Il s'était passé tellement de temps pour eux deux, José et Maria, les deux portugais venus s'installer en France à la fin des années quatre-vingt-dix. Tant de temps à espérer pouvoir le faire, ce petit bout de chou dont ils rêvaient si fort. Malgré tout leur amour, malgré toutes leurs ardeurs, malgré toutes leurs tentatives, rien n'y avait jamais fait. Malgré toutes leurs effusions sexuelles. Malgré toutes leurs prières à un Dieu qui n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Après des années à consulter, à tenter différents remèdes médicaux, à essayer des solutions par des choses plus douces et naturelles, enfin, un jour, il s'est avéré que la solution de la fécondation in vitro allait pouvoir sans doute donner quelques résultats. Mais ne vendons pas la peau de l’ourch avant de l’avoir toué, disait José à Maria, aussi peu rassuré qu’elle. Mais confiant quand même. Foi de morue.

Très pieux, José et Maria ont continué de beaucoup prier. Chez eux, de chapelet en rosaire. En dehors de leur paroisse, ils sont entrés dans toutes les églises, toutes les chapelles devant lesquelles ils sont passés, car la fécondation in vitraux, ça pouvait peut-être participer aux chances de réussite de leur projet. On ne chait jamais, disait José à Maria, cha peut fonchtionner.

Enfin, après tout ça, un jour, après une bonne pipette, Maria fut grosse, éprouvée par l'éprouvette mais comblée et heureuse de porter cet enfant tant attendu. Attendu comme le messie. La grossesse se passait bien et l'enfant allait naître, enfin. Loin de l'appeler Désiré afin d'oublier un peu toutes ces années à attendre, ils l'ont appelé Irénée, le petit bout de chou qui est né la nuit dernière, nuit de Noël, à l'hôpital, comme un merveilleux cadeau de Noël, comme un miracle et comme un clin d'œil inespéré.

Et hier matin, toutes les infirmières de la maternité, avec les parents du petit Irénée, ont chanté, tous en chœur : "Irénée, le divin enfant, jouez hautbois, réjonnez moujettes..."