Ça va ? Tout le monde est bien installé ? Confortablement installé ? Dans un instant, on va donc pouvoir commencer, si tout le monde est là. On attend les quelques éventuels retardataires mais pas très longtemps parce que, vis-à-vis de celles et ceux qui sont là depuis un moment, ça ne serait pas très classe. Mais je vous rassure, ça n’est qu’une question d’une toute petite poignée de quelques petites minutes. Ça laisse encore un peu de répit à celui dont vous attendez la prestation avec une impatience, une fièvre et une envie folle que de nombreux artistes, écrivains compris, pourraient nous envier. Si seulement ils savaient… S’ils seulement ils savaient… Mais ils ne le savent pas parce que vous, vous qui êtes là, à cet instant présent, vous êtes les seuls à bénéficier de cet énorme privilège d’assister à l’écriture du billet du jour de Stéphane G. Autrement appelé Stéphane Girault, pour les non-intimes. Et je ne vais pas vous faire attendre bêtement plus longtemps, je vais aller m’assurer que tout est prêt dans les coulisses et dans une petite poignée de quelques petites dizaines de secondes, mesdames et messieurs, the show must go on.

Ça va, Stéphane, tu es prêt ? Tu sais, ils sont tous là, je leur ai fait croire qu’on attendait quelques éventuels retardataires mais il va falloir que tu y ailles, là, maintenant, c’est l’heure. Je n’ai pas envie de rembourser tous ces gens qui font l’effort de venir te lire, alors, prêt ou pas, habillé ou pas, une bonne idée en tête ou pas, c’est là, c’est ici et c’est maintenant, Coco, donc, j’ouvre le rideau et tu entres en scène. Ce n’est qu’une image, en fait, ce que je veux dire : tu te mets à écrire ! C'est un ordre. 

Bon, il en a de drôles, lui, le manager. Il y a des fois, il doit bien savoir qu’on peut être en panne d’inspiration comme en panne d’essence. Ou comme les sourds, les muets ou les aveugles en panne de sens. Tiens, c’est drôle, ça ! Je vais le noter dans un coin pour ne pas l’oublier, je trouverai bien un moyen de broder autour sur trois ou cinq paragraphes et le tour sera joué pour un autre jour comme aujourd’hui, où je ne saurai pas de quoi parler. Absolument pas de quoi parler. Enfin si, un peu. J’ai des idées mais je n’ai pas très envie de les développer aujourd’hui, je ne me sens pas très en verve et j’ai peur, si je me force, que ça fasse forcé. Et moi, les travaux forcés, je n’en suis pas très client. Putain, je ne sais vraiment pas de quoi je vais parler dans mon billet du jour, j’ai la tête vide et les neurones en RTT. Pfou, je vais respirer un bon coup, faire comme si et entrer dans l’arène. Comme disait Louis XIV, à chaque fois qu’il s’apprêtait à remplir son devoir conjugal. Ah tiens, ça, c’est drôle aussi mais ça fait un peu déjà vu, non ? Je le note quand même. Bon, allez, je vais me secouer, plus vite j’irai, plus vite j’en aurai terminé et je pourrai revenir me reposer. Allez, cinq, quatre, trois, deux, un, zéro, c’est parti.