Hé, Stéphane, j’ai lu que tu recommençais à parler de poésie et moi, même si ça ne m’a jamais intéressé, tu comprends bien que moi, ce sont surtout les activités physiques, que j’aime, ce qui est normal en tant que prof de sports rectangulaire (le prof, rectangulaire, pas les sports, hein ?) et je me suis dit que j’allais essayer de te faire plaisir sans être un fayot car je sais que tu es exigeant. Alors voilà, j’ai essayé d’en lire mais comme ça ne me disait pas grand-chose, je me suis mis à en écrire. Bon, je sais que tu ne m’écoutes qu’à moitié, tout occupé que tu es à lire ton bouquin, là, mais je vois bien que tu ne tournes pas les pages de ton livre, donc, tu ne lis pas vraiment, tu fais semblant et donc, tu es capable de m’écouter. En plus de m’entendre. Alors voilà, je vais te lire ce que j’ai écrit.

Hmmm, hmmm, je m’éclaircis la voix pour que tu saisisses bien les nuances de mon poème. Tu es prêt ? Moi oui. Allez, j’y vais. Hmmm, hmmm. « Moi aussi, je t’aime même quand tu n’es pas là / Moi aussi, je t’aime et je pense à toi / Moi aussi, je t’aime et je t’aimerais toujours / Moi aussi, je t’aime et j’appelle ça l’amour. » Alors, hein ? Tu en penses quoi ? Hé, Stéphane, je te parle, tu pourrais me répondre, s’il te plaît ! On va dire que c’est un début. Avec de la pratique, de l’envie et du temps, tu ne pourras que progresser. Mais tu crois que si je lui envoie, j’ai des chances que ça touche son cœur ? Ça dépend de qui tu parles, à qui tu t’adresses. Là, c’est top secret. Il n’y a pas que toi qui peux être mystérieux. Mais tu sais, je vais continuer, je vais ajouter d’autres vers parce que là, c’est un peu court.

Tu sais, Jean-Michel, je ne suis pas prof de poésie, juste un amateur mais il faudrait que tu trouves des rimes un peu plus originales. Faire rimer amour avec toujours, ça a déjà été fait des milliers de fois. Oui, mais pas par mois. Et pas pour qui je sais. Et puis, je ne vais pas faire rimer amour avec tambour ni avec topinambour. Bien sûr que non, enfin, sauf si tu penses que c’est justifié. Ni avec Singapour. Et pourquoi pas ? Une invitation au voyage, ça fait toujours plaisir. Surtout en ce moment… Tu sais quoi, Jean-Michel, continues d’écrire, tu es sur la bonne voie. Excuse-moi mais moi, je vais retourner lire Mallarmé. Je ne comprends pas tout ce qu’il écrit, je le reconnais mais sa poésie me touche profondément. Je ne sais pas expliquer pourquoi. Tu vois, tu es comme moi, en réalité, tu ne comprends pas tout.