Ou le fruit de son travail… Quand j’étais petit, que j’allais à la messe ou au catéchisme et qu’on nous faisait répéter les prières, toujours les mêmes, le Pater Noster et l’Ave Maria, je préférais nettement le premier à la seconde. Pourtant, m’adresse à la vierge Marie, c’était un peu comme parler à une deuxième maman, ça avait quelque chose de douillet. Sauf à partir de la quatrième phrase où là, tout d’un coup, ça me dégoûtait un peu. Il faut dire que j’ai toujours été un peu (!!!) délicat et les mots ont toujours eu du pouvoir sur moi, sur mon mental, même quand j’étais enfant.

Ce qui me choquait ? Qu’on parle de Jésus comme le fruit de vos entrailles. Parce que pour moi, les entrailles, c’est ce qu’il y a dans le ventre : ce sont les tripes et pour moi, j’aimais mieux continuer de croire que son fils, à la Vierge Marie, il est né comme il a été conçu, pas l’intervention divine du Saint Esprit. Rien de graveleux à cela alors que le fruit de vos entrailles, c’est particulièrement trivial. Et ça donne une image trop concrète de la naissance. Sans aucune magie. Sans aucune poésie. Ça ne me plaisait pas, c’est comme ça et maintenant, je peux le dire, je m’en fous un peu, beaucoup, passionnément…

Mais ce midi, en mangeant une salade de pois chiche à l’orange avec deux avocats (non, ce ne sont pas des confrères de Sophie), je me demandais si ces derniers étaient des fruits ou des légumes. Et chemin faisant, je me suis posé la question suivante : mais quelle est donc la différence entre un fruit et un légume ? Il doit forcément y en avoir une parce que sinon, on aurait pu aussi écrire « Jésus, le légume de vos entrailles est béni… » Et là, j’ai failli avaler de travers en imaginant une courgette dans le ventre de sa mère. Des tripes à la courgette. Diable ! Que voilà une drôle de recette. Non, merci, sans façon.

La réponse ? Je l’ai évidemment trouvée sur Internet : « Le fruit est l’organe comestible des plantes à fleurs, qui contient les graines et succède à la fleur. Le légume est la partie d’une plante potagère qui se consomme. Ce peut être le fruit, la graine, la fleur, la tige, le bulbe, la feuille, le tubercule, le germe ou la racine de la plante. C’est pourquoi nous pouvons dire que tous les fruits sont des légumes, mais que tous les légumes ne sont pas des fruits. »  Est-ce que ça remet en cause l’idée même du fruit de ses entrailles ? Bof, je crois que là, je suis parti dans des considérations qui risquent de m’emmener trop loin.

Du coup, je préférais le Notre Père car je trouvais cette prière plus rassurante. En plus, dans celle-ci, on parle du pain quotidien. Et là, pour moi, c’est du pain béni. Ce qui est toujours plus plaisant qu’un fruit d’entrailles si béni soit-il. Finalement, mon déjeuner végétarien (par hasard, pas du tout par conviction !) m’aura permis de mûrir quelques réflexions qui ne sont pas dénuées d’intérêt. Et rien que pour ça, j’ai envie de me dire merci. Mais je ne vais pas m’appesantir là-dessus, je dois aller prendre une douche car dans deux heures, j’ai coiffeur. Ça n’a aucun rapport, je sais.