Je dois absolument diversifier mes activités. Mon travail de livreur à domicile ne me permet pas de gagner décemment ma vie. Surtout en plus que j’ai dû annuler une commande de soupe de poissons pour demain. Parce que mon fournisseur me pose un lapin. Enfin, tout ça, c’est de l’histoire interne qui ne regarde que moi, il ne faut pas que je révèle les dessous de l’affaire sinon, ça retire toute la magie à la chose que je fais. Ou alors, je peux envisager de livrer une soupe de lapin. Sauf si le fournisseur me pose un poisson.

Or donc, en fonction de cette crise dans ma petite entreprise (devrais-je dire ma petite entrecrise ?), j’ai choisi de diversifier mon offre et dès cette après-midi, je vais aller faire le chauffeur pour quelqu’un qui est handicapé. Tout à l’heure, j’irai chercher la personne en question et je l’amènerai en ville pour qu’elle fasse quelques courses et ensuite, je lui proposerai de manger un morceau ensemble. Ça nous fera de la compagnie mutuelle. Et comme il n’est de bonne compagnie qui ne se quitte, je la raccompagnerai chez elle, tardivement. Je ne compte pas mes heures.

À propos d’heures, ce matin, déjà, j’ai obtenu un contrat pour un réveil. Non pas pour l’objet, celui qui indique l’heure toute la nuit, bêtement et qui se met à sonner comme un malade au moment où on dort le mieux. Non, je parle d’un contrat pour un réveil, quelqu’un qui voulait que je le réveille par téléphone. Un peu comme si j’étais le réveil automatique sauf que là, c’était moi qui allais le faire. Le réveil anatomique. Comme une bombe sauf que moi pas. Et j’ai donc obtenu ce contrat à l’arraché. Et je l’ai respecté au chiffre et à la lettre H près.

Il m’avait été confié la haute mission de réveiller mon client à 8h au plus tard. Ce qui signifiait que je pouvais le faire avant. À partir d’une heure décente et non pas d’une heure indue. Sinon, je risquais de perdre le client et ce, définitivement. Alors, je lui ai préparé un réveil aux petits oignons. Et quand je dis « aux petits oignons », ce n’est qu’une image. Jamais je ne me serais autorisé d’en faire frire dès le matin. Avec l’odeur que ça dégage, ça aurait pu m’attirer encore bien des ennuis. Et encore une fois, je n’ai pas besoin de ça en ce moment, je dois fidéliser une clientèle. Objectif numéro 1.

Non, j’ai fait ça très bien. J’ai répété entre le moment où je me suis levé et le moment où je suis arrivé à mon autre travail, celui qui m’occupe le plus dans la semaine. « Bonjour, il est 7h45, vous avez demandé un réveil avant 8h, il fait beau et je vous souhaite une bonne journée. En espérant que vous avez passé une bonne nuit. À bientôt de vous revoir sur notre ligne. » Un peu pompeux, non ? « Au feu ! Debout tout le monde, alerte au feu ! » Un peu pompier, non ? Alors j’ai fait simple : « Bonjour, il est 7h35, vos désirs sont des ordres. » et là, ça a bien marché. Je pense que je l’ai accroché, le client.