Hier, quand j’ai su que j’aurai le courage nécessaire pour mener à bien la mission que je m’étais donnée, je suis allé dans leur chambre, avec les pieds et les mains toujours glacés et je n’ai fait aucun bruit pour ne pas prendre le risque de les réveiller, ils n’avaient pas besoin de savoir, de réaliser, de comprendre. Et j’y suis allé presque centimètre par centimètre, dans le couloir qui m’emmenait jusqu’à eux. Seule la lueur du jour qui se levait m’éclairait et même si c’était un peu juste, comme j’avais déjà repéré les lieux, la veille, quand j’étais venu contrôler leur thermostat de chauffage, en me concentrant bien, j’ai su comment éviter les obstacles : console, bibliothèque et autres.

J’avançais lentement, le souffle court. J’étais entre deux mondes, entre deux sensations : le plaisir de ce que j’allais enfin faire et la crainte que ça ne marche pas. Surtout celle qu’ils se réveillent avant que j’en aie terminé car je n’aurais sans doute pas eu le courage d’affronter leur regard. Leur dernier regard. Il fallait que j’en passe par là pour savoir. Il fallait que je passe par là pour enfin m’affirmer. Il fallait que je puisse me dire que j’en étais capable. Que j’en avais une paire digne de ce nom. Arrivé à moins d’un mètre de la porte de leur chambre, il y a eu un bruit énorme et je me suis figé sur place. C’était un camion qui passait à bien trop vive allure dans la rue et ça a fait comme bouger la maison.

J’ai cru à un raid. À une attaque en règle. Mais personne ne pouvait savoir que j’étais ici ni quelles étaient mes intentions. J’avais tout manigancé d’esprit et de main de maître. J’ai repris ma marche lente et j’ai approché ma main de la poignée de la porte de leur chambre. Tout doux. Tout doucement. Et comme la porte était juste poussée, pas fermée, je l’ai ouverte lentement, craignant qu’elle ne grince et je me suis approché de leur lit. Il faisait bien plus sombre que dans le couloir. Quelque chose clochait. J’ai vite compris quoi. Contre toute attente, ils n’étaient pas là. Mais où ? Où pouvaient-ils être ? Dans mes plans, ils ne pouvaient pas ne pas être là. Ça m’a fortement contrarié.