Mignonne, moi aussi, ce matin j’ai voulu aller voir si la rose avant déclose sa robe. Sauf que ce matin, il n’y avait point de soleil et je n’ai pas su voir si savoir de quelle couleur était sa robe. Était-elle rouge, rose ou pourpre ? Nul autre ne le sait que la reine des fleurs, elle-même. Un trésor bien enfoui, inaccessible.  Et en cette vesprée grise et humide, je ne sais pas non plus si elle a perdu tout son éclat, tout son charme et toute sa beauté. Je ne sais pas. Personne ne sait. Plus personne ne sait s’il existe encore de la couleur dans ce monde bien triste.

Donc, si tu me crois, mignonne, tandis que tu es dans ta resplendissante jeunesse, n’oublie jamais, n’oublie jamais que par-delà, par-delà ce plafond si bas des nuages, il ne peut y avoir que les esprits des poètes qui s’envolent vers des mondes meilleurs. Le reste, les autres, ne pourront jamais aller plus haut que leurs propres bassesses. Et leur vieillesse. Et pendant ce temps, des animaux sauvages tentent de tout détruire sur leur passage et soudain, on découvre qu’il n’y a pas que les poètes qui peuvent sauver le monde. C’est étonnant mais il n’y a pas que les poètes.

Alors, mignonne, tandis que ton âge fleure bon la nouveauté, cueille les roses de la vie. Fais juste attention aux épines quand tu prends le temps de respirer leur parfum. Et n’oublie pas, n’oublie jamais que même un soldat, même un gendarme, même un uniforme peut bousculer les idées reçues, faire basculer les consciences et redonner de la confiance en un avenir possible. Mignonne, allons remercier cet homme qui a offert le plus précieux de ses biens : sa vie. Pour contrer la barbarie. Et ce n’est pas la pluie qui nous rend triste, non.

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