Nous nous étions tant cru en plein été indien que nous fûmes tous saisis par ce froid pénétrant tout autant qu’étrange car il nous a semblé plutôt incongru. Cette tentative d’invasion de l’automne par des forces hivernales fit sursauter le monde entier et soudain, il frissonna. Et pas seulement à cause de la fraîcheur ambiante. Pas seulement à cause du froid. Et alors, chacun de se dire rapidement qu’il allait falloir prendre des décisions pour ne pas trembler jour et nuit. Ne pas oublier de sortir les affaires d’hiver. Enlever le couvre-lit léger afin d’y mettre la couette, celle sous laquelle nous aimons nous endormir, bien au chaud. Ce fut aussi le déclic pour le retour des tisanes et des infusions. À boire le soir, après dîner. Les pieds bien calés dans leurs chaussettes. Et s’il le faut, la petite couverture polaire pour regarder la télé sans avoir la sensation d’habiter dans un igloo.

Et cette baisse de température est très bien assortie avec les jours qui raccourcissent et ces repas du soir qu’on doit prendre sous la lumière électrique car sinon, c’est bien trop sombre pour voir ce qu’on va manger. Nous n’en sommes pas encore à mettre les assiettes creuses et les cuillers à soupe quand on met le couvert mais il s’en faut de peu. Et on ne va pas tarder à nous parler des prochaines fêtes de fin d’année : Noël, surtout et le Nouvel An, accessoirement. Et on n’a pas fini d’en entendre parler, avant et après, encore. Parce qu’il n’y en a plus à St Germain des Prés, il y en a dans le monde de la surconsommation où les enfants sont rois et leurs parents, leurs esclaves. Entre temps, nous allons voir les cimetières fleurir et se parer des mille couleurs des chrysanthèmes, dans quelques semaines. Un peu de chaleur dans ce monde de plus en plus frigide.

Nous allons devoir nous habiter à cet hiver qui veut nous imposer sa loi comme lors d’un putsch militaire. Mais nous n’allons pas nous laisser faire et nous allons nous organiser pour résister du mieux qu’il nous sera possible de le faire. Et nous allons montrer qu’on peut avoir le sang et le cœur chauds même s’il fait très froid dehors. Je n’ai rien contre les jours qui deviennent de plus en plus courts, je n’ai rien contre l’automne quand il se prend pour l’hiver mais je veux encore pouvoir croire dans les saisons qui passent. Chacune à sa place et les moutons dans le ciel seront bien gardés. Ce matin, je ne sais pas si je bâille d’ennui à mon travail, si je bâille parce que j’ai peur d’avoir froid ou si je bâille parce qu’il fait vraiment froid. Ce n’est pas de chance, nous pensions tous pouvoir en profiter encore un peu. Peut-être que tout n’est pas perdu mais dans l’immédiat, le monde frissonne. Et ça n’est pas de plaisir.