Il fait froid chez ces gens. Je me suis permis de pénétrer chez eux pendant leur sommeil et je suis là, dans la cuisine, j’ai froid aux pieds et j’ai froid aux mains. Peut-être est-ce dû à l’émotion qui m’étreint, celle d’être là, chez des inconnus, à leur insu, pendant qu’ils dorment, pendant qu’il profitent d’un repos probablement bien mérité, leur dernière fin de nuit, si ça se trouve, ça va dépendre de mon humeur, si je décide d’aller au bout de mon projet ou pas. Voire, si je me dégonfle car ça ne s’improvise pas, ce que j’ai dans la tête. Il faut un certain courage pour mener à bien ce que j’ai toujours voulu faire sans n’avoir encore jamais osé franchir le pas. Et là, je me donne dix minutes.

Dix minutes pendant lesquelles, je pèse le pour et le contre une dernière fois et dans dix minutes, quand il sera l’heure H, la minute M, soit j’assume mes fantasmes, soit je me casse. Dans ce dernier cas, est-ce que ça diminuera la haute opinion que j’ai de moi ? Peut-être. Peut-être pas. Je ne serai pas un lâche pour autant. C’est juste que pour faire ce que j’ai à faire, il faut que ça soit le bon moment. Sinon, ça n’en vaut pas la peine. Il faut que je me sente habité. Sinon, je le ferai une autre fois et là, à l’instant T, je ne sais toujours pas. Il me reste huit minutes. J’aimerais juste ne plus avoir autant froid aux pieds. Ni aux mains. Sinon, pour le reste, je me sens d’un calme comme jamais.

Je suis là, dans cette cuisine, pas éclairée (je ne suis pas fou, je n’ai pas allumé la lumière) et seuls les bruits de la rue, de rares voitures qui passent à une heure aussi matinales se font entendre. Et prennent le pas sur les battements de mon cœur. Je sens que je suis prêt, finalement. J’ai envie de ce que je vais faire. Je veux savoir comment on se sent après. Je respire un peu fort. C’est l’émotion, encore une fois. C’est une espèce de stress positif, de l’excitation mentale. Est-ce que ça va aussi m’exciter physiquement, dans six minutes ? J’aimerais bien que ça me procure aussi un plaisir de ce côté-là. Bon, allez, je pense que cette fois, je suis prêt. Je vais aller dans leur chambre, sans bruit…