Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Voilà un début de billet qui fera plaisir aux amateurs de grande littérature…

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Aujourd’hui encore, j’ai conservé cette habitude presque plus comme un tic voire un toc qu’une simple routine. J’aime ça, aussi. Me coucher de bonne heure, avec les poules. Et dès qu’il m’est possible de le faire, m’évader dans mes rêves et sauter du coq à l’âne. Mais encore faut-il alors que mes nuits soient plus belles que mes jours, ce qui est loin d’être une chose fréquemment acquise.

Longtemps j’ai aimé cette sensation douillette de me blottir dans un fauteuil devant la télé. De me vautrer sur un canapé, recroquevillé, en chien de fusil comme un soldat qui n’en pourrait plus, jouant au bateau ivre échoué sur un écueil sauvage mais pas trop, je préfère les terres connues aux contrées sauvages, quand il s’agit de m’abandonner au sommeil des justes.

Longtemps, j’ai aimé me coucher de bonne heure, été comme hiver, peu importe les jours, peu importe les heures, comme si, las d’attendre une Madeleine qui ne viendrait pas plus que le dernier Père Noël venu, parce que, mon lit et mes yeux fermés, c’est une de mes valeurs refuge. Mon espace détente, mon cimetière pour le repos du guerrier qu’il m’arrive d’être mais moi, à la différence des morts, pour l’instant, je me relève toujours. Jusqu’à maintenant, je me suis toujours relevé.

Couché de bonne heure peut-être mais toujours debout malgré tout.