Ce matin, un nouveau jour s’est levé, plutôt ensoleillé dans son crépuscule. Du moins, dont on devinait le soleil derrière les rideaux encore un peu tirés de la nuit. Moi, j’avais un peu la gueule de bois comme si j’avais bu, hier soir. Comme si j’avais bu pour oublier, pour tenter d’oublier. Oublier quoi ? Oublier que je vis dans un monde qui me fait de plus en plus peur et je ne parle pas seulement des terroristes, des djihadistes ni même des intégristes catholiques et j’en connais pas si loin que ça, à Bordeaux. Un monde dans lequel le mot démocratie est tellement galvaudé et même méprisé que… un monde dans lequel la moitié des citoyens ne prend pas la peine de voter et dans lequel près d’un tiers de ceux qui votent le font sans savoir les risques qu’il nous font tous prendre.

Ce matin, un nouveau jour s’est levé et paradoxalement, le soleil qui s’apprêtait à poindre, à sortir de son lit et à se montrer aux fenêtres de son palais de ciel bleu, ce soleil m’a semblé bien pâle. Un soleil d’hiver alors que nous venons d’entrer dans le printemps. Un printemps qui n’est pas porteur d’espoir comme l’a pu être celui de certains pays arabes. Un printemps qui n’en a que le nom car il a un arrière-goût amer, un goût de « que peut-on encore faire contre ? » et un goût de « n’y revenez pas, n’y revenez plus jamais, je vous en prie ». Seulement voilà, ce qui est fait est fait et on aura beau y faire, nous en garderons toujours la trace au mieux. Et ça n’est que le début, au pire. Dans tous les cas, tout me semble bien triste alors qu’hier, j’écrivais que je sortais du tunnel. Pour mieux y entrer de nouveau ?

Ce matin, pourtant, j’ai vécu un rayon de soleil particulièrement chaud et bienfaisant. Et je me suis fait la remarque que pour quelqu’un comme moi qui ne croit pas au destin, toutes ces circonstances, tous ces hasards et toutes ces choses qui ont fait que j’ai pris ce coup de soleil en plein cœur, quand même, hein ? Si ça n’est pas la main d’un Dieu… Je pars très souvent faire mes courses à Auchan à pieds, le lundi matin avec mon caddy sinon, si j’y vais en tram, je monte toujours en tête. Ce matin, je suis monté en queue de la rame car celle-ci, quand elle est passée devant moi, était presque vide. J’y ai vu un appel pour que je monte dedans. Et là, je me suis senti observé. Oui, un visage que je connaissais avant de le reconnaître. Christine. Pas vue depuis dix ans. Un moment délicieux. Mieux que l’alcool pour oublier le reste. Ravie de l’avoir revue, même rapidement.