Avant-hier, j’ai écrit un billet dans lequel je disais que je comprenais les chiens d’appartement qui tournaient un peu en rond chez eux, faisant sans cesse les mêmes pas, prenant tout le temps les mêmes chemins et allant tout le temps à la même fenêtre pour voir ailleurs s’il se passe quelque chose. Cet ailleurs qui est bien loin, vu d’un cinquième étage. Comme un film d’animation en projection privée mais autant vous dire que le scénario est assez médiocre et la distribution ne brille pas par sa pertinence. On a quand même affaire à peu de chose quand on regarde la vie à travers une vitre, si propre soit-elle. C’est toujours pareil et rares sont les moments où il se passe un petit quelque chose. Je ne critique pas, je reste objectif.

À propos de ces chiens qui vivent toujours enfermés, sans jardinet, sans terrasse ou sans cour pour sortir prendre et humer l’air, pour faire son petit besoin (ou son gros besoin) quand c’est nécessaire et non pas quand c’est l’heure décidée par le maître, je comprends aussi ça, depuis près d’une semaine, exceptés les besoins que je peux soulager tout seul sans l’aide de personne, heureusement mais je comprends leur bonheur quand leur maître se lève en les regardant et va se diriger… oui ?... non ?... fausse alerte, il va vers la cuisine ou vers ses propres toilettes, le veinard… quand le maître se lève et se dirige… non ?... oui ?... oui, il se dirige vers là où est accrochée la laisse. Ça signifie que dans pas longtemps, dans pas longtemps, ça va être l’heure d’aller se promener.

Et cette fête que ça procure aux chiens en question quand ils ont compris que c’est enfin l’heure de sortir. Car outre les besoins dont je parlais plus haut, c’est aussi sortir à l’air libre. Aller renifler toutes ces odeurs à ras le sol mais aussi, la truffe en l’air, celles qui survolent au-dessus d’un monde dont le mouvement est sans doute déjà passé mais qui a laissé des traces. Et c’est aussi le plaisir difficile à décrire de marcher, d’être en vie au milieu de la vie. Chaque sortie, pour moi, depuis le début de ma convalescence, chaque sortie que le président m’autorise est une fête à laquelle je participe avec une joie non dissimulée. Mais une joie qui est aussi une fatigue, assez rapidement car la vie du dehors tourne un peu la tête mais je m’en fous, que c’est bon de pouvoir marcher, même lentement, même accompagné, même avec une canne avant de revenir se reclure chez soi.