Et ça continue, encore et encore. Chaque fois la même chose. Les jours qui passent qui remettent sans cesse leur ouvrage sur le métier. Ou quelque chose comme ça. Parce que tout est inéluctable dans le défilement des minutes, des heures, des jours, des semaines, des mois et des années. C’est volontairement que j’ai écrit tout ça, ça me permet d’insister sur leur poids. Leur accumulation. Et on a beau faire, on a beau vouloir, on a beau s’en défendre, parfois, on est obligé de tomber dans la routine imposée du temps qui passe et des jours qui défilent, les uns après les autres comme dans un défilé militaire inexorable, à jamais ininterrompu, comme tombé dans une espèce d’éternité mais pas de celle dont certains ont pu ou pourraient rêver.

Et ça continue, encore et encore. Et chaque semaine qui passe en ajoute une couche. Chaque semaine qui commence essaie d’être le miroir toujours un peu déformant de celle qui vient de se terminer. On pourrait même tenter de jouer au jeu des sept différences pour voir, justement, ce qui a changé mais il ne vaut mieux pas prendre une loupe et s’y risquer car les différences qu’on y verrait nous feraient mal au moral. Là, un petit sillon au coin de l’œil, qui n’était pas là quelques jours plus tôt. Là, quelques grammes de vieillesse en plus qu’on ne voit jamais vraiment mais qu’on sent peser sur soi. Et autour de chacun de nous, la vie qui passe, les autres qui continuent leur chemin comme si eux n’étaient pas ou étaient moins touchés que nous ces jours qui vont.

Et ça continue, encore et encore. Ces jours qui vont mais qui ne reviennent jamais. Il n’y a pas de retour en arrière possible, avec le temps qui court. On peut juste se retourner et tenter de regarder par-dessus son épaule pour entrevoir quelque chose qu’on aimerait ne pas perdre de vue, pour apercevoir un bout de ce qui vient de se passer qu’on a bien aimé. On sait que quand c’est vécu, c’est trop tard. Ça ne revient jamais. On n’a jamais vu un grain de sable redevenir falaise. Ni même remonter dans le haut d’un sablier. On n’a jamais vu de rivière remonter à sa source. Ni de personne pouvant revenir à son enfance et retrouver la chaleur des bras de ses parents. Même si on s’infantilise, cliniquement parlant, ça n’est jamais la même chose.

Et ça continue, encore et encore. Chaque début de semaine est un peu un crève-cœur pour la plupart, chanceux, des gens qui travaillent. À chaque début de semaine, on se dit, souvent, qu’on n’arrivera jamais à la fin de celle-ci, que son échéance nous semble inaccessible. Et pourtant, dès que le temps a le dos tourné et qu’on peut regarder derrière soi, on se rend compte qu’il a passé vite, vite, très vite. Et parfois même, trop vite. Tout vient à point nommé à qui sait attendre dit-on dans les chaumières du temps jadis, du temps où on savait prendre le sien et observer les choses. D’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. D’avant les smartphones. D’avant, le temps de naguère quand c’était toujours mieux que maintenant.

Et ça continue, encore et encore. Et comme chaque lundi matin, c’est la même chanson et la seule différence, c’est que moi, j’ai une semaine de plus. Et plus j’approche de la fin de l’année, plus je me dis que pour mon prochain anniversaire, ce ne sera pas une année de plus, que j’aurai peut-être l’occasion de fêter mais une année de moins. Une année de moins à vivre. Comme si j’en voulais encore et tant et plus. Comme si… Mais non, le temps passe et c’est déjà pas mal. Et comme à chaque début de semaine, j’ai conscience que je n’ai plus d’illusions à me faire et que je suis comme un poisson dans un bocal, je tourne en rond, face à l’éternel retour des choses. Parce que quoiqu’il en soit et qu’il en sera, ça continue et ça continuera, encore et encore.