On a beau dire, on a beau faire, on en revient toujours aux mêmes. Et là que nous sommes samedi à juste midi, c’est presque comme tous les samedis midis depuis que le monde est monde. C’est l’éternel retour des choses et du temps qui passe. La routine bien réglée comme les aiguilles d’une horloge. On n’y peut mais. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Oui, en tout cas, c’est ainsi que moi je vis, à peine un peu perdu dans cette immensité régulière. Un petit grain de sable dans une clepsydre de laquelle je ne pourrai sortir un jour que les pieds devant.

Et on a beau dire, on a beau faire, les choses sont tellement prévisibles. Il n’y a rien de moins surprenant que le temps qui passe, sauf peut-être, ce paradoxe difficile à évaluer entre la vitesse à laquelle il passe autour de nous et sa lenteur, quand on ne vit pas quelque chose de bien, quand on subit les événements qui nous attrapent sournoisement alors qu’on pensait que tout allait bien. On trouve chaque jour de travail un peu long, on se dit tout le temps « vivement le week-end » et quand celui-ci arrive, on se dit : « la semaine est déjà finie !... »

Je disais donc que le temps est prévisible, c’est là un de ses moindres défauts : tiens, mardi dernier, par exemple, j’ai commencé ma semaine de travail et je me suis dit : « on est mardi, c’est reparti pour un tour » et en même temps, j’ai pensé que ça ne durerait pas tant que ça, le mardi. C’est rare qu’un mardi dure plus qu’une journée. On ne peut pas se fier à un mardi. Même si c’est un jour où il se passe quelque chose d’extraordinaire, même si on aimerait qu’il dure longtemps, forcément, il laissera sa place à mercredi. Et ainsi de suite.

On en revient toujours aux mêmes jours, aux mêmes mois et aux mêmes années qui passent et passent et repassent. Et encore, je ne parle pas des toujours mêmes secondes, des toujours mêmes minutes, des toujours mêmes heures. Il n’y a guère que deux fois par an où on pourrait se faire surprendre par le temps qui passe, c’est au moment des changements d’heure d’hiver en heure d’été et réciproquement. À moins que ça ne soit l’inverse… Mais même là, encore une fois, on s’y attend tellement… qu’il n’y a jamais de quoi sursauter. Sauf si on oublie de régler son réveil.

On aura toujours beau dire, on aura toujours beau faire, on ne pourra jamais rien contre le temps qui passe. Contre la durée d’un mardi. Contre celle d’un week-end qui passe quand même toujours plus vite que les cinq autres jours de la semaine. Et ce n’est pas seulement parce qu’il est moins long avec ses deux jours (deux et demi, pour moi), mais vraiment parce que c’est à peine suffisant pour éviter de vieillir trop vite. Pas le temps d’en avoir. Pas le temps de se remettre qu’il faut déjà y retourner. On en revient toujours aux mêmes. On en revient toujours aux mêmes samedis midis.