Personnellement, oui. J’avoue que je m’en foot complètement. Autant je m’étais pris au jeu, en 1998, après avoir craint le mondial en France que là, cette année, je m’en contrefoot. Je n’attends qu’une chose, c’est que ça soit fini et qu’on passe à autre chose. Car quand ça sera la finale, normalement, je devrais avoir déménagé et ça ne sera pas de trop. Mais bon, en même temps, il ne faut pas perdre de vue qu’après l’Euro, ça va être le Tour de France. Il y a un côté gavage, avec ces événements sportifs. Je ne veux pas être médisant mais quand ça n’est pas le foot, c’est le Tournoi des Six Nations ou les championnats d’Europe de ceci ou les championnats du monde de cela. Et n’oublions pas les Jeux Olympiques de Rio, cet été. Vivement septembre, plutôt, alors, non ?

De quoi nous faire oublier le mauvais printemps social que nous avons vécu. Que nous avons subi. Le peuple a faim ? Qu’on lui donne des jeux. Et Candy Crush Saga pour tout le monde a décrété le dictateur. Allez-y, c’est ma tournée. Pendant ce temps-là, on oublie les malades, on oublie les pauvres, on oublie les sinistrés. On vit vraiment une époque formidable et je ne suis pas en colère du tout, aujourd’hui, non, pas du tout, je viens juste de rentrer d’un déjeuner avec Sophie. Ça n’était pas bon du tout et comme je regrette le potage qu’a mangé le patron, son premier repas depuis samedi. Ça, ça devait être bon. Mais ce risotto de coquillettes aux gambas, ça ressemblait à un mélange de pâtée et de bouillie, avec une consistance de mayonnaise du commerce mais sans en avoir le goût.

Il y a des lundis où on ferait mieux d’être dimanche et donc, ça ferait comme si on aurait sauté son tour. Mais ça ne marche pas comme ça. Je crains même que cette nouvelle semaine qui commence ne soit un peu le copié-collé de la précédente. Il y a toujours des grèves, des inondations et des gens qui font la manche tous les dix mètres dans la rue. Et j’ai aussi un peu peur que la CGT ne prenne la mouche. On ne parle d’elle qu’en troisième ou quatrième position, désormais, dans les journaux télévisés. À moins que… à moins que… à moins qu’elle ne revendique les intempéries et les catastrophes météorologiques que certaines régions viennent de subir. Parce que ça, on ne s’en foot pas. Le ballon rond, soudain, ça devient non seulement accessoire mais surtout dérisoire. Je dis ça, je ne dis rien.