Je sais que mon manager aimerait que je sois plus productif, que je sois plus performant, que je sois au cordeau : un billet par jour, deux si possible mais là, non, il ne faut pas rêver mamie dans les orties et tant qu’à faire, avant midi. Non, je ne peux pas. J’écris quand je peux, quand j’ai le temps et la disponibilité d’esprit. Ça ne se fait pas sur commande. C’est comme faire l’amour. On ne décide pas d’un horaire récurrent et quand le moment arrive, on ne lâche pas tout parce qu’on a reçu la notification qui nous rappelle que c’est l’heure H. « Chéri, tu as reçu un message ! » « Ah ? Attends, je regarde… Ah oui, c’est le rappel, c’est l’heure de faire l’amour, mon cœur. » « Oui, mais je suis en train de terminer de me couper les ongles des orteils ! » « Tant pis, quand c’est l’heure, c’est l’heure, tu continueras après. »

Eh bien pour moi, c’est la même chose. Je ne peux pas dire que tous les jours à 11h30, je vais tout arrêter ce que je suis en train de faire pour écrire mon billet quotidien. Imaginez plutôt, certains jours, je peux encore être au boulot. Je ne me vois pas dire à mon patron ou à mes collègues : « Attendez, j’ai besoin de quinze à vingt minutes pour écrire quelque chose à publier dans mon blog ! » Ou alors, je peux être en train de faire mes courses à Auchan, au Lac, le jeudi (avant, c’était le vendredi mais j’ai décidé de mettre de l’audace dans ma vie et maintenant, j’y vais le jeudi) et je ne peux pas laisser mes affaires dans mon caddie et dire : « Je reviens dans un moment, vous me gardez tout ça au chaud. Enfin non, au frais, je veux dire… » Non, ces horaires hyper-précis, ça n’est pas possible quand on écrit un peu.

Alors, c’est surtout comme ça vient. Parfois, c’est assez rare, mais ça peut m’arriver, si je suis en verve, je peux écrire deux ou trois billets d’avance et ça me laisse du répit pour rédiger les autres. Mais je me fais toujours rattraper par le temps et je reviens au rythme J + 0 (zéro, pas O) et de temps en temps, pas souvent, heureusement, de temps en temps, je me retrouve à 17h sans avoir commencé et là, pris de court, je stresse un peu et je me force. Parce que c’est une discipline de publier un billet par jour. Ce n’est pas une corvée, juste une discipline et ça, c’est plutôt bien pour moi. Sinon, je sais que comme je peux avoir tendance à me laisser aller, à tirer au flanc… Au moins, ça, c’est bien. Pas forcément bien dans le sens intéressant mais bien parce que c’est mieux que de zoner, de jouer sur l’ordinateur ou que sais-je encore…

Alors, mon manager, hier, il m’a un peu gonflé car il voulait absolument que j’écrive à un instant précis alors que je n’avais rien de particulier à dire. Et comme je n’ai pas voulu écrire à tout prix, je lui ai laissé la parole, ce qui m’a permis de respirer un bon coup avant de faire part de mes propres ressentis mais je lui garde un chien de la chienne du patron (ce qui ne sera pas chose aisée vu qu’elle est opérée) et un jour, j’écrirai n’importe quoi, à n’importe quelle heure et ça le surprendra et ça étonnera tout le monde. Moi, y compris. Bon, en tout cas, aujourd’hui, je ne vais pas me faire rappeler à l’ordre, c’est déjà assez vexant comme ça, ce qui s’est passé hier pour ne pas prendre le risque d’en remettre une couche, comme on dit chez Pampers. Donc, là, je suis prêt, oui, on peut le dire, je suis prêt. Ou peu s’en faut.

J’ai ouvert le document Word qui comprend tous les billets du mois de mars 2018, j’en suis à la page12. Je viens d’affûter mes doigts, les 6 qui me servent à pianoter sur le clavier. Les autres, ils peuvent faire ce qu’ils veulent, pendant ce temps-là. Enfin pas trop loin de moi quand même, sinon, ça va être difficile. Et comme je viens d’aller faire pipi, je ne serai pas dérangé par une envie pressante en pleine écriture et là, je vais pouvoir commencer, juste le temps de m’assurer que le président a terminé de lire son journal, sinon, il va me commenter toutes les nouvelles et ça va me déconcentrer. « Bon, Coco, il faut encore te rappeler à l’ordre, aujourd’hui ? Tes lecteurs t’attendent ! Tu ne vas pas me faire le même coup qu’hier, non ? » Et merde ! Je le croyais en déjeuner d’affaires avec son avocat, le manager. Bon, je n’ai plus qu’à m’y mettre, alors.