Je m’étais inscrit pour participer à l’émission Un dîner presque parfait et je viens enfin d’avoir la confirmation de ma participation pour la prochaine série d’émissions qui sera enregistrée sur Bordeaux, probablement à l’automne. À vrai dire, je pense que j’ai fait le bon choix, je suis un candidat idéal, je sais et j’aime cuisiner, j’ai le goût de recevoir les amis (les inconnus, je ne sais pas encore) et j’aime briller en société et mes mots d’esprit, donc, j’ai tout pour gagner. Reste à définir un menu qui sera forcément le menu idéal. Je vais piocher dans les idées de la mer car avec mon boulot, je pourrai déjà dépenser moins que si j’achète de la viande chez un boucher. Le poisson au prix de gros, c’est déjà ça. Je pense que je ferai poisson en plat principal et probablement crustacés en entrée. Pour l’apéritif, je vais voir mais il est possible que je jongle avec des petites choses terre et mer. Quant au dessert, c’est sans doute mon point faible alors, je vais réfléchir encore un peu et quand j’aurai la bonne idée qui va bien, je m’exercerai à la faire. Pour le vin, généralement, on en parle peu dans l’émission. Donc, ce sera accessoire mais dans la région, on a ce qu’il faut.

Pour l’animation, je ferai dans le culturel et l’humour. J’ai envie que les convives s’amusent mais apprennent aussi des choses. Et pour la déco… déjà, je pense que je ne ferai pas le dîner chez moi, non, il me faut un endroit digne des revues de décoration et je demanderai au patron si je peux venir à Cabirol. En plus, comme ça, je pourrai vanter sa maison. Et je frimerai en hésitant sur tel ou tel coin salon pour l’apéritif. Et pour le coin salle à manger, ça, c’est plus simple. Et pour la cuisine, je dirai qu’elle est ouverte pour pouvoir profiter de mes invités. Et je dirai que c’est ma pièce préférée, om je passe le plus de temps et que j’aime ça. Et je montrerai le jardin que j’ai évidemment le temps de faire, sinon, ça ne vaut pas la peine. Je ne dirai pas que ce n’est pas chez moi, bien sûr. Je veux en mettre plein la vue aux quatre autres zigotos qui vont venir dîner et je veux partir avec de l’avance sur eux.

En plus, je vais faire le chiant, il n’y a pas de raison. Déjà, je vais lister tout ce que je n’aime pas et comme je vais exiger de passer le dernier, je ne dirai pas tout ce que je ne veux pas manger le premier soir, non, je le ferai au fur et à mesure. Le lundi, je dirai que je n’aime pas la noix de coco et le chocolat. Dommage pour le dessert qu’on m’aura servi, à base de chocolat et de coco. Le mardi, je dirai que je n’aime pas les abats et ils pourront se mettre le ris de veau là où je pense. Le mercredi, je dirai que je déteste le boudin noir et le plat principal, cette espèce de Parmentier de boudin, je n’y toucherai pas. Le jeudi, je dirai que je n’aime pas le Roquefort et les petits soufflés de l’entrée coûteront la moitié des points à celui ou celle qui les aura cuisinés. Et je ne ferai aucun effort pour goûter aux choses que je n’aime pas. Ni pour être sympathique. Mais comme je les ferai beaucoup rire, ils seront mi-figue, mi-raisin sur mon comportement et ne sauront pas sur quel pied danser. 

Si on me propose une animation karting, je refuserai de la faire. Je déteste ça, ces petites voitures qui puent le gas-oil, qui font du bruit, qui sont ultra-polluantes et tout, et tout et donc, je resterai sur le bas-côté en faisant la gueule. Il faudra que je leur nique les animations non drôles et non culturelles. Je ne ferai aucun effort vestimentaire et encore moins s’il y a des dîners avec des thématiques bien précises. Je ne déguise pas en marin ni en rugbyman pour faire plaisir à quelques malades qui n’ont que ça dans leur vie. Et ce n’est pas parce qu’on mange du poisson qu’on doit porter une marinière. Et je ne vous dis pas comment je vais critiquer les décorations de table. Trop simples. Pas dans le thème. Trop chargées. Bref, je vais tout noter très mal alors que j’aurai pris soin de m’extasier sur tant de talent pour la décoration, devant tout le monde. Je vais être une véritable teigne. Et ça me fait déjà jouir dans ma tête.

Mon but, c’est d’être le seul sur le podium et tant qu’à faire, s’il faut faire chuter les autres, je le ferai. Mais en douceur, sournoisement et attention, avec beaucoup de finesse. Si j’ai des sabots autant que mes convives, ils vont se rendre compte de tout très vite. À moins qu’ils ne soient bêtes et alors, c’est moi qui serai le méchant. Très méchant. Et de toute façon, si on ne truque pas le jeu avant que les caméras ne viennent chez moi, au dernier moment, je refuse le tournage et les caméras à Cabirol. Et je me demande déjà ce que je vais pouvoir faire de ces quelques malheureux mille euros. Dans l’absolu, ce n’est pas négligeable mais pour bouffer tous les soirs avec une bande de faux-culs, non merci, ce n’est vraiment pas assez cher payé. Mais toujours bon à prendre. Dont acte. Je suis prêt. On n’a qu’à me faire le virement tout de suite, tiens. Pas la peine de faire l’émission.