Nous sommes le jour J. Comme jeudi. Et comme je dis que c’est le bon jour. Ça tombe super bien que ça soit aujourd’hui jeudi, le jour J. Parce que, pour un peu, à vingt-quatre heures près, on aurait été le jour M (on n’aurait pas été dans la M) ou le jour V, peut-être un jour de victoire mais ça n’est pas garanti sur facture. On ne le sait jamais à l’avance. À l’avance, justement, tiens, puisqu’on en parle, parlons-en. Ce billet est écrit à l’avance car ce jeudi est férié pour moi à plusieurs niveaux. Bien sûr, je suis allé travailler normalement. Bien sûr, je n’aurai pas changé grand-chose à mes habitudes de mec aux cheveux blancs. Bien sûr, je m’autorise juste à ne pas presque rien faire pour le reste de la journée. Histoire de me faire un peu plaisir.

Pour ça, je suis déjà allé chez le coiffeur  le jour M, soit hier pour ceux qui lisent ce billet mais aujourd’hui pour moi à l’heure où je l’écris. Et Carlos, mon merlan préféré (pour un mec qui bosse dans le poisson, fallait oser, je l’ai fait) m’a fait une coupe bien propre, j’ai rajeuni de dix ans au niveau de la forme mais j’ai toujours cette teinte blanche comme si j’avais réellement la tête dans les nuages. Et d’ailleurs, à ce sujet, j’ai remarqué, alors que nombre de cheveux tombaient sur moi, enfin, sur l’espèce de blouse-peignoir qu’il m’avait fait enfiler, une blouse presque toute noire sauf là où mes tifs venaient se jeter. Et à un moment, j’en ai pris une touffe dans la main et quelle ne fut pas ma stupéfaction de voir qu’au milieu de tous mes cheveux blancs, j’avais quelques cheveux foncés !

Autant vous dire que ça m’a un peu remué. Étais-je en train de devenir comme Benjamin Button ? Non, il est clair que je ne vais pas dans l’autre sens, je sais que je suis dans un sens unique comme dans un toboggan dont il ne me serait pas possible de m’échapper sauf le jour définitivement J. Celui qui sera le jour de Jamais. Ou encore le jour T, le jour qui sera celui de Toujours. Ou le jour C, celui de Clap final. Le jour où on me dira que c’est terminé pour moi, que je devrai descendre avec tout le monde et partir dans des oubliettes. Celles dont personne n’est jamais revenu. D’ailleurs, ne devrais-je pas plutôt l’appeler la nuit I comme nuit infinie. Mais qui sait s’il y fera plutôt noir ou blanc. Et est-ce que je dépareillerai avec mes cheveux blancs si c’est un monde tout noir ? Ou est-ce que je me fondrai dans la masse ?