Nous avons été une famille de quatre personnes, nos parents, mon grand-frère et moi et quelle ne fut pas ma surprise, quand, alors que j’avais à peine 16 ans, nos parents en question, nous ont annoncé que nous allions avoir un petit frère ou une petite sœur. Nos vieux (pas si vieux que ça, mais c’est pour éviter de réécrire le mot parents pour la troisième fois dans ce paragraphe – trop tard !) venaient de franchir la barre des quarante ans et même si ça m’a fait plaisir d’apprendre cette étonnante mais grande nouvelle, c’est dans la forme que j’ai été un peu traumatisé. Oui, quelques un peu plus de dix ans après l’annonce de l’inexistence du Père Noël, j’allais encore être bien secoué.

Je me souviens très bien de ce moment, j’étais dans ma chaise, à table, avec mon bavoir sale attaché autour de mon cou et ma nourrice était en train de commencer à me faire manger ma Blédine sauf que moi, j’avais surtout envie de jouer avec en faisant pffffrffrfrfrffrr avec ma bouche quand celle-ci venait d’être remplie par une cuiller. Évidemment, j’en mettais partout et ma nounou, amusée sans vouloir le montrer m’a fait les gros yeux en se retenant de rire : « Monsieur Stéphane, votre mère ne serait pas contente de voir comment vous gaspillez la nourriture ! Franchement, on ne dirait pas que vous allez voir bientôt 16 ans. Allez, on va nettoyer tout ça et je vais vous remettre dans votre parc. »

Et ma mère, revenant du rez-de-chaussée, m’a récupéré, tout propre et m’a pris dans ses bras et m’a dit : « Stéphane, tu te souviens ce qu’on t’a dit pour les bébés ? Que c’était les cigognes qui les livraient dans les familles ? Eh bien, nous t’avons menti. Tu vas bientôt avoir un petit frère ou une petite sœur mais ce n’est pas ce que tu as toujours cru. C’est papa qui a mis la petite graine dans mon ventre et c’était très agréable et… » Et là, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J’étais si heureux de voir un divin enfant entrer dans la famille mais si triste de savoir comment les choses avaient dû se passer. Mais je n’ai rien dit à mes camarades de lycée, j’ai eu honte. Pfff, les cigognes, n'importe quoi !...