Je ne sais pas trop de ce que ça veut dire, s’ennuyer. Même si parfois, ça peut m’arriver de ne pas savoir quoi faire, ce n’est pas de l’ennui. Chez moi, c’est juste soit de la flemme, soit l’embarras du choix. En effet, je sais toujours quoi faire même si parfois, je peux faire illusion ou donner l’impression du contraire. Parce que je suis comme les chats, je peux aussi rester immobile, à regarder dans le vide (aux yeux des autres) pendant que je m’interroge sur ce que j’ai le plus envie de faire : une sieste bien au chaud ou aller draguer les rongeurs. Ou me mettre devant la télé ou devant l’ordinateur. Me faire prendre par un livre ou un magazine. Rester chez moi ou redevenir ce que j’ai toujours été par intermittence : un sirop de la rue. J’aime aller dehors, même pour rien et rentrer chez moi, ensuite.

Alors, vous comprenez bien que l’ennui, chez moi, c’est une notion abstraite. Parce que même si je ne fais rien, même si n’ai rien de spécial à faire et que je ne sais pas par quel bout commencer, j’ai le cerveau et les neurones toujours en légère ébullition. Il y a des gens qui subissent les jambes sans repos, moi, ce sont les méninges sans repos. Je n’y peux rien, c’est ainsi que je suis fait. Et même si je peux être (apparemment) inactif, c’est juste que mon enveloppe physique est calme, comme suspendue, mais dans mon crâne, je pense aux mille choses qui m’attendent ou que je vais provoquer. C’est un peu comme si j’étais toujours en mode challenge avec moi-même. Comme si je ne m’autorisais pas à prendre des RTT personnelles. Comme si j’étais mon propre esclavagiste et mon propre soumis.

Alors, ne vous fiez jamais à ce que vous voyez de moi, la partie émergée de l’iceberg qui brûle en moi : il faut se méfier de l’eau qui dort, disait-on dans les chaumières, jadis et naguère. Moi, j’ai envie de préciser qu’il faut se méfier du chat qui dort. J’ai tous les sens en perpétuel éveil. Et je suis capable de bondir sur n’importe quoi quand ça me prend. Même moi, ça peut me surprendre et même au bout de presque 60 ans. Bon, mettons un peu plus de cinquante ans parce que pendant les premières années de ma vie toujours en mouvement, je n’ai jamais pu décider de grand-chose. Mais si j’en avais eu les pouvoirs, bien sûr que je l’aurais fait. Et je pense que même bébé, je ne me suis jamais ennuyé. Je devais déjà pensé à tout ce que j’allais pouvoir faire. À tout ce que j’allais pouvoir écrire. À tout et à rien.