Je crois que je suis un bon imitateur. Non, je suis un très bon imitateur. Pas tant pour les voix des gens connus ou pas, comme Laurent Gerra, Nicolas Canteloup ou Marc-Antoine Le Bret, non, moi, ça se rapporterait plutôt aux bruitages. Mais attention, je ne suis pas un bruiteur, je fais juste quelques sons, comme ça, l’air de rien et uniquement pour mon propre plaisir et jamais en public, toujours seulement pour moi et rien que pour moi. C’est une façon de ne pas prendre de risques. Comme je suis mon propre auditeur, si je me trouve vachement bon, c’est bien. Si jamais je suis objectivement moyen, personne ne le saura et moi, je peux malgré tout penser que je suis très bon, que je viens juste d’avoir un léger passage à vide.

Par exemple, dans les bruits que je fais à la perfection, il y a celui du vent dans un endroit où il y en a. « ououououououououououh ououououououououh ouououououououououh » sans appuyer sur la diphtongue « ou » car sinon, ça peut s’apparenter au cri d’un loup en détresse dans un endroit où il y a beaucoup de vent. Ou pas. Non, la consonance « ou » est très subtile et c’est là où je peux tutoyer le niveau du génie. D’aucuns, plus ordinaires, ferait un « ououououh » très appuyé et ça ne ressemblerait pas du tout au vent. Et même à l’écrit, quand je tape « ouououououououh », il faut bien le lire avec intelligence et astuce, sinon, ça ne fonctionne pas, ce que je viens d’expliquer. Peut-être, avec un peu de persévérance, sinon.

Quand je dis que c’est très subtil, imaginez si on veut entendre une foule dans un stade, plein de supporters qui attendent l’arrivée des joueurs. Là aussi, je suis très fort : « ooooooooooéooooooooé oooooooooéoooooooooooé ooooooooooéooooooé » mais attention à ne pas faire « ohé » car ça n’a rien à voir. Et quand les footeux commencent à fouler la pelouse ou quand l’un d’eux marque un but, soudain, la rumeur change et s’amplifie pour donner ça : « ouououéééééé ououééééé ououééééé. » Alors, ça ne vous ébaubit pas, un tel talent de bruiteur ? Ah si, j’ai oublié de vous dire que pour bien parfaire ces sons, il ne suffit pas de les faire comme si on chuchotait. Il faut aussi y mettre un peu de gutturalité. C’est là qu’est la nuance. Ouaiaiais !