Si ça se trouve, j’ai contribué à la rencontre de deux personnes qui vont peut-être passer le reste de leur vie ensemble. Tout ça par un concours de circonstances aléatoires et inattendues (je crois nettement plus au hasard qu’au destin) et je me dis que ça n’est peut-être pas si anodin que ça, tout ce qui s’est passé pour qu’on en arrive là. La seule chose, c’est que je ne sais pas s’il y aura une suite à leur rencontre d’hier soir alors que j’aimerais tant que oui. C’est mon côté romantique qui ressort là. Car il ne faut pas croire mais derrière chaque obsédé sexuel, il y a un romantique qui sommeille alors que derrière chaque romantique, il n’y a peut-être pas un obsédé sexuel qui sommeille. Ni même un bon coup, d’ailleurs. Et moi, je me retrouve bien là. Mais au fait, qui a dit que j’étais obsédé sexuel ? Comment vous le savez, d’abord ? Et pffft, c’est celui qui le dit, qui l’est et toc !

Alors, que les choses soient dites dans le bon ordre pour une bonne compréhension de tout un chacun : hier soir, dimanche, avec le patron, nous devions aller assister à un récital de Renée Fleming, rien à voir avec Ian. La première est une grande chanteuse lyrique, soprano et c’est amusant car on ne dit jamais que c’est une diva, a contrario de certaines autres. Je me souviens l’avoir vue dans une représentation de « Der Rozenkavalier » (Le Chevalier à la Rose) de Strauss où elle m’avait ébloui par son art et sa beauté. C’était un événement de la voir venir pour une soirée à Bordeaux et nous avions réservé nos places depuis longtemps. Rien à voir avec Ian Fleming, le créateur de James Bond même si parfois, Sean Connery pouvait avoir des allures de chevalier avec une rose et quelques épines. Bref, nous devions aller assister à ce récital tant attendu et hier matin, hier matin…

Hier matin, le patron m’a prévenu qu’il avait fait un malaise dans la nuit et quand je suis passé le voir, il m’a dit qu’il était trop fatigué et qu’il ne se sentait pas le courage de sortir le soir, tant pis pour Renée Fleming. Moi, tout seul, bof, ça ne m’a plus rien dit, du coup. Et comme je ne voulais pas perdre les deux places à 99 euros chaque, j’ai décidé d’aller les vendre vers 19h, avant l’ouverture de l’opéra. Et là, en dix minutes je les ai vendues. L’une à un monsieur asiatique qui ne parlait pas français mais anglais et l’autre à un monsieur avec un léger accent britannique. Je leur ai vendu à 50 euros à chacun. Et je leur ai souhaité une très bonne soirée, ensemble, assis l’un à côté de l’autre. Et en les laissant pour rentrer chez moi, j’ai eu l’impression d’avoir été un marieur (et non plus de travailler chez un mareyeur) et d’avoir été payé pour organiser une rencontre entre deux personnes seules.