Évidemment, que ça va bien se passer mais je le connais, il n’est pas habitué à être minoritaire et je sais, pour l’avoir vécu en d’autres lieux et avec d’autres gens, que quand on se sent minoritaire, il fait savoir faire ce qu’il faut pour montrer qu’on existe. Se faire entendre. Mais moi, à sa place, avant qu’elles n’arrivent, j’aurais mis les choses au clair tout de suite : je ne fais pas la vaisselle, je suis en RTT. Je ne m’occupe que d’ouvrir une bouteille de vin. Et éventuellement de couper le pain mais seulement s’il n’y a personne d’autre pour le faire. Parce que, ce vendredi, je suis en RTG, l’équivalent d’une réduction de temps de travail mais adapté à la belle-famille : en réduction de temps de Girard.

C’est vrai ça, chez moi, chez mes parents, on a toujours été habitués à être plein de mecs pour très peu de nanas. Maman comprise et pas qu’un peu vu que bien souvent, elle était même la seule femme de l’assemblée. Mais là, ce midi, je sais qu’il y a une mini réunion de famille avec trois des cinq sœurs et la cousine Isabelle. Ça veut dire quatre contre un. Quatre dont trois Girard. Trois pour le prix de deux (les 2 saint-maixentaises) et non seulement d’en avoir une en plus pour le prix de deux, en bonus, on lui offre une Montrignac. Et pas n’importe laquelle : la rebelle, la seule qui est encore une véritable Montrignac, une 100% pur jus, récemment refaite à neuf alors autant vous dire qu’elle n’est pas du genre à se laisser faire.

À quelques minutes d’un déjeuner auquel je ne participe pas, j’ai une pensée particulière pour mon père, aujourd’hui car, de deux choses l’une, soit il sera le coq en pâte au milieu de ce harem, qui, sans vouloir être vexant, n’est pas de la première jeunesse, soit il sera le dindon de la farce. Au milieu de quatre dindes ? Non, je n’ai jamais dit ça, loin de moi une pensée aussi désobligeante. Pour les dindes. Allez, c’est juste pour rire. En plus, Isabelle lui apporte des huîtres. Il devrait être content, papa, je suis sûr que Monique va se faire un plaisir de les lui ouvrir. Mais je sais aussi qu’il y aura deux desserts alors, s’il tient jusque-là, on pourra dire qu’il aura bien gagné le droit de faire deux siestes, aujourd’hui. Et si maman ouvre les huîtres, moi, je me propose de la fermer.