J’ai envie de tout envoyer promener et de me replier sur moi, me laisser aller aux pa-pattes en rond sur le canapé voire sous la table, sur le tapis, entre les chaises. Qu’on m’oublie le temps que j’en ai besoin et qu’on me laisse seul le temps que j’en ai envie. Je me porte volontaire pour toutes les expériences qui concerneraient les effets de siestes prolongées, très longues, sur l’homme. Sur moi. Je ne veux voir personne et je ne veux parler à personne et je ne veux entendre personne me parler. Qu’on me laisse seul dans mon coin sinon, ce serait faire offense à mon besoin de solitude.

J’ai envie de me taper une grosse sieste de malade, seul, enfermé, reclus, ermite, prisonnier et je suis prêt à donner toute ma fortune, à vider mon portefeuille, à céder mon royaume pour un lit même sommaire en haut d’un donjon, loin de tous les princes et les princesses charmants, de tous les dragons du monde et de toutes les armées qu’on pourrait envoyer pour tenter de me sauver, de me faire revenir à moi, chez moi. Je veux être seul. S’il le faut, je suis même prêt à payer 240 euros de ma personne. Et vous savez, 240 euros, ce n’est pas rien.

J’ai envie qu’on prenne mon argent et qu’on ne me rende pas la monnaie. Personnel ! Que le personnel s’amuse pendant que moi, je m’en irai hiberner en été. Parce que je ne suis pas et parce que je ne serai jamais tout à fait comme les autres. Parce que c’est ainsi. Et parce que, au lieu de me mettre à boire pour tout oublier j’ai plutôt envie de me plonger dans un sommeil profond. De m’enivrer de tous les sommeils paradoxaux du monde. Et y ajouter tant de micro-siestes que je pourrai alors entrer dans le Guinness des Records mais comme je m’en fous…

J’ai envie qu’on oublie que j’existe mais qu’on se souvienne que j’ai existé. Un peu comme si j’étais mort mais en plus confortable parce que quand j’en aurai envie, je pourrai me réveiller, lentement ou brutalement, par petites touches ou en sursaut et parce que si je dors et si je ne suis pas mort, j’ai encore la possibilité de rêver. Même lourdement. Et tant pis si, au milieu, je fais des cauchemars. Parfois, je me dis que les cauchemars qui peuvent sembler insupportables sont peut-être moins pires que la vraie vie. Parce que dans les cauchemars, il y a encore de la place pour de la folie.

J’ai envie de me foutre sous la couette et transpirer pendant que je dors, transpirer au point de pouvoir nager dans un bonheur abstrait, celui de mes draps trempés et ne plus sortir la tête de l’eau que pour prendre d’occasionnelles respirations le temps de ne pas mourir étouffé. Dormir et tout oublier sauf de respirer. Au cas où. J’ai envie d’homme invisible. J’ai envie de devenir transparent. J’ai envie de devenir une ombre le temps de me retrouver un soleil qui me convienne. J’ai envie de rapetisser. J’ai envie de me foutre de tout. J’ai envie de me foutre dessous.