D’aucuns, compatissants, pourraient me dire que tiens, ça fait longtemps qu’on n’a pas vu Chouchou (depuis le 17 janvier dernier, sauf erreur de ma part et si je ne m’abuse) et pourraient me demander illico presto ce qu’il est devenu, ce qu’il est donc devenu, ce beau jeune homme qui pourrait être le souvenir de moi quand j’étais à mon apogée, que j’ai embauché pour m’aider dans une vie de plus en plus contrariée et de moins en moins fluide et sereine. Tu parles, Charles, on m’avait dit qu’en avançant en âge, je prendrais un peu de recul sur les choses et sur les gens, pfffttt, dans ton cul, oui, le recul sur les choses. Tu prends tout dans la gueule encore plus fort que quand tu es jeune car quand tu as commencé à vieillir sérieusement, tout te semble plus désespéré.

Quand tu es jeune, tu peux te bercer d’illusions mais pas quand tu es devenu un peu, beaucoup ou très vieux. Alors, Chouchou, que j’ai choisi pour être ma béquille quand j’en ai besoin, soit quasiment tous les jours qui me restent à vivre, je lui ai demandé de me laisser un peu seul pour terminer ce parcours professionnel qui n’appartient qu’à moi.  De me laisser aller tout seul, comme un grand, jusqu’à cette date du 23 mars prochain, dans encore quatre semaines (petites ou longues) et de seulement m’aider pour la suite. Je n’avais pas de temps à lui consacrer pour cette échéance à court terme (relatif) et déjà que je me paie la formation de Martine à la mer et que ce n’est pas un long fleuve tranquille… Mais non, je ne critique pas, je constate juste que c’est loin d’être aussi facile que ce que tout le monde aurait pu croire.

Et Chouchou, je l’attends de pied ferme (le droit ou le gauche ?) et il a intérêt à revenir comme il me l’a promis, dès le samedi 23 mars. Je veux le voir arriver à mon travail pour m’aider à franchir la porte une dernière fois, porter tout mon passé sur ses épaules jeunes et solides et me raccompagner chez moi. Peut-être pas directement, ça, nous verrons le jour J et ensuite, rester à mes côtés, fidèle comme seul peut l’être un chien, dévoué et serviable. C’est pour ça que je l’ai pris à mon service. Pour être mon bâton de vieillesse, cette sournoise qui me guette au tournant pour mieux m’attraper dans ses filets. Pour l’instant, donc, Chouchou, il est en train de se ressourcer et de reprendre toutes les forces dont il aura besoin pour m’aider dans mon nouveau quotidien.