On les connaît tous, les Thénardier. Ces méchants parents des Misérables de Victor Hugo. Cette famille d’accueil qui n’aime que ses propres enfants et qui ne respectera jamais Cosette, que Fantine, sa mère, lui a confiée. Devant l’amour dont les parents témoignent à leurs deux filles, c’était très facile de croire que leur laisser un enfant en garde était la garantie que tout se passerait bien. Parce que dès qu’elle a eu le dos tourné, les Thénardier n’ont eu de cesse de jalouser, asservir et maltraiter la petite qui vivra dans la peur et la tristesse perpétuelles. De nos jours, on demanderait de l’aide aux services sociaux et on enfermerait ces « parents » indignes. Et tous les médias ne parleraient que de ça pendant des jours et des jours. Plus belle la vie, quoi !

Mais les Thénardier, c’est un peu plus que raccourci. En effet, moi, si j’avais été à la place de Fantine, en entendant le prénom de leurs deux filles, j’aurais émis des doutes sur leur santé mentale : Éponine et Azelma. Vous rendez-vous compte combien ça doit être difficile à porter, ces noms-là ? Ce n’est absolument pas sexy pour deux sous et bon, même si aujourd’hui, les femmes s’émancipent et balancent les porcs, on aime à croire qu’elles aiment malgré tout toujours un peu les jeux de la séduction et des hasards. Mais là, imaginez un peu, sur Meetic : « Jeune femme cherche compagnon de route. » Un mec la contacte et lui demande comment elle s’appelle. « Éponine. » Moi, en voyant en entendant ça, je pars en courant.

Pour en revenir aux Thénardier, j’avais complètement oublié que Gavroche était leur fils. Un de leurs fils, devrais-je dire puisque, après avoir vérifié, ils en ont eu trois mais on ne connaît pas le nom des deux autres. Tout comme on n’a jamais ni lu, ni entendu le leur, aux parents. Comme s’ils n’en avaient pas. C’est drôle, cette famille qui donne des prénoms étranges à ses deux pouffiasses de filles et à un seul de leur trois fils. Comment s’appellent-ils dans l’intimité ? Ce n’est pas le style à se donner du « mon chéri » ni du « ma chérie » à tout bout de champ. Ou alors, ils n’ont pas de prénom car ils ne méritent pas d’en avoir un. Parce que ce sont plus que des misérables. Ce sont des méprisables. Ce n’est pas tout à fait la même chose.