Je n’ai pas compris pourquoi ni comment ça m’est arrivé mais ce matin, au bureau, alors que je n’avais bu qu’un café en tout et pour tout, non, un verre d’eau aussi mais pas plus que ces deux choses-là, à un moment, alors que j’étais en train de faire quelque chose d’un peu minutieux qui demande beaucoup de précision et de concentration, j’ai eu de plus en plus envie de faire pipi et à un moment, je me suis dit que tant pis pour l’inventaire de fin d’année fiscale, je n’allais prendre le risque de me faire dessus et donc, j’ai opté pour la meilleure option qui s’offrait à moi : me lever de mon siège, sortir du bureau et aller en face, dans les toilettes et essayer de ne rien perdre de ma concentration pendant les quelques dix secondes habituelles dont j’ai besoin pour vider ma vessie en temps normal. Parce que je crois que c’est à peu près, ça vu que je fais partie de la moyenne.

Sauf que là, alors que j’étais justement un peu pressé de retourner à mon tableau Excel, je n’ai eu de cesse de faire pipi comme si ça ne m’était pas arrivé depuis des jours et des jours. Pardon pour les détails mais je peux vous dire que j’ai fait un pipi avec un gros débit. Pas un pipi de jeune fille, non. Pas trois gouttes comme font les chats, non. Un vrai arrosage public en bonne et due forme de la cuvette de toilettes qui n’attendait que ça. Sauf que moi, tout en continuant de me soulager tout en m’interrogeant sur cette abondante miction. Tout en me surprenant moi-même d’un tel flot ininterrompu comme la bière à la fête du même nom de Munich, sans doute. De quoi pouvoir envisager de participer au Guinness Book des Records dans la catégorie plus gros pipi du monde. Et si je n’ai pas vérifié le temps que ça m’a pris, je peux quand même l’évaluer à au moins vingt secondes.

Et tout en étant proche de l’admiration pour un tel pipi de professionnel (bien que je trépignais aussi de retourner finir mes calculs à mon bureau – heureusement, ce n’étaient pas des calculs rénaux !), je me suis dit que j’avais bien dû perdre entre cinq cent et sept cent cinquante grammes avec un tel vidage. J’en suis ressorti la vessie tout essorée et en me demandant combien on perdait de poids par jour, en cumulé, à chaque fois qu’on a envie d’aller faire un pissou. Si ça se trouve, c’est démentiel mais en même temps, on n’a pas idée de ce que ça peut représenter. On n’a pas idée non plus d’avoir de telles pensées. Mais je suis comme ça, moi, je me vide d’un côté (physiologiquement) et je me remplis de questions de l’autre (cérébralement.) Et après, vous allez encore me reprocher de me plaindre que j’ai des maux de tête. Mais j’aime bien être éclairé, moi, alors si ma vessie peut me servir de lanterne, je n’ai rien contre.