C’est dans la voiture que j’ai entendu cette phrase qui m’a touché au plus profond de mon cœur voire de mon âme, si j’en ai une : « J’attends le silence et la nuit pour pleurer. » Je ne saurai dire à quel propos elle a été citée ni dans quelle émission de radio, tout ce que je sais, c’est que c’était sur Europe 1. Et c’était hier. Si mes souvenirs sont bons, je pense que c’était en début d’après-midi et que j’étais au volant de ma voiture. Je partais faire quelques courses que j’avais oubliées le matin même. Notamment des sangles pour saucissonner le salon de terrasse en prévision de l’hiver qui approche à grands pas avec ses gros sabots.

Et comme je n’allais pas m’arrêter de conduire en plein ville pour prendre un stylo et trouver un bout de papier pour noter cette phrase (ce vers, qui sait ?) alors, je n’ai trouvé qu’une solution pour la mémoriser : la répéter à l’envi. Et ad libitum. C’est ce que j’ai fait. Et entre le moment où j’ai décidé de procéder ainsi et le moment où j’ai pu enfin l’écrire, une fois chez moi, il s’est bien passé au moins deux heures et je peux vous dire que si je ne l’ai pas répétée trois cents fois, cette courte phrase, je ne l’ai pas répétée une. Arrivé ici, je me suis précipité sur l’ordinateur pour tenter d’en trouver l’origine. L’auteur. L’œuvre…

Alors, la citation exacte aurait dû être : « Je cherche le silence et la nuit pour pleurer. » Mais je crois que j’aime mieux l’idée d’attendre le silence et la nuit pour pleurer. Même si la quête de ce silence et de cette nuit est une noble quête. Et devinez quoi ? C’est Chimène qui dit ça à Elvire alors que Rodrigue vient de partir. Et ça clôture la scène 4 de l’acte 3 du Cid de Corneille. Rien que ce vers-là, il vaut tous les autres, à mes yeux. Comme s’il avait été écrit un peu pour moi. Comme une prémonition de cette Chimène, loin de se douter qu’un Stéphane, près de quatre siècles après elle, vibrerait à son émouvante prière.