Contre toute attente, alors que la nuit du mardi au mercredi est historiquement une nuit calme, dans mon boulot, elle fut plus dure, plus longue et plus pénible que la première, celle de la reprise après une semaine de vacances. Sans doute parce que, hier encore, j’avais vingt ans (ou presque) et j’étais dans cette euphorie due à l’insouciance de tout jeune âge. Mais depuis hier, j’ai divisé par trois mon capital fraîcheur et là, je me sens un peu, beaucoup, passionnément décrépi. Alors, ce matin, en revenant du boulot, pour une fois, ce qui n’est pas coutume, je suis allé me coucher deux heures, avant le déjeuner. Et là, j’ai eu le temps de bien réfléchir, disais-je à mon miroir, au lieu de rêver.

Je regrette un peu, juste un peu, pas beaucoup et surtout pas passionnément d’avoir tué Aurélie et je me suis même permis de faire mon mea culpa devant les quelques restes que j’ai encore d’elle. Et je l’ai regardée droit dans les… reliques et je lui ai dit : allez, fais un effort, reviens à la vie, renais de tes cendres, tel un phénix et reviens faire les nuits au travail afin que je puisse refaire les miennes, même tronquées, dans mon lit. Mais elle n’a pas bougé ne serait-ce que même un petit doigt, qu’elle n’a plus. Mais non, elle est restée statique. Alors, j’ai haussé un peu le ton : allez, fais un effort, pour une fois. Mets un peu d’os dans ton vain. Mais peine perdue, quand le vain est tiré… il faut me croire…

Bon, ce n’est pas grave, après tout. Ça ou peigner la girafe… Je préfère encore ça. Mais il n’empêche que je vais l’écrire haut et fort : l’homme (en tant qu’être humain, car c’est aussi valable pour la femme) n’est pas fait pour vivre ni pour travailler la nuit. L’obscurité est faite pour dormir. Pour recharger ses accus. Oui, je sais, c’est encore une histoire d’accus, allez-vous me dire. Eh bien oui, j’ai le droit de ne penser qu’à ça. La sieste, ce n’est pas comme l’amour, ce ne sont pas ceux qui en parlent le plus qui en font le moins. Mais là, je bavarde, je bavarde alors que je n’ai pas que ça à faire. Non, on m’attend sur le canapé. Non, le canapé m’attend. Je vais aller le rejoindre pour ne pas le faire attendre plus longtemps.