Un samedi à peine un peu plus inhabituel que ceux que je fréquente, d’ordinaire. C’est ce que j’ai vécu, principalement dans l’après-midi. En temps normal, comme je débauche avant le déjeuner et que ma semaine de travail est enfin terminée, je me fais la grosse douche et le gros shampoing qui vont bien afin d’avoir le plaisir de me sentir vraiment en week-end. Ensuite, c’est souvent le repas du midi, la plupart du temps avec les restes d’un plat préparé pour un soir de la semaine qui vient de s’écouler. C’est pratique, je n’ai qu’à le réchauffer mais il faut souvent que je joue contre la montre car j’aime bien aller me faire une toile, à la séance entre 13h et 13h30, donc, il faut déjeuner vite pour que je n’en rate pas le début. Mais hier, il y avait ce petit plus qui me faisait sortir de la routine tout en me créant un énorme dilemme. Il y avait une réunion publique à l’Athénée, au centre St Christoly, en ville, organisée par l’ADMD, en présence de son président national, Jean-Luc Romero. Et ce meeting était prévu à 14h30, en plein milieu de la séance du film que je voulais absolument voir. Sans Juliette.

Alors, j’ai fait mon choix de ne pas sortir de mes ornières car mon président à moi devait s’y rendre à ce débat et donc, il m’en aurait résumé l’essentiel. Alors, je suis vite parti au cinéma et je suis arrivé dans la salle alors que c’étaient les deux dernières minutes des bandes-annonces et de la publicité mélangées. Une place m’a tendu les bras, juste là, au dernier rang, en bordure d’allée, tout près de la porte, on ne sait jamais, si l’envie me prenait de ne pas rester jusqu’à la fin… mais non, c’est un film de Rappeneau, quand même. Et quand on voit la pléiade d’acteurs qui jouent dedans, ça n’augurait que du plaisir. Un plaisir bien mérité après une semaine de boulot bien chargée. Et là, je me suis laissé envahir par ce bien être que me procure ces deux ou trois séances hebdomadaires. Je me suis laissé envahir de ce petit bonheur simple d’être un spectateur au milieu d’autres. Sauf qu’hier, assez rapidement, quelque chose m’a gêné. Et ce n’étaient pas que ces petits babillages de ces deux femmes qui commentaient ce qu’elles voyaient, non. D’autant que je ne comprenais pas ce qu’elles disaient. Non, c’était plus incommodant. Et sans Juliette.

J’ai vite compris que je m’étais trompé de film. Non pas que je sois entré dans une mauvaise salle mais j’étais loin de voir un film de Rappeneau comme j’en avais le souvenir de ses précédents. Très vite, j’ai cru que le jeu des acteurs, les images, les dialogues, l’histoire et l’ensemble étaient déréglés mais je n’avais aucun moyen de changer quoi que ce soit. Alors, devant tant de surjeu, tant de mauvais jeu et tant d’indigence dans ce qui me semblait être une mauvaise sitcom qui se prenait pour un grand film, j’ai abdiqué. J’ai pris mes affaires et j’ai quitté la salle. Un peu en colère. Ça faisait quarante-cinq minutes de pataugeage insupportable. Il était 14h15. J’avais encore le temps de me rendre à l’Athénée et y rejoindre mon président. Le meeting n’avait pas commencé. J’ai vu Romero sur la scène, il a pris la parole et nous a rappelé que la loi qui venait de passer n’était pas la bonne, il nous a fait le résumé des principales affaires en cours. Il nous a demandé de ne pas baisser les bras et continuer le combat pour qu’on soit maître de notre vie et de notre mort. Et ensuite, des personnes du public ont pris la parole pour un débat. J’ai mieux terminé mon début d’après-midi. Avec Romero. Mais sans Juliette.