimenteur et un attrape-couillons. Moi, j’aurais largement préféré qu’on ne me dise rien, qu’on me laisse avec mes illusions et qu’on m’empêche de vieillir car vieillir, c’est apprendre que plein de choses sont moches et que derrière le gros bonhomme, il y a d’abord une marque de Cola, que tout n’est que question de merchandising. Où est la place des rêves, dans tout ça ? Pour moi, le meilleur des pères Noël, ça restera toujours papa et maman, car alors, chaque 25 décembre de mon enfance, quand je me réveillais, c’était vraiment la fête dans ma tête. J’étais alors le plus heureux de tous les petits garçons du monde. Même quand j’ai su la vérité. Oui, à l’époque, j’aimais vraiment Noël.