On essaie de ne pas s’en faire et de faire avec. Ne pas s’en faire, comme chantait Prosper, yop la boum, en des temps dont les moins de vingt ans se moquent éperdument. Pardon, dont les moins de vingt ans se foutent gavé. Trop pas. Oui, on va dire ça, on va essayer de ne pas s’en faire et de prendre la vie comme elle vient, comme le chantait ma philosophe préférée dans les années 60 (oui, oui, ma philosophe préférée… comprenne qui pourra) et du coup, pour me donner un peu de courage avant de m’installer en mode échouage sur le canapé, j’ai allumé les deux guirlandes électriques du séjour. La rouge qui va du téléviseur au petit coffre à coussins et qui prend fin au pied de la lampe tempête (c’est de saison) posée sur un piédestal. Et j’ai allumé la blanche, celle qui va du bar au bar en passant du comptoir au vaisselier qui est plus un verrier qu’un meuble à vaisselle. Et comme ça, ça clignote et ça met un peu de gaité dans mon état un peu éteint de cette fin de journée. Mais on va essayer de ne pas s’en faire et de faire avec.

Parce qu’il y a des jours avec et parce qu’il y a des jours sans. Des jours avec quand, au boulot, ça se passe plutôt bien, qu’on n’entend pas trop la phrase agaçante (pour ne pas dire insupportable) : « T’as changé de lunettes ? » Non, pourquoi ? Ça se voit tant que ça ? Comme le nez au milieu de la figure. Et des jours sans quand on a du mal à se lever comme ce matin. Parce que, à 2h30, j’ai été réveillé par une envie de faire pipi et j’ai eu un peu de mal à me rendormir jusqu’à 3h30. Des jours avec car c’est aujourd’hui que je suis allé rendre visite à Nicole. Pas vue, pas entendue, pas évitée depuis trois ou quatre ans. Mais sous un prétexte de lui faire passer un DVD la concernant, je suis allé la voir de midi à midi trente, chez elle, barrière de Bègles et nous nous sommes fait la bise, alors qu’elle n’est pas très comme ça et nous avons un peu parlé et ça s’est bien passé et j’avoue que j’y ai pris du plaisir. Et des jours sans car j’ai eu un gros coup de fatigue en fin d’après-midi alors que j’avais tout pour être bien, là, lové, pas seul. Un moment avec toi. Un jour avec avant une soirée sans.

On va essayer de faire avec et oublier sans. Essayer de ne pas perdre le nord en faisant les cent pas. Avec ardeur. Et sans entrain, parfois. Deux parallèles que je vais faire se rejoindre, ce soir, certainement. Avec plaisir et sans peine. Avec lassitude et s’en moquer. S’en foutre un peu et avec de la négligence mais pas trop. Il y a des moments où on oscille entre le pour et le contre. Être là pour toi et que tu sois là, contre moi. Mais quand ce n’est pas possible, on fait sans. S’en toi. Avec l’espoir du retour pour une autre fois. Un bientôt pas trop lointain. Un jour, demain, peut-être mais pour l’heure, il faut faire bon et faire avec sans toi. Et malgré tout, je reste calme. Je suis calme. Car tu n’es pas loin. Avec. Faire avec. Essayer de faire avec. Et ne pas s’en faire. Et attendre des jours meilleurs. Des jours doublement avec. Des jours de plus. De moins en moins lointains. Avec ou sans ? Je répondrai toujours avec mais pour l’instant, ce sera sans. Le temps que je ferme un peu les yeux en repensant aux moments avec, avec toi.