Aujourd’hui, c’est jour du gras. C’est samedi gras. Une fois de temps en temps, ça ne peut pas faire plus de mal que le sucre. Alors, comme le sucre, je n’en abuse pas, sauf occasionnellement, là, j’ai décidé de mettre en pratique le fait de manger plus de lipides que de glucides. Car les premiers permettent d’absorber les derniers, d’après ce qu’on dit depuis quelques mois. Et là, pendant vingt minutes, le temps que les frites cuisent dans le four, toute jaunes, je vais commencer à préparer la poêle pour les œufs au plat, avec, j’espère un jaune bien coulant au milieu d’un blanc peu immaculé vu que je vais le saupoudrer de poivre au moulin. In medio stat virtus. Donc, le jaune est forcément vertueux, d’après nos ancêtres, ceux qui parlaient latin. Non pas que ça concernait directement les œufs mais ça s’applique aux œufs.

Et la cerise sur le gâteau (si je puis dire vu que le sucre est banni du déjeuner de ce samedi midi), c’est, surtout pour le président : deux saucisses de Francfort (clin d’œil à Arnold) en plus des 2 œufs et des 25 frites chacun. Oui, je les ai comptées. Des frites bien jaunes. Et des saucisses bien jaunes aussi. Bon d’accord, elles tirent surtout vers une couleur rose qui ne veut pas dire son nom mais moi, j’ai décidé qu’elles seraient jaunes. Parce que, aujourd’hui, le gras se doit d’être jaune, pour qu’on le reconnaisse et qu’on sache qu’on en mange. Jaune comme le beurre et jaune comme l’huile. Mais pour les 4 francfortoises, ça sera juste du réchauffage au four à micro-ondes. En revanche, pour les œufs, comme ils m’ont chanté que les produits laitiers étaient nos amis pour la vie, j’ai dit oui pour le beurre. Pour une fois, quand même…

Là, il ne me reste plus que dix minutes de cuisson pour les frites. Alors, je ne vais pas tarder à me lever (il faut bien faire un peu d’exercice, de temps en temps) et m’occuper du reste. Parallèlement, je me tâte. Avec les frites, mayonnaise ou moutarde ? La moutarde se marie très bien avec les saucisses mais pas trop avec les œufs. Comme la mayonnaise, d’ailleurs. Mais est-ce que ça serait très raisonnable d’ajouter du gras au gras ? Même en ayant choisi l’option lipidique ? Même pour un seul repas ? Parce que ce soir, ce seront féculents et oméga 3, alors, ce midi, hein ? Dites-moi, docteur ? Répondez-moi vite, s’il vous plaît car dans une grosse trentaine de minutes, à peu près, quand nous aurons terminé de déjeuner, il ne restera plus beaucoup de tous ces jaunes. Ou plutôt, on n’en verra plus la couleur. Tout sera dans nos ventres et nos panses bien remplies.