Je suis du genre à ne pas savoir totalement apprécier un moment calme et/ou heureux car je me dis que forcément, ça cache quelque chose. Et ce matin, c’est exactement mon état d’esprit. J’ai embauché un peu plus tôt que d’habitude afin de pouvoir également rentrer plus tôt, ce que j’ai réussi à faire car il est 7h50 et je suis chez moi, devant l’ordinateur, l’esprit tranquille d’avoir fait mon boulot et avec le sens du devoir accompli. Je n’ai pas eu de problème pour aller au boulot ni pour en revenir, juste une voiture qui roulait à peine en-dessous de la vitesse maximale autorisée et ça, ça m’a un peu agacé mais je me suis contenu, j’ai patienté et quel ne fut pas mon soulagement de la voir tourner à droite, à un moment où moi, je continuais tout droit. Bref.

Et là, je viens de me faire un petit déjeuner sympa avec du pain très frais puisqu’il était encore tiède. Du pain et du beurre. Un petit déjeuner simple et efficace. Et je suis là, pendant que le président et son neveu dorment encore (ils n’étaient pas couché quand je me suis levé, à 2h30) et je sais que je vais rester le plus silencieux possible jusqu’à ce que je parte en ville, tout à l’heure, ce matin, parce que cet après-midi, il n’en sera pas question. Pas avec ces nouvelles manifestations et ces violences probables qui sont annoncées. Alors, je suis là, tranquille, presque serein, quasiment zen et je me dis que c’est bien agréable, ma foi. Mais j’ai un drôle de pressentiment. Et si ce calme relatif ne cachait pas quelque chose de terrible ? Et si nous étions à quelques heures d’un drame ?

J’en suis là, avec ces manifestations à répétition, avec ces casseurs qui n’en peuvent plus de prendre leur pied à tout détruire, à faire peur aux autres et à montrer le seul vrai visage qu’on peut voir d’eux : celui de la bêtise absolue, pour rester poli. Et donc, si dans la journée, cette violence qui va s’exprimer atteint un niveau trop haut ? Et s’il y avait des morts ? Et si… ? Et si… ? J’ai beau me dire qu’il vaudrait mieux que je fasse l’autruche et que je me force à penser à autre chose mais je n’y arrive pas. Comme si j’avais un poids dans la poitrine. Ce n’est jamais qu’une espèce d’angoisse. Et ça me navre d’en arriver là. Ça me désole de savoir que si ça se trouve, on va atteindre un point de non-retour. Alors qu’il y a tellement pire que nous, ailleurs dans le monde. Bon, tant pis, hein ?