J’écris au jour le jour, au fur et à mesure que les choses arrivent, au fur et à mesure de ce que je ressens et advienne que pourra. En même temps, ça crée une espèce de décalage car le billet d’hier matin a été écrit quelques heures avant le départ de papa et donc, tout d’un coup, les choses me semblent décalées mais comme je suis dans la sidération et que je me sens décalé ou en décalage, ça m’est un peu égal, à vrai dire. Et puis au fond, un jour d’écart, maintenant, quelle importance ? Et puis comme de toute façon, nous sommes dans les jours d’après, même si fondamentalement, rien ne va changer, finalement, tout va changer. Les choses ne seront plus vraiment les mêmes car papa ne sera plus jamais là. J’apprendrai à vivre sans lui et ça sera possible quitte à ce que ça prenne du temps.

Avant-hier, j’avais commencé d’écrire quelques lignes sur toi, papa et ça disait « Tu as la mémoire qui flanche », comme le chantait Jeanne Moreau mais moi, je ne t’oublierai pas. Nous ne t’oublierons pas, comment le pourrions-nous ? Et puis, en plus de la mémoire, tout ton corps a flanché et c’est très bien que tu n’aies pas résisté plus longtemps, ça devenait invivable pour toi. Et même pour nous même si pour nous, c’était moins important. En tout cas, hier, nous avons fait les démarches après des pompes funèbres et ça s’est bien passé. On a même eu la chance d’avoir un créneau très rapidement pour l’incinération puisqu’elle aura lieu demain à 8h. Sans nous. Mais cet après-midi, nous irons nous recueillir pour toi, au crématorium, histoire de te redire au revoir tous ensemble, en même temps.

Samedi, nous inhumerons tes cendres. Tout doit et va se passer dans la plus stricte intimité. Et ça sera la deuxième étape difficile de la semaine parce que, après, je pense que nous pourrons commencer à revenir à une vie un peu plus normale. Si tant est que ça puisse encore exister mis je veux y croire. Cela dit, je passe par tous les états émotionnels possibles : le chagrin le plus absolu, la sidération, l’incrédulité, le soulagement, le rire, la soumission et encore tant d’autres sentiments. Mais je me demande : suis-je un mauvais endeuillé ? Parfois, souvent je pleure, devant les autres ou seul dans mon coin mais parfois, souvent, je ris, je dis des bêtises comme si de rien n’était et je me dis que même si ça me fait du bien, peut-être que ça n’est pas politiquement correct. Vous savez quoi ? Tant pis.