Et passer à autre chose. Sauf qu’il ne faut pas se voiler la face, non plus. Surtout en ces temps, ces temps derniers, où il n’est pas bien vu de porter quelque chose sur la tête. Quelque chose qui masque peu ou prou son propre visage, surtout pour les autres car pour soi-même, ça peut avoir un certain intérêt, parfois. Et parfois, ce sont les jours où on se dit : y a des jours comme ça.

Parce que oui, bien sûr, qu’il y a des jours comme ça, des jours où on se dit que bof. On est dans son meilleur rôle, celui de l’aquoiboniste. Et on donne le change parce qu’on sait que justement, on ne peut rien changer. On fait avec et on sait qu’on fera toujours avec. Alors, hier, j’ai couru à en perdre haleine. J’ai couru à n’en plus pouvoir mais j’ai fini par m’arrêter. Et m’arrêter, chez moi, c’est me coucher.

Mon lit est une valeur refuge. Tout comme certaines migraines. Souffrir physiquement pour ne plus penser qu’on peut avoir mal dans son esprit. Avoir mal à la tête pour oublier qu’on peut avoir mal dans sa tête. Il y en qui boivent pour oublier, moi, inconsciemment, j’ai passé une partie de ma vie à avoir mal pour oublier le reste. Mais oublier quoi, justement ? Je n’arrive pas toujours à m’en souvenir. 

Ou alors, je fais l’autruche. Tout simplement. Parce que là encore, ça me protège du monde extérieur et de mes propres intérieurs. Je me fous la tête dedans et je respire par le reste du corps. Je prends la température de ce qui m’entoure et quand je sens que c’est le bon moment, je reviens à la vie. Comme si je renaissais au monde, à chaque fois. Et c’est reparti pour un tour. Jusqu’à la prochaine fois.

Vous avez raison, docteur, je me pose trop de questions et ça ne me laisse jamais en repos. D’autant que je n’ai pas vraiment les bonnes réponses. Ça me ramène à mon vrai niveau, celui d’un homme de plutôt petite taille (j’aurais pu dire de taille moyenne) qui a des rêves de grandeur… pardon, qui a toujours eu des rêves de grandeur. Sauf que depuis des mois, sauf que depuis des mois…

Sauf que depuis des mois, mes nuits courtes m’empêchent de rêver. C’est probablement pour ça, docteur, que je ne me sens pas très en forme, ces temps-ci, ces temps derniers. C’est pour ça que j’aimerais retrouver le goût des envies et oublier celui des besoins. Mais je n’ai même pas le temps pour ça. Le temps pour avoir du temps. Vous savez, le temps au temps. Au temps… en emporte les vents…

Ou alors, faire l’autruche même par rapport au fait de faire l’autruche. Ne pas vouloir en avoir conscience. Ne pas le voir pour ne pas le savoir. Et inversement. Et si vous continuez de ne pas me répondre, docteur, je crois que je ne vais pas tenir longtemps. Je vais m’endormir sur votre divan. Ça sera déjà ça de pris. Ça ne sera pas perdu pour tout le monde. Ce qui ne me tue pas me rend fort.