Ça fait drôle d’effet, comment vous dire ? Hier, quand je suis allé chez mon courtier pour régler un point de détail bloquant en vue de l’obtention du prêt bancaire pour le nouvel appartement (l’assurance du président, pour ne rien vous cacher), je me suis trouvé nez à nez avec la tête du cortège de la manifestation du jour, à l’angle de la rue de Cursol et de la place de la République. Je vous jure que quand vous vous trouvez face à eux, vous faites profil bas. Et pourtant, en entendant leur barouf depuis un moment, sans les avoir encore vus, les manifestants, j’étais de mauvaise humeur et prêt à les provoquer en leur criant que « CGT, têtes de cons » mais je me suis vite abstenu.

Pourquoi ? Parce que je ne me sentais pas en sécurité devant les premiers manifestants. Supérieurs en nombre aux forces de police. Les premières dizaines de contestataires n’étaient ni plus ni moins que des mecs (y avait-il des nanas, avec eux ?) masqués, cagoulés, cachés derrière des lunettes noires et je ne sais pas pourquoi pas je me suis dit que s’ils ne se montraient pas à visage découvert, ça ne pouvait rien augurer de bon. Alors, mine de rien, j’ai continué mon chemin en ouvrant la porte de chez le courtier. Un endroit qui sent très fort le capitalisme. Ironie de la situation ? Non, ironie peut-être mais ironie cruelle car ça ne m’a pas donné envie de rire. Dans un pays en état d’urgence, on accepte qu’une manifestation soit menée par des gens cagoulés ?

Je vais donc me faire l’avocat du diable : comment peut-on vouloir que la loi sur le voile soit respectée pendant que des casseurs supposés peuvent avancer librement dans la rue sans pouvoir savoir qui ils sont ? Au nez et à la barbe du cordon de sécurité de la police. Je n’en suis toujours pas revenu. Et pendant que nous discutions avec mon courtier, pendant qu’il m’expliquait ce qu’il fallait que je sache, nous avions un mal fou à communiquer à cause du bruit des protestataires. On a même entendu des détonations. Étaient-ce des pétards ou des coups de feu ? C’était un peu surréaliste. Mais surréaliste dans le mauvais sens du terme. En revanche, pour rentrer chez moi, moi qui n’étais pas cagoulé, j’ai été obligé de franchir un cordon de sécurité et de montrer patte blanche. C’est normal, ça ?